Les pays se mobilisent pour protéger leur eau

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L'or bleu

L'or bleu

Avec un sourire entendu, elle a servi un verre d'eau directement puisée au robinet, pour étancher les soifs de ce 20 mars caniculaire. Lili-Anna Pereša, directrice générale de la fondation One Drop, croit profondément à sa mission de sensibilisation aux enjeux de l'eau potable dans le monde. »

Certains pays ont opté pour une politique sévère en matière de protection et de gestion de l'eau, des programmes dont le Québec pourrait s'inspirer. Mais pour protéger une ressource, il faudrait avant tout la connaître. «La réalité, c'est que nous connaissons mal nos eaux souterraines», affirme Richard Connor, chef scientifique du centre d'expertise sur le développement durable Unisféra. «Il faut savoir combien nous en avons et combien nous en utilisons. C'est la base», ajoute celui qui est l'un des principaux auteurs du 3e Rapport mondial des Nations unies sur la mise en valeur des ressources en eau.

Une charte de l'eau et une politique intégrée

Selon Martine Chatelain, présidente d'Eau Secours!, la protection de l'eau pourrait passer par la création d'une charte de l'eau, à l'instar de l'Uruguay. «Le marchandisage de la ressource y est interdit et l'eau est considérée comme patrimoine national, note-t-elle. L'eau est aussi considérée comme un bien collectif en Suisse», ajoute la présidente.

En Angleterre et aux Pays-Bas, l'eau est intégrée dans toute la sphère politique. «L'eau ne doit pas être vue comme un secteur individuel. L'industrie, le transport, la santé, l'énergie et l'environnement sont entre autres touchés par l'eau», explique Richard Connor.

L'Allemagne pourrait servir d'exemple sur ce plan. Comme l'eau potable y provient surtout d'eau souterraine, le gouvernement a stipulé que l'agriculture pratiquée au-dessus des nappes phréatiques doit être biologique, pour ne pas contaminer l'eau. «C'est une mesure qui pourrait être appliquée ici», assure Martine Châtelain.

Aux États-Unis, la ville de Seattle est aussi un modèle à suivre pour sa gestion intégrée de l'eau. «On réutilise les eaux de pluie. Toute nouvelle construction doit également être conçue pour une utilisation minimale de l'eau», relate Mme Châtelain. Une norme facile à adopter au Québec.

Utilisateurs et pollueurs payeurs

En France, où les compteurs d'eau sont monnaie courante, 150 litres d'eau par personne par jour sont consommés, contre 300 au Québec. «L'utilisation de compteurs pourrait aider à diminuer notre consommation», croit Manuel J. Rodriguez, de la Chaire de recherche en eau potable de l'Université Laval.

Une opinion à laquelle Eau Secours! ajoute un bémol: «Des études démontrent que l'installation de compteurs individuels coûte plus cher que les revenus qu'ils génèrent, explique Martine Châtelain. Par contre, nous sommes d'accord pour faire payer à la consommation les grands utilisateurs.»

L'Union européenne fonde d'ailleurs le budget des agences de l'eau sur deux principes: pollueur-payeur et utilisateur-payeur. «Elles perçoivent des redevances sur les prélèvements et les rejets de tous ceux qui affectent la qualité des eaux. Ces taxes servent à des actions de préservation des ressources», souligne Richard Connor. Les agences soutiennent aussi les investissements pour améliorer les performances des infrastructures. L'eau finance l'eau, autrement dit.

Manuel J. Rodriguez affirme toutefois qu'au Canada, le Québec est le leader en matière de protection de l'eau potable. Les normes sont aussi plus sévères qu'ailleurs au pays.

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