Quand les calèches renaissent de leurs cendres

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Série croissance:entrepreneurs

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Dans la cour de Voitures Robert, une carriole calcinée. Plus loin, une sphère de métal rouillé en forme de citrouille, qui aurait dû former le carrosse d'une Cendrillon d'un jour. Des jantes en bois. Une pile de brancards. Des machines-outils exposées aux intempéries. »

Denis Robert veut lancer de nouveaux modèles mieux... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE)

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PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Denis Robert veut lancer de nouveaux modèles mieux adaptés aux tendances qui naissent sur le marché européen.

Marc Tison
Marc Tison
La Presse

Un incendie a frappé le petit fabricant de carrioles, calèches et traîneaux. Mais quand on fabrique des voitures issues du XIXe siècle, on sait voir loin dans le temps.

Dans la cour de Voitures Robert, une carriole calcinée. Plus loin, une sphère de métal rouillé en forme de citrouille, qui aurait dû former le carrosse d'une Cendrillon d'un jour. Des jantes en bois. Une pile de brancards. Des machines-outils exposées aux intempéries.

Et des débris.

Un mois et demi plus tôt, le fabricant de calèches, de traîneaux et d'autres voitures hippomobiles a été victime du fléau qui s'est abattu sur tant de ses prédécesseurs du XIXe siècle: le feu.

Le 28 septembre, la moitié de l'usine de Saint-Pie-de-Bagot a été rasée par un incendie.

Les dommages ont atteint 2 millions de dollars.

Mais avec la calme obstination d'un percheron, son président Denis Robert, 42 ans, s'est attelé à la reconstruction de l'entreprise.

Difficile à croire, mais cette petite entreprise québécoise de 25 employés exporte 65% de ses voitures d'un autre âge aux États-Unis, en Europe et en Asie.

Au début des années 2000, Voitures Robert produisait près de 2500 voitures par année. La force du dollar canadien et la récession ont toutefois fait mal au transport hippomobile. «Comme toutes les entreprises exportatrices, on a dû réduire la production, constate Denis Robert. On fabrique encore de 1200 à 1500 voitures par année, ce qui nous maintient en tête.»

Au Canada? «Dans le monde.»

Son plus proche rival est allemand. «Il fabriquait 350 unités il y a 20 ans, quand le marché était au mieux.»

Sur un bureau encombré est déposée la maquette en carton d'un carrosse opulent. C'est celui qu'on voit dans le film Blanche Neige (Mirror Mirror), mettant en vedette Julia Roberts. Voitures Robert (aucun lien de parenté!) en a fabriqué le châssis en acier. «Mais notre marché, c'est la production de voitures en série», précise l'homme d'affaires.

Son catalogue compte une quarantaine de modèles de voitures et une dizaine de traîneaux. Résurgence d'une époque révolue, on y trouve chariots, cabriolets, victorias, vis-à-vis, limousines, corbillards et autres phaétons. «On peut les vendre à prix moindre que nos concurrents parce qu'on les fait en plus grande quantité», souligne-t-il.

La plupart comportent des pièces esthétiques en bois, mais le châssis est fabriqué en acier, plus léger et plus robuste. La technologie a pris une place discrète: les anciens freins à sabots de bois ont été remplacés par des freins à disques.

L'essentiel est fabriqué dans la petite usine posée au milieu des champs. «Le fer entre en barres et sort sous forme de voitures», exprime Denis Robert.

Avec le temps et l'expérience, les méthodes de travail se sont améliorées. «Il fallait des heures pour poncer une roue, donne-t-il en exemple. On parle maintenant de minutes.»

Aussi moderne soit-elle, la fabrication est plus affaire d'artisans que d'ouvriers. L'équipe compte des soudeurs, des menuisiers, des peintres, des rembourreurs, et même un artiste à la main sûre qui trace au pinceau fin les motifs décoratifs.

Quand on a le feu sacré

Peut-être causé par une étincelle de meulage, l'incendie du 28 septembre a détruit l'essentiel de l'espace dévolu au travail de l'acier, soit 20 000 pi2 sur un total de 45 000 pi2. Machinerie et outils sont irrécupérables, mais c'est la perte des gabarits de fabrication qui est la plus douloureuse. Comme ils sont faits sur mesure, il faudra les reconstruire un à un, à partir des dessins d'origine.

La production a été interrompue, même si quelques commandes ont pu être réalisées dans l'espace disponible. «Il est urgent de la relancer parce qu'on est en haute saison», déclare le président.

L'indemnisation suit son cours, mais le dossier n'est pas encore terminé. Pour l'instant, Denis Robert préfère réaménager ce qui reste de l'usine que de reconstruire la section détruite. «L'incendie nous a délogés de notre train-train quotidien et il est temps pour Voitures Robert d'innover», formule-t-il.

Il organisera deux quarts de travail, ce qui lui permettra de maintenir la même cadence sur une surface deux fois moindre. «On aime mieux investir de l'argent sur des machines plus haut de gamme qu'actuellement», dit-il.

Il veut en profiter pour lancer de nouveaux modèles, mieux adaptés aux tendances qui naissent sur le marché européen. Denis Robert, qui dessine lui-même tous ses modèles, désire produire pour ce marché une roulotte d'inspiration gitane. Il prévoit lancer un nouveau traîneau pour les Fêtes et revoir ses calèches touristiques.

«L'incendie a été une mauvaise journée, confie-t-il d'un air résolu, mais je pense qu'il faut se relever plus fort et montrer à nos clients qu'on est là pour rester.»

Voitures Robert en bref

Voitures Robert trouve son origine dans l'amour que Denis Robert et son père ont toujours porté aux chevaux. Pour leurs chevaux d'exposition, ils avaient fabriqué une voiture à l'ancienne qui créait beaucoup d'intérêt. Peu à peu, ils ont répondu à la demande locale, en y ajoutant un service de restauration. Après avoir racheté la petite entreprise de son père, Denis Robert a fondé Voitures Robert en 1996.

«Mon père ne voulait pas qu'on aille vendre des voitures aux États-Unis, mais je pensais que c'était la clé du succès, raconte-t-il. J'ai suivi mon instinct.»

Avec raison. Au milieu des années 2000, la production a atteint 2500 voitures par année, avec une centaine d'employés répartis dans deux usines. La récession a durement touché ce secteur non essentiel, et 25 employés, soit cinq fois moins qu'il y a 10 ans, fabriquent maintenant quelque 1500 voitures dans une seule usine. Mais l'intérêt pour les chevaux ne disparaît jamais tout à fait.

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