Le métal vert

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Métallurgie

Métallurgie

Pour la métallurgie québécoise, le prix de l'énergie n'est plus un avantage. C'est le sceau de la compétence et d'un moindre impact environnemental qu'il faut poinçonner sur nos barres et nos lingots. »

Pour la métallurgie québécoise, le prix de l'énergie n'est plus un avantage.... (Illustration Daniel Riopel La Presse)

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Illustration Daniel Riopel La Presse

Marc Tison
Marc Tison
La Presse

Pour la métallurgie québécoise, le prix de l'énergie n'est plus un avantage. C'est le sceau de la compétence et d'un moindre impact environnemental qu'il faut poinçonner sur nos barres et nos lingots.

Comment se porte la métallurgie québécoise?

Pour notre thermomètre, l'aluminium est sans doute le meilleur mercure, si l'on peut dire.

Malgré sa faible densité, c'est le poids lourd de notre métallurgie. Neuf des dix alumineries canadiennes sont situées au Québec. Le Canada occupe le troisième rang des producteurs mondiaux, mais le Québec à lui seul serait sans doute à la même position.

L'ennui, c'est que le meneur a écrasé l'accélérateur.

Les alumineries québécoises ont dans leurs cartons des projets d'investissement de 7 milliards d'ici 2020, principalement pour accroître la capacité des usines existantes. Pendant ce temps, la Chine ouvre une nouvelle aluminerie tous les trois mois, constate Jean Simard, président-directeur général de l'Association de l'aluminium du Canada.

La production de la Chine sera passée de 14% du total mondial en 2002 à 50% en 2014.

Or, l'industrie canadienne de l'aluminium doit en même temps surveiller son rétroviseur. En 2011, les pays du golfe Persique ont produit 3,48 millions de tonnes métriques, l'équivalent de 70% des 4,97 millions de tonnes fabriquées en Amérique du Nord. Un an plus tôt, la proportion n'était encore que de 58%.

Quand elle entrera en service, en 2014, la nouvelle usine du conglomérat Ma'aden, en Arabie saoudite, sera la plus importante du monde, avec une production annuelle de 740 000 tonnes - le quart de la production canadienne. Son coût: 10,8 milliards. «Ici, un projet d'aluminium, c'est 2 milliards», rappelle Jean Simard. Lorsque sa troisième phase sera terminée, elle produira autant que les 10 alumineries canadiennes réunies.

Le gaz issu de l'extraction des hydrocarbures, qui serait autrement brûlé sur place, est amené sur la côte où il sert à la désalinisation de l'eau de mer. La vapeur ainsi produite est à son tour utilisée pour activer des turbines qui produisent de l'électricité à un prix dérisoire: 2 cents le kilowattheure, comparativement aux 4,2 cents tarifés aux alumineries du Québec. «Notre concurrence est là-bas, s'exclame Jean Simard. Après la Chine, le Québec est l'endroit le plus cher du monde pour les tarifs d'électricité pour produire de l'aluminium.»

«Ce ne sont plus des entreprises, ce sont des pays producteurs, constate-t-il. Dans l'industrie, il reste une minorité d'acteurs qui sont des entreprises inscrites à la Bourse. La géopolitique dans notre industrie a changé considérablement. Si on veut continuer de croître, il faut être terriblement plus efficace.»

Les autres secteurs

Les autres grands secteurs de la métallurgie québécoise - fer, cuivre, titane... - font tous ce constat de morosité, tant pour les prix que dans les carnets de commandes.

«On est dans une période d'incertitude sur les marchés, constate Serge Bergeron, président de la Table de concertation de l'industrie métallurgique. À la dernière réunion, au mois d'octobre, le consensus dans l'industrie de l'aluminium, du bioxyde de titane, de l'acier, et du cuivre était que les prix sont plutôt dépressifs. La demande dans ces marchés stagne un peu. La lumière qu'on voyait poindre à l'horizon ne se manifeste pas.»

Sous ce ciel de plomb, les projets d'expansion sont pesés soigneusement. «On prend les projets les plus porteurs, les autres sont suspendus, ajoute-t-il. Autour de la table, on constatait une rationalisation des dépenses en capital dans l'industrie.»

Bref, l'industrie métallurgique marche sur des oeufs. «Ce n'est pas la catastrophe, mais on est un peu en pause, énonce-t-il. On est optimistes pour le deuxième trimestre 2013. On pense que ça va reprendre.»

Les lingots verts

Pour résister aux flux et reflux des marchés internationaux, le Québec devra s'ancrer dans les produits de niche, estime Serge Bergeron.

«C'est la façon de résister aux impacts mondiaux sur la production à gros volume, affirme-t-il. Le Québec n'est pas un producteur à gros volume. Il faut trouver une spécialisation, profiter d'un caractère unique.»

L'hydroélectricité québécoise est l'une de ces particularités. «Le positionnement sur les gaz à effet de serre, pour l'avenir, va conférer un avantage au Québec», croit-il.

Jean Simard partage cette vision: «On produit les lingots les plus verts du monde», lance-t-il.

Pour chaque tonne d'aluminium, les alumineries québécoises rejettent 2,3 tonnes d'équivalents CO2, explique-t-il. En Chine, on crache 17 tonnes pour la même tranche de 1000 kg d'aluminium. Les alumineries américaines en projettent 11 tonnes.

La manière y fait pour beaucoup. «On est performants, exprime Jean Simard. Pour l'utilisation de l'énergie, Alouette est l'usine de référence pour le monde entier. C'est la plus efficace en matière d'utilisation de l'énergie. Et chaque année, ils battent leur record.»

Attirer la jeunesse

Ce parti pris environnemental - relatif - procure un autre avantage, cette fois à domicile.

«Quand on améliore l'environnement, c'est autant à l'extérieur qu'à l'intérieur», fait valoir Alain Lampron, coprésident syndical au Comité sectoriel de main-d'oeuvre de la métallurgie du Québec. «Qu'on parle des aciéries, des fonderies, des alumineries, de l'ensemble de la métallurgie, beaucoup d'efforts ont été faits sur l'environnement et les conditions de travail.»

Ce sera un facteur primordial au cours des prochaines années, alors que le secteur métallurgique verra une proportion importante de ses travailleurs partir à la retraite. Or, qu'ils soient amateurs ou non de heavy metal, les jeunes travailleurs ne se ruent pas vers la métallurgie.

«C'est difficile parce qu'on sait qu'au cours des prochaines années, la jeunesse va avoir le choix des domaines d'emploi, indique Alain Lampron. Il faut être capable de leur montrer les avantages du secteur de la métallurgie, et enlever les mauvaises images que les plus vieilles générations ont peut-être transmises.»

Un diagnostic favorable

Tous ces facteurs pris en compte, il y a lieu d'être plutôt optimiste pour la santé de l'industrie métallurgique québécoise. C'est le diagnostic que pose Claude Bazin, professeur au département de génie des mines, de la métallurgie et des matériaux de l'Université Laval. «Nos gens dans les usines sont compétents, fait-il valoir. On réussit à produire des métaux économiquement, en respectant des normes d'environnement qui sont quand même sévères, en respectant l'hygiène et la santé des travailleurs, tout en les payant bien. Il faut qu'on soit compétitifs pour arriver à faire tout ça. Et c'est pourquoi je pense qu'on a une industrie qui a de l'avenir.»

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