Industrie de la traduction

Le Canada, un important marché

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«Le gouvernement et la plupart des entreprises d'ici ne peuvent pas se permettre d'obtenir n'importe quoi en traduction», estime Christine York, chargée d'enseignement au département d'études françaises à l'Université Concordia.

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Industrie de la traduction

Jour après jour, des traducteurs comme Anne Rulkin font face au désir d'économie des entreprises. Directrice du Carrefour des langagiers entrepreneurs (CLEF), elle doit convaincre bien des clients de ne pas céder à la tentation de faire traduire leurs documents par de faux professionnels à l'étranger. »

Samuel Larochelle

Collaboration spéciale

La Presse

À l'échelle mondiale, les organisations offrant des services langagiers devraient générer 38,96 milliards en 2014, selon une étude du Bureau de la traduction du gouvernement du Canada. Même si le Canada ne compte que 0,5% de la population mondiale, il représente environ 10% de cet imposant marché, en raison de la présence de deux langues officielles et du profil démographique de sa population. Le Québec tire son épingle du jeu, lui qui possède la moitié des effectifs canadiens en traduction.

En sachant que 17% de la traduction canadienne vient du secteur public, on comprend que la Charte de la langue française (loi 101) et la Loi sur les langues officielles assurent du travail à bon nombre de traducteurs. «Au fédéral, ils sont obligés de faire traduire presque tout, dont les trois quarts vers le français, soutient Réal Paquette, président de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ). Au Québec, lorsqu'une entreprise étrangère veut s'implanter, elle doit le faire en français, ce qui ouvre la porte à beaucoup de traduction.»

Cette particularité mettrait le milieu québécois en partie à l'abri de la concurrence internationale, dont la qualité laisse parfois à désirer, selon Christine York, chargée d'enseignement au département d'études françaises à l'Université Concordia. «Plusieurs agences internationales font appel à des travailleurs dans des pays où le coût de la vie est moins élevé et qui demandent moins pour leur travail. Par contre, le gouvernement et la plupart des entreprises d'ici ne peuvent pas se permettre d'obtenir n'importe quoi en traduction.»

Traduction «made in China»

Ces agences emploient des centaines, voire des milliers de personnes qui se disent traducteurs et qui travaillent au rabais. Dans le monde, près de 80% des fournisseurs exigent moins de 0,15$ par mot, contre 0,20$ à 0,25$ le mot au Canada, en moyenne.

«En Chine, on peut même obtenir de la traduction à 3 sous le mot, souligne le traducteur pigiste Alex Gauthier. Ça crée une sorte d'effet Walmart, car les clients sont toujours à la recherche des plus bas prix, ce qui entraîne forcément une baisse de la qualité de traduction. Moins un client paye, plus il a de chance que le traducteur ne soit pas compétent ou qu'il travaille peu sur le document. Malheureusement, un gestionnaire ne voit pas la différence entre la traduction au Québec et en Chine, car il n'a aucune connaissance langagière spécialisée.»

Réal Paquette abonde dans le même sens. «On ne peut pas offrir une traduction dans toutes les langues et dans tous les domaines, avec autant de collaborateurs. C'est impossible d'assurer la qualité du travail de 5000 traducteurs et d'être spécialisé en tout.»

Le président de l'OTTIAQ a vu ses propres tarifs comparés aux bas prix demandés à l'étranger. «Un ami m'a demandé de traduire un document imposant pour son entreprise. Quand je lui ai donné mon prix, il a presque fait une crise cardiaque et il a confié le travail à une agence qui a redirigé la traduction en Inde. Quand le texte est revenu, la qualité n'était pas là. Il a passé un temps fou à récupérer un travail pourri, alors qu'il n'est pas langagier! S'il avait fait affaire avec un traducteur agréé, la qualité aurait été garantie. Généralement, les entreprises se font avoir une fois et comprennent.»

Les aléas de l'économie

La situation économique des dernières années a également eu une incidence sur les budgets alloués à la traduction. «Certains secteurs, tels le juridique et le financier, suivent les aléas des cycles économiques, confirme Réal Paquette. Quand il y a moins de placements, il y a moins de contrats et de documentation à traduire. Mais durant les années où l'économie est vigoureuse, on peut manquer de pigistes dans le secteur.»

Évidemment, une entreprise ne peut pas supprimer toute la traduction de son budget. Même que cette dernière peut être un signe de succès. «Une des façons de sortir d'une crise économique, c'est de se maintenir dans le marché avec une marque bien visible, ce qui inclut inévitablement de la traduction.»

En chiffres

2045

Nombre de traducteurs agréés à l'OTTIAQ (70,4% de femmes, 29,6% d'hommes)

50 000$

Revenu annuel moyen

7

Nombre de programmes universitaires reconnus par l'OTTIAQ au Québec: Concordia, Université de Montréal, McGill, Sherbrooke, UQTR, Laval et UQO.

Sources : OTTIAQ, Service Canada et Bureau de la traduction du gouvernement du Canada

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