Tesla enregistre sa plus grosse perte trimestrielle

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Luc OLINGA
Agence France-Presse
NEW YORK

Tesla a annoncé mercredi sa plus grosse perte trimestrielle, accentuant la pression sur le constructeur de véhicules électriques pour accélérer la production de la berline compacte Model 3, la voiture avec laquelle il veut conquérir le grand public.

Le groupe, dont le patron fondateur Elon Musk a promis de révolutionner l'industrie automobile avec des véhicules propres bardés de technologies dernier cri et son usine californienne futuriste, a enregistré une perte trimestrielle, de l'ordre de 620 millions de dollars.

Il est ainsi en passe d'enregistrer sa huitième perte annuelle depuis son entrée en Bourse le 29 juin 2010.

À Wall Street, le titre perdait près de 5% dans les échanges électroniques suivant la clôture de la séance.

Les espoirs reposant sur la Model 3 ont fait gagner plus de 50% depuis janvier à l'action, ce qui a permis à Tesla de ravir brièvement, en avril, à General Motors (GM) la couronne de premier groupe automobile américain par capitalisation boursière.

Le vent a quelque peu tourné depuis un mois. En octobre, Tesla a révélé n'avoir produit entre juillet et septembre que 260 exemplaires du «Model 3», contre un objectif initial de 1500 unités.

Cette berline de milieu de gamme, vendue 35 000 dollars US et dont le carnet de commandes est plein, est censée transformer Tesla en constructeur de masse avec un objectif de 500 000 voitures fabriquées en 2018 contre à peine 80 000 en 2016.

Tesla a attribué cette contre-performance à des «goulots d'étranglement» sans donner davantage de détails et a licencié 700 employés, environ 2% de ses effectifs, dont certains militaient pour la création d'une section syndicale au sein de l'usine.

«Enfer de production»

Tesla semble loin d'avoir trouvé des solutions et a repoussé mercredi à la fin du premier trimestre 2018 au lieu du quatrième trimestre 2017 son objectif de produire 5000 exemplaires du Model 3 par semaine.

Il est également moins ferme sur l'objectif d'augmenter la production à 10 000 unités par semaine en 2018, disant que «cela a toujours été notre intention».

«Il y a beaucoup d'incertitudes actuellement», a expliqué Elon Musk, lors d'une conférence téléphonique, parlant d'«enfer de la production».

«Nous ferons aussi vite que possible», a-t-il toutefois assuré en promettant un nouveau point en janvier.

«Tesla fait enfin face à la réalité. Il comprend qu'il produit des voitures et pas seulement des idées», estime Jessica Caldwell, expert au cabinet spécialisé Edmunds.com.

«Toute la croissance devait venir du Model 3. Vu ces contretemps, les gens veulent des réponses», renchérit Akshay Anand, chez Kelley Blue Book.

Où va l'argent dépensé ? Que se passe-t-il ? Elon Musk ne se disperse-t-il pas un peu trop en dirigeant à la fois Tesla et SpaceX et en proposant son aide à la reconstruction de Porto Rico au moment où le Model 3 a des problèmes ?

Autant de questions qui se posent actuellement, selon M. Adnand.

Depuis sa création en 2003, Tesla n'a jamais pu honorer ses calendriers de production, mais cela n'a pas empêché le groupe d'annoncer une montée en puissance infernale de la fabrication du Model 3, qui contient beaucoup moins de technologies sophistiquées que les deux autres modèles actuellement produits, le Model S et le Model X. «Les défis de production d'un modèle de masse sont importants. Pour 500 000 voitures par an, c'est deux lignes d'assemblage avec deux équipes travaillant cinq jours par semaine», avance Maryann Keller, analyste au cabinet éponyme.

Or Tesla n'en dispose que d'une, à Fremont, près de San Francisco.

L'experte s'interroge en outre sur le choix du constructeur de fabriquer lui-même les sièges de cette voiture.

Outre la production, Tesla doit également reprendre la main sur le plan social où il fait face à une plainte du puissant syndicat automobile UAW ayant «le potentiel d'écorner son image», selon Akshay Anand.

L'UAW accuse le groupe d'avoir limogé des salariés pour leurs sympathies syndicales, ce que conteste Tesla.

«S'il y a un début de vérité aux allégations des salariés licenciés, Tesla risque de se retrouver dans la situation d'Uber», dont l'image a pâti de nombreuses accusations de harcèlement moral et de sexisme, avertit l'expert.

Tesla n'est toutefois pas un groupe automobile comme les autres et son avenir repose beaucoup sur la vision d'Elon Musk, qui promet une expansion géographique (usine en Chine) et de nouveaux produits; un semi-remorque électrique doit être présenté le 16 novembre, puis un camion de transport fret, avant un bus urbain et un coupé sport.




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