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Traduire une idée en succès
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Pierre Duhamel, collaboration spéciale
La Presse
Il s'était rendu compte que ses employés traduisaient souvent les mêmes phrases, les mêmes expressions et les mêmes mots. Il arrivait aussi régulièrement que les mêmes termes soient traduits différemment. Il s'était promis de trouver une solution informatique à ces problèmes une fois à la retraite.
C'est ainsi qu'il a fondé MultiCorpora en 1999. Les logiciels de l'entreprise de Gatineau sont aujourd'hui utilisés par 60% des traducteurs et réviseurs linguistiques du gouvernement fédéral, par les gouvernements du Québec et de la Suisse ainsi que par une trentaine d'organisations internationales comme l'UNESCO, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l'OCDE, la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) ou la Cour pénale internationale, à La Haye, aux Pays-Bas, une organisation qui utilise 55 langues.
Quand Gérald Gervais a quitté la direction de l'entreprise en 2005, l'entreprise comptait sur une bonne banque de clients, elle avait déjà ses entrées en Europe et elle était bien capitalisée.
Pour lui succéder et préparer son fils Daniel à prendre éventuellement la direction, l'entreprise a embauché Pierre Blais, spécialiste de la commercialisation des logiciels. Il avait lui-même été entrepreneur et il avait dirigé une société de 300 employés.
Quant à Daniel Gervais, qui est le cofondateur de l'entreprise avec son père, il occupe le poste de vice-président directeur et directeur adjoint, en plus d'avoir la responsabilité directe de la R&D et des services professionnels et de soutien à la clientèle.
MultiCorpora offre des «technologies langagières». En clair, il s'agit d'une suite d'une dizaine de modules répondant à différents besoins spécifiques pour faciliter le travail des traducteurs. Un premier logiciel mémorise les traductions faites par une organisation ou une entreprise pour qu'on puisse en réutiliser des éléments dans une traduction ultérieure.
«De 10 à 50% des mots utilisés par une organisation sont répétitifs. Le logiciel les reconnaît et invite le traducteur à les insérer dans son texte», explique Pierre Blais.
Contrairement à des logiciels de traduction automatique courant - on pense à celui de Google - le logiciel tient compte du contexte de chaque texte et ne confondra pas un «serveur» informatique et la personne qui fait le service dans un restaurant!
Le logiciel est tellement puissant qu'il peut même établir le lien entre un mot source et l'équivalent dans une langue qui utilise d'autres types de caractère comme le mandarin, l'arabe, le russe ou les langues autochtones.
Un autre logiciel gère la terminologie propre à l'organisation. «Le ministère de la Défense utilise 250 000 termes différents qu'il ne faut surtout pas confondre», dit-il. La complexité est exponentielle quand il s'agit de le traduire en plusieurs langues ce qui n'a pas la même signification dans les armées de 28 pays membres de l'OTAN, un autre client de MultiCorpora.
Gestion de projet
Il y aussi un logiciel réservé à la gestion de projet dans un service de traduction. Ce logiciel évalue même la proportion du contenu de chaque nouveau texte qui se trouve déjà dans la «mémoire» de l'entreprise, ce qui donne au gestionnaire une bonne idée du coût de la nouvelle traduction et du temps qu'elle nécessitera.
«Nous sommes le Microsoft de la traduction», dit Pierre Blais. Un «Microsoft» plutôt modeste avec ses 40 employés et ses revenus d'environ 5 millions de dollars, mais l'entreprise enregistre une croissance annuelle de ses ventes de 18% et n'a pas souffert de la récession des dernières années.
L'industrie de la traduction est évaluée à 15 milliards de dollars et croît de 7% par année.
Pour développer davantage l'immense potentiel du marché européen, la première décision de Pierre Blais après sa nomination a été d'ouvrir un bureau à Bruxelles. L'entreprise veut maintenant se faire davantage connaître dans le milieu des affaires où elle compte déjà sur des clients comme Kraft, Ford Canada, et Toys ''R'' Us.
MultiCorpora vient d'offrir un bureau à Montréal pour desservir les entreprises et mise de plus en plus sur le marché américain. «Notre plus important client privé est l'imprimeur RR Donneley. Les entreprises américaines sont beaucoup plus sensibles qu'auparavant au besoin de communiquer avec leurs clients étrangers et avec leur forte minorité hispanophone. Dans le domaine de la santé et de l'assurance, les besoins se font pressants», dit-il.
«Le marché gouvernemental canadien nous apporte la stabilité, mais notre croissance sera à l'international.»
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PIERRE BLAIS, MULTICORPORA
SON IDÉE
Simplifier et améliorer le travail des traducteurs.
SES PARENTS
Son père est mort quand il avait 10 ans et sa mère, assistante infirmière, s'est retrouvée seule avec 7 enfants.
SES ÉTUDES
Un DEC en techniques informatiques au cégep de Saint-Hyacinthe.
SON PREMIER EMPLOI
Programmeur en informatique pour un imprimeur de Farnham.
SON MODÈLE
Gilles Richard, ancien concessionnaire automobile qui lui a montré comment vendre.
SA DEVISE
Le succès passe par le travail il ne faut rien tenir pour acquis et, enfin, on crée notre chance.
PRINCIPALE QUALITÉ
La persévérance.
PRINCIPAL DÉFAUT
On n'est jamais un assez bon communicateur.
UN PASSE-TEMPS
Le patin à roulettes ainsi que la chasse et la pêche.
HABITUDE DE TRAVAIL
De 6h à 18 h et souvent les matins de week-end.
CE QUI LE REND HEUREUX AU TRAVAIL
Résoudre le problème d'un client par une vente ou par un service.
CE QUI LE MET EN ROGNE AU TRAVAIL
Quand on manque à son engagement envers un client ou un collègue.
LES PROCHAINES ANNÉES LUI PERMETTRONT DE
Devenir un chef de file sur le marché américain.
UNE CHOSE À CHANGER POUR LES ENTREPRISES DU QUÉBEC
Il faut bien faire ici ce qu'on veut aller faire ailleurs.
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L'OPINION DE L'EXPERT
Robert Coté, directeur du développement d'affaires, HEC Montréal
Le succès de MultiCorpora est l'innovation dans la traduction et sa survie est la transmission entre générations. L'aide extérieure ou la création d'un comité consultatif sont souvent reliées au succès de la relève pour une famille en affaires. La présence d'un consultant apporte une expertise importante à la société et peut aider et faciliter le transfert entre deux générations: le consultant servant de "médiateur" entre le père et le fils. De plus, un conseil d'administration peut donner la voie à suivre vers un transfert harmonieux et ainsi assurer le succès et la pérennité de l'entreprise.
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