Entrepreneur 2.0

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    Pierre Duhamel, collaboration spéciale

(Montréal) Martin-Luc Archambault est ce qu'on appelle un entrepreneur en série. À 30 ans, il a déjà créé plus d'une dizaine d'entreprises technologiques. Non seulement il est prolifique, mais il est aussi boulimique: il aime mener de front plusieurs projets. Voilà pourquoi il a créé Bolidéa, qui se veut un laboratoire pour concevoir, créer, tester et développer des sites sociaux et transactionnels sur l'internet.

Un laboratoire? L'idée est un emprunt direct à l'investisseur Bill Gross, qui a créé et soutenu 75 projets d'entreprises dans son Idealab en Californie. Bolidéa est à la fois un incubateur d'entreprises et un investisseur.

Martin-Luc Archambault choisit des idées qu'il trouve particulièrement prometteuses. Il bâtit des équipes qu'il héberge dans ses locaux du boulevard Saint-Laurent à Montréal. Il les aide à concrétiser leur projet, à le tester sur le marché et à lui trouver du financement. «C'est pour empêcher les autres de faire les mêmes erreurs que moi», dit-il.

Six projets

Bolidéa soutient actuellement six projets. Parmi eux, ArtFox, site de réseautage destiné aux professionnels de l'industrie du divertissement et qui regroupe déjà 5000 membres à Montréal. ArtFox, qui emploie sept personnes, a maintenant ses propres bureaux à Longueuil.

Un autre projet, Tutor.casa, engage son frère Benoît. Ce dernier préside Succès scolaire, une PME qui accompagne 3000 jeunes en les mettant en contact avec un tuteur qui les aide dans leurs devoirs, dans leur rattrapage scolaire et la préparation aux examens.

Sur le même modèle, Succès scolaire et Bolidéa ont créé le site montuteur.com. Les élèves ont ainsi accès sur leur écran d'ordinateur à une personne capable de les aider dans la matière de leur choix. «Les tuteurs se trouvent des clients et les parents peuvent les évaluer et s'assurer de leur compétence», dit-il.

L'autre grand projet de Bolidéa est sans doute Wajam, une application qui intègre les contenus des médias sociaux comme Twitter et Facebook au moteur de recherche Google. Un outil intéressant compte tenu de la quantité folle d'informations intéressantes qui circule dorénavant sur ces sites. Martin-Luc Archambault en est le président et il aimerait bien en faire «the next big thing», dans la foulée des Facebook, Twitter ou YouTube.

Bolidéa vient aussi d'investir dans Modasuite, une entreprise spécialisée dans la vente en ligne de vêtements pour hommes faits sur mesure. Ses partenaires dans cette aventure sont Real Ventures, un fonds de capital de risque, et Anges Québec, dont il siège au conseil d'administration.

Des idées, Martin-Luc Archambault n'arrête pas d'en avoir. Il est en affaires depuis qu'il sait compter.

Depuis le primaire

Au primaire, il avait ouvert un petit commerce de vente de pétards à mèches. Durant ses études collégiales, il a créé un site de day trading (spéculation boursière en séance) canadiandaytrader.com. À sa sortie de HEC Montréal, il ne démarre pas une, mais cinq entreprises qu'il vendra en 2005 à Zango, un holding de Seattle.

Devenu millionnaire à 25 ans, il dirige les activités de Zango jusqu'en 2008 avant de lancer Bolidéa avec deux associés, Olivier Cabanes (exploitation) et Magali Janvier (développement de produits et marketing), avec qui il est en affaires depuis 10 ans.

«Avant d'avoir une idée, il faut identifier un besoin. Par exemple, Planbox a été créé parce qu'il nous fallait un outil de développement de projets. Avec ArtFox, nous voulions jumeler des personnes qui avaient travaillé sur différentes productions; Wajam nous permettait d'économiser du temps dans nos recherches sur Google», dit-il.

Entre une idée et une entreprise, il faut investir au moins 100 000$, souvent beaucoup plus. En plus d'employer sept personnes, Wajam utilise 50 serveurs pour fonctionner en phase bêta (test ultime avant la commercialisation). «Ça coûte très cher pour quelques milliers d'utilisateurs», dit Martin-Luc Archambault.

L'entreprise continue pourtant de faire des embauches, notamment pour son nouveau projet Gumilist, sorte de carnet d'adresses électroniques sur stéroïdes «Nous avons investi notre propre argent pour démarrer Bolidéa et je ne me verse pas de salaire», dit-il. La récompense, ce sera quand un des projets décollera pour de bon.

Mais il n'y a pas que l'argent. «Un projet ne sera pas innovateur pendant longtemps s'il n'y a pas un bon entrepreneur qui saura l'adapter en cours de route», dit-il. Qu'est-ce qu'un bon entrepreneur? «C'est quelqu'un qui voit rapidement les problèmes, les assume et les corrige. On se plante dans chaque projet qu'on entreprend, puis on s'ajuste. Le but, c'est de se planter le plus vite possible!»

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MARTIN-LUC ARCHAMBAULT, BOLIDÉA

Son idée

Créer, financer et développer plusieurs entreprises qui vont changer le monde.

Ses parents

Son père est titulaire de la chaire de tourisme Transat à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM. Sa mère a été l'une des dirigeantes de Metro.

Ses études

À HEC Montréal, en marketing et en gestion internationale.

Son premier emploi

En télémarketing, pendant son secondaire. «J'ai même vendu du nettoyant pour tapis à des gens qui n'avaient pas de tapis.»

Son modèle

Bill Gross, fondateur d'Idealab, un incubateur d'entreprises technologiques en Californie.

Sa devise

«Buy low, sell high» (acheter à bas prix, vendre au plus haut prix)

Sa principale qualité

Il veut gagner.

Son principal défaut

Il n'aime pas se faire contredire.

Ses passe-temps

Les voyages, le hockey et les sports extrêmes.

Son habitude de travail

Il a une obsession pour les statistiques. Il veut tout quantifier pour pouvoir tout optimiser.

Ce qui le rend heureux au travail

Faire face à un défi technologique qu'on ne croit pas être en mesure de surmonter.

Ce qui le met en rogne au travail

Répéter les mêmes erreurs et perdre du temps.

Les prochaines années lui permettront de...

Créer des entreprises qui vont changer le monde.

Une chose à changer pour les entreprises du Québec

Nos entreprises sont très solides technologiquement, mais pas très bonnes commercialement. On doit s'améliorer.

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L'opinion de l'experte

Michelle Blanc, consultante, conférencière et auteure, spécialiste des médias sociaux

Un entrepreneur doit toujours garder son esprit critique, croire à son projet plus que quiconque et relativiser les arguments positifs et négatifs qu'il peut recevoir de consultants, d'employés ou de ses amis. L'innovation est de faire des choses différentes de ce qui se fait déjà. Pour vendre l'innovation, comme le suggère Guy Kawasaki, il faut répondre à la question par une seule phrase: «What's the underlying magic?» (Quelle est la magie qui se cache derrière cette innovation?)

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