Québec devient actionnaire de Bombardier, l'action en baisse

Un CS300 de Bombardier.... (Photo fournie par Bombardier)

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Un CS300 de Bombardier.

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Julien Arsenault
La Presse Canadienne
Montréal

Québec vole au secours de Bombardier (T.BBD.B) et empruntera pour injecter 1 milliard de dollars US d'argent public dans la multinationale afin de l'aider à compléter le coûteux programme de la CSeries.

Ce partenariat a été annoncé jeudi, au même moment où l'entreprise a dévoilé une perte de 4,9 milliards de dollars US au troisième trimestre - principalement attribuable à des radiations liées à la CSeries et à l'avion d'affaires Learjet 85.

L'État québécois détiendra 49,5% - contre 50,5% pour Bombardier - d'une société en commandite dirigée par l'ex-premier ministre Daniel Johnson dans laquelle seront transférés la totalité des actifs de cet avion commercial.

En conférence de presse conjointe avec le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, le ministre de l'Économie, Jacques Daoust, a concédé que l'investissement était risqué, mais que le jeu en valait la chandelle.

« Si Bombardier voulait abandonner le programme, ça aurait été fait, a-t-il lancé. S'ils veulent continuer, c'est qu'ils considèrent que c'est une proposition gagnante et je suis d'accord (avec cela). »

Le constructeur d'avions et de matériel roulant compte quelque 17 750 employés au Québec, donc plus de 1700 affectés à la CSeries.

Action en baisse

Cette annonce n'a pas empêché l'action de Bombardier de piquer du nez à la Bourse de Toronto, où elle a clôturé à 1,33 $, en baisse de 28 cents, soit 17,4%.

Dans le cadre de l'entente, Québec a également l'option d'acheter jusqu'à 200 millions d'actions représentant jusqu'à 8,9% de la totalité des actions en circulation. Bombardier devra pour sa part maintenir pour au moins 20 ans au Québec ses activités reliées à la CSeries.

En dépit du climat de rigueur budgétaire qui règne, M. Daoust a rejeté les critiques de l'opposition, qui reprochent au gouvernement de prendre trop de risques en investissant uniquement dans la CSeries.

Sur ce point, le ministre de l'Économie a estimé que la radiation de 3,2 milliards inscrite par Bombardier à ce programme - qui accuse deux ans de retard et donc les coûts atteignent 5,4 milliards - assainissait son bilan.

« Ce programme, on l'a sorti de Bombardier après l'avoir nettoyé, a répondu M. Daoust. La société en commandite est épurée de ce fardeau. »

L'annonce de ce partenariat survient quelques semaines seulement après l'échec des pourparlers avec le géant Airbus sur le programme de la CSeries. M. Bellemare n'a pas voulu dire si le gouvernement du Québec constituait son deuxième choix.

Même si la dernière commande ferme de la CSeries remonte à plus d'un an, il a tempéré le risque de l'investissement pour les contribuables. Le grand patron de Bombardier a rappelé que la multinationale contribuait annuellement à 2% du produit intérieur brut québécois.

« Je pense que c'est une occasion majeure que le gouvernement a saisie pour investir dans un programme qui ne bat pas de l'aile (...) où nos clients commencent à reconnaître la valeur de la plateforme », a-t-il fait valoir.

M. Bellemare a rappelé que le programme avait complété plus de 97% des essais en vol nécessaires pour l'obtention de sa certification, ce qui, à son avis, devrait stimuler les ventes.

En dépit de l'aide gouvernementale, Bombardier devra investir 1 milliard de dollars US de plus pour mener la CSeries - dont les premières livraisons sont prévues l'an prochain - à terme.

Jusqu'à 20 appareils seront assemblés l'an prochain et la cadence devrait s'accentuer. L'entreprise prévoit atteindre le seuil de rentabilité d'ici 2021.

L'intervention du gouvernement Couillard a également a été accueillie par un soupir de soulagement du côté syndical, notamment du côté de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale, qui représente quelque 4800 travailleurs.

« Sachant que les employés étaient préoccupés depuis quelques années avec (...) l'incertitude quant à la situation financière de Bombardier, cela est une belle surprise », a indiqué son coordonnateur, David Chartrand.

Pour sa part, l'analyste Chris Murray, d'Altacorp Captial, estime que la création d'une société en commandite apportera un soutien stable au programme de la CSeries pour les années à venir.

« Je ne crois pas que c'est une tentative désespérée, mais que c'est la meilleure solution », dit l'analyste, faisant référence aux pourparlers avec Airbus et d'autres partenaires potentiels.

Bombardier a par ailleurs confirmé l'abandon du programme de l'avion d'affaires Learjet 85 puisque les ventes n'étaient pas au rendez-vous. La société prévoit toujours vendre une participation minoritaire de sa division ferroviaire.

Pour le trimestre clos le 30 septembre, la perte de 4,9 milliards, ou 2,20 $ US par action, s'explique notamment par une charge de dépréciation de 3,2 milliards liée à la CSeries et d'une autre de 1,2 milliard pour le Learjet 85.

Sur une base ajustée, en excluant les éléments non récurrents, Bombardier a dégagé un bénéfice de 2 millions, par rapport à 222 millions, ou 12 cents par action, à la même période en 2014.

De leur côté, les revenus se sont établis à 4,1 milliards, en recul de 800 millions.

Cette performance s'est avérée inférieure à la prévision des analystes sondés par Thomson Reuters, qui tablaient sur un profit ajusté de 55,5 millions ainsi que des revenus d'environ 4,6 milliards.

L'AIDE GOUVERNEMENTALE DÉJÀ VERSÉE

En juillet 2008, Québec et Ottawa avaient fourni une aide financière à Bombardier pour le financement de la C Series. Le gouvernement fédéral avait alors versé un prêt de 350 millions à l'entreprise en vertu de l'Initiative stratégique pour l'aérospatiale et la défense alors que le gouvernement québécois avait prêté 117 millions par l'entremise d'Investissement Québec. Ottawa et Québec avaient également offert de donner un coup de main financier aux clients de Bombardier par l'entremise de prêts et de garanties de prêts. - Marie Tison et Denis Lessard

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