Industrie de la traduction

Les machines au service des traducteurs

«Par souci d'économie, certains donneurs d'ouvrage demandent de... (PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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«Par souci d'économie, certains donneurs d'ouvrage demandent de traduire des extraits, sans donner accès au reste du contexte. C'est très dangereux en termes de résultats», juge Réal Paquette, président de l'OTTIAQ et chargé de cours à l'Université de Montréal.

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Industrie de la traduction

Jour après jour, des traducteurs comme Anne Rulkin font face au désir d'économie des entreprises. Directrice du Carrefour des langagiers entrepreneurs (CLEF), elle doit convaincre bien des clients de ne pas céder à la tentation de faire traduire leurs documents par de faux professionnels à l'étranger. »

Samuel Larochelle

Collaboration spéciale

La Presse

Elle est bien loin, l'époque où les traducteurs passaient leurs journées le nez dans les livres. Avec les logiciels de traduction automatique et de mémoire de traduction, leur pratique est en train de changer de façon spectaculaire. Pour le meilleur et pour le pire.

Traduction automatique

Inventés il y a 50 ans, les systèmes de traduction automatisée ont été perfectionnés par les Américains durant la guerre froide, afin de traduire les communications russes, en se basant sur les règles de syntaxe. Avec le temps, ces programmes ont été «peaufinés» à l'aide de statistiques. Par exemple, une machine évaluait le nombre de fois qu'un verbe était accompagné d'un mot (son cooccurrent) et le traduisait automatiquement. «Ça donnait des phrases cocasses qui semblaient bonnes sur le plan syntaxique, mais dont le sens était manquant», explique Stéphane Gervais, du cabinet Adéquat, services linguistiques.

Selon une étude menée en 2009 par Common Sense Advisory, la traduction automatique assistée a doublé le volume de traduction que les humains pouvaient produire seuls.

Google Translate

La traduction automatique a pavé la voie à Google Translate, service surtout utile pour monsieur et madame Tout-le-Monde. «Si quelqu'un tombe sur un texte en langue étrangère et qu'il veut comprendre les grandes lignes, même si la syntaxe est étrange, Google Translate peut être correct, souligne M. Gervais. Mais je le déconseille pour un usage professionnel. Les traducteurs ont accès à des outils beaucoup plus performants. On peut même entraîner la traduction automatique en la corrigeant au fur et à mesure.»

Si l'internet le dit...

Les apprentis traducteurs, qui sont pratiquement nés avec un ordinateur sous les yeux, n'ont pas toujours le réflexe de remettre en question les réponses de l'internet. «On sent chez eux une espèce d'assujettissement à ce qui s'affiche à l'écran, comme si ça devait être vrai parce que ça se trouvait sur l'internet, explique Réal Paquette, chargé de cours au département de linguistique et de traduction à l'Université de Montréal. Il faut leur apprendre à juger ce qu'ils trouvent.»

Mémoire de traduction

Autre technologie qui fait couler beaucoup d'encre: les mémoires de traduction. Il s'agit d'une encyclopédie de textes traduits, alignés ligne par ligne aux textes d'origine. Avec chaque nouveau texte, le logiciel consulte sa mémoire de traduction pour trouver des passages similaires ou identiques. Il utilise ensuite la traduction de ce passage dans sa mémoire pour tenter de donner une réponse correcte. «Ce type de logiciel est particulièrement utile lorsqu'on traduit des textes redondants ou avec des formulations figées qui se répètent beaucoup, comme dans un rapport annuel ou des textes juridiques, explique le traducteur pigiste Alex Gauthier. Grâce au logiciel, seules les sections modifiées ou celles qui n'ont pas encore été traduites sont envoyées aux traducteurs.»

Les avantages de cette technologie sont nombreux: gains de productivité et de temps, possibilité de faire des choix terminologiques très précis qui seront appliqués à tout le document, meilleure cohérence pour un texte dont la traduction est réalisée par plusieurs personnes.

Loin de faire l'unanimité

Cette technologie est pourtant loin de faire l'unanimité, puisque de nombreux professionnels n'apprécient pas la traduction par morceaux. «Par souci d'économie, certains donneurs d'ouvrage demandent de traduire des extraits, sans donner accès au reste du contexte, indique Réal Paquette. C'est très dangereux en termes de résultats.»

Pour certains, ces outils contribuent à l'automatisation et à la banalisation de la traduction, qui représente pour eux un exercice créatif. «Traditionnellement, on pouvait fusionner deux phrases anglaises vers une phrase française, ou les diviser en plusieurs petites phrases françaises, illustre Stéphan Gervais. Mais le logiciel nous enlève cette latitude. On devient des traducteurs d'unités, avec un manque de recul vis-à-vis du texte dans sa globalité. C'est pire lorsque des informaticiens nous envoient des fichiers Excel avec des mots placés en ordre alphabétique. Ils font ça pour économiser des sous, sans égard à la qualité de la traduction.»

Les traducteurs ont souvent accès au texte en entier pour avoir un aperçu du contexte global, mais les outils de mémoire de traduction ont d'autres effets insidieux. «À force de travailler segment par segment, le cerveau s'habitue à se concentrer sur une phrase à la fois et peut, parfois, oublier l'ensemble du paragraphe, affirme M. Gervais. Ça se sent dans la rythmique et dans plusieurs aspects techniques de l'écriture. C'est le combat des années 2010 en traduction.»

En chiffre

575 millions

Valeur du marché des logiciels de traduction en 2010. Les recettes devraient atteindre 3 milliards d'ici 2017.

Source: étude du Bureau de la traduction du gouvernement du Canada

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