Le Québec doit faire un deuxième bond (1re parution d'une série de 6)

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Les défis du Québec

Les défis du Québec

Vieillissement de la population, coûts de la santé en hausse, faible productivité au travail, taux de décrochage scolaire élevé: les défis que les Québécois ont à relever sont nombreux. La communauté d'affaires tiendra une journée d'échanges le 9 novembre dans le cadre de la démarche Focus stratégique Québec 2010 sur l'avenir du Québec. Parallèlement, la Presse Affaires propose une couverture de certains enjeux au Québec. »

Vieillissement de la population, coûts de la santé en hausse, faible... (Photo: François Roy, La Presse)

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Photo: François Roy, La Presse

Vieillissement de la population, coûts de la santé en hausse, faible productivité au travail, taux de décrochage scolaire élevé: les défis que les Québécois ont à relever sont nombreux. Alors que la communauté d'affaires tiendra une journée d'échanges le 9 novembre dans le cadre de la démarche Focus stratégique Québec 2010 sur l'avenir du Québec, nous publierons tous les mardis, pendant six semaines, une page consacrée à un enjeu. Cette semaine, la stratégie économique.

Si le Québec encaisse sa part de critiques depuis plusieurs années, on a aussi souligné sa vigueur pendant la crise économique. Une raison de croire que tout va mieux?

Pas du tout, estime Marcel Côté, associé fondateur de la firme de conseil en stratégie et management Secor et homme qui a conseillé notamment Brian Mulroney, Robert Bourassa et Jean Charest.

«C'est vrai que le Québec s'est mieux sorti de la crise si on le compare avec l'Ontario où l'industrie de l'automobile a durement été touchée. C'est aussi dû au programme d'infrastructures que le gouvernement du Québec a lancé en 2007 et il y a la ville de Québec qui a un taux de chômage extrêmement bas puisque l'industrie gouvernementale a été moins touchée. Mais les problèmes structuraux n'ont pas changé et la productivité est encore basse», affirme-t-il.

Bernard Landry, premier ministre du Québec de 2001 à 2003, rappelle que le Québec est parti de très loin il y a 50 ans.

«Lorsqu'on regardait les exportations du Québec, on voyait les chapeaux, le textile, les chaussures et les meubles. Aujourd'hui, c'est l'aéronautique, la pharmaceutique, les biotechnologies, le génie-conseil et il ne faut pas oublier les ressources naturelles. Nous sommes partis d'une économie primaire pour en faire une diversifiée et à valeur ajoutée.»

Il reconnaît toutefois qu'il reste du chemin à faire et que les défis sont grands.

«Nous manquerons de main-d'oeuvre. Les baby-boomers vont arrêter de travailler, donc ils vont payer beaucoup moins d'impôts et ils vont vieillir, donc ils coûteront plus cher. Lorsque j'étais étudiant, nous avions environ un habitant actif pour un inactif. Aujourd'hui, c'est plutôt un pour deux.»

L'enjeu de Montréal

La ville de Montréal inquiète Marcel Côté.

«Montréal est moins performant que bien d'autres grandes villes et son taux de chômage est plus élevé que les régions, remarque-t-il. Ce n'est pas une locomotive.»

Pour Bernard Landry, la grande erreur de Montréal a été d'aller vers les défusions.

«Jean Drapeau et tous ses successeurs disaient: une île, une ville. Un gouvernement a eu le courage de les entendre et de la réaliser, mais lorsque Charest est arrivé, il a laissé aller des défusions sur une base ethnolinguistique. Résultat: c'est presque ingérable. Regardez la capitale-nationale qui a eu la sagesse de ne pas défusionner. Elle est plus gérable. Même Chicoutimi et Jonquière qui entretenaient une querelle centenaire n'ont pas défusionné. Et la ville est plus gérable!»

Faire un deuxième bond

Aux yeux de Marcel Côté, le débat lucides-solidaires n'a pas mené le Québec très loin et il faut essayer autre chose. «Le Québec ne peut pas rester en queue de peloton», affirme-t-il.

«Nous avons démontré avec la Révolution tranquille que nous étions capables de faire un grand bond, croit M. Landry. Il faut maintenant en faire un deuxième.»

***

> Les pistes de solution de Françoise Bertrand

L'une des grandes priorités du Québec devrait être d'améliorer la productivité des entreprises, croit Françoise Bertrand, PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ). «Il faut investir dans l'innovation et la formation. Les entreprises doivent entrer dans une démarche de formation continue. Plusieurs préfèrent encore envoyer 1% de leur masse salariale au Fonds de développement et de reconnaissance des compétences de la main-d'oeuvre.» Françoise Bertrand croit aussi que le Québec doit s'assurer d'offrir toujours un environnement propice aux entreprises. «L'Ontario a beaucoup axé sa stratégie sur l'innovation et elle est allée chercher des entreprises dans les mêmes secteurs que nous. Il faut être encore plus vigoureux.» La diversification est aussi un enjeu à ses yeux. «C'est bien de miser sur l'économie du savoir, mais il faut aussi miser sur les ressources naturelles. Et on doit aller davantage à la rencontre de l'Europe. On s'est trop fié aux États-Unis.»

> Les pistes de solution de Marcel Côté

L'associé fondateur de SECOR croit que pour avancer, le Québec devrait d'abord se concentrer sur des secteurs «où le fruit est mûr». L'un des meilleurs exemples à son avis est celui de l'éducation. «Nous ne pouvons pas aller dans une société postindustrielle avec les problèmes d'éducation qu'on a aujourd'hui. La population s'attend à des normes plus exigeantes.» L'immigration est aussi, aux yeux de Marcel Côté, un secteur où il faut intervenir rapidement. «Le Québec veut des immigrants, mais il a une mauvaise performance dans l'accueil et l'intégration», dit-il. Il mentionne aussi les finances et les services publics, de même que l'environnement et l'énergie. «Il faut un équilibre budgétaire et il faut améliorer les services qui représentent plus du quart de l'économie du Québec. Nous devons aussi améliorer notre performance énergétique et mieux exploiter nos ressources naturelles pour en tirer profit.» «Donnons-nous des succès et cela créera un mouvement de changement qui nous fera sortir de la morosité, dit Marcel Côté. Ensuite, on pourra aborder des problèmes plus difficiles.»

> Les pistes de solution de Bernard Landry

L'ancien premier ministre croit que le Québec doit diversifier ses exportations. «La moitié de tout ce que nous produisons est exportée et 80% l'est aux États-Unis, précise-t-il. Il faut appuyer l'accord de libre-échange que le Canada négocie avec l'Europe qui nous donnerait accès à un marché libre de 500 millions de personnes.» La productivité des Québécois doit aussi être améliorée. «Pas avec des semaines de travail de 70 heures, parce que ce serait courir après le burn-out, la dépression et le stress. Quarante heures, c'est très bien, à condition qu'elles soient productives.» Il suggère que les entreprises investissent dans la machinerie et en R&D. Il croit aussi que l'éducation doit devenir aussi importante que la religion l'était en 1920. Bernard Landry considère essentiel qu'on fasse constamment évoluer le modèle québécois tout en maintenant un rôle important de l'État. «Pensez-vous qu'Ubisoft serait venu à Montréal si on n'était pas intervenu? En ce moment, d'autres, comme Toronto, nous copient. Il faut contre-attaquer.» «Et bien sûr, c'est invraisemblable qu'une nation comme la nôtre fasse gérer la moitié de ses impôts par une autre nation. Le Québec doit avoir le plein contrôle de son destin.» Enfin, Bernard Landry croit à l'importance d'investir dans la culture. «C'est bon pour l'économie et pour la qualité de vie.»

***

Productivité du travail en 2008

Pays - PIB/heure - Rang

Norvège - 92,02 - 1

France - 65,23 - 6

États-Unis - 62,37 - 7

Canada - 53,42 - 14

Ontario - 49,87 - 19

Québec - 47,23 - 20

Source: Centre sur la productivité et la prospérité, HEC Montréal

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