Bras de fer diplomatique dans l'Arctique

Dossiers  »

Grand Nord

Grand Nord

L'an dernier, le Plan Nord, immense projet à multiples volets du premier ministre Jean Charest au nord du 49e parallèle, suscitait soit un engouement, soit une méfiance auprès des différents groupes d'intérêts québécois. Chose certaine, pour tous, le Plan Nord était très flou. Qu'en est-il un an plus tard? »

(Montréal) Le nord du Canada est le théâtre d'un bras de fer diplomatique. L'enjeu? Le statut du passage Nord-Ouest dans l'archipel arctique canadien.

Alors que le Canada affirme qu'il fait partie de ses eaux intérieures, les États-Unis contestent en disant que c'est un passage international. Y a-t-il matière à s'inquiéter?

Frédéric Lasserre, professeur au département de géographie à l'Université Laval et directeur de projet chez ArcticNet, un réseau de recherche pancanadien sur l'Arctique, n'est pas très inquiet.

«Cela fait 50 ans que la dispute dure», rappelle-t-il.

Le spécialiste croit en fait que les États-Unis ne s'intéressent pas tellement au passage Nord-Ouest.

«Ce qui leur importe, c'est que leurs bateaux militaires puissent passer partout, dans tous les détroits, en toute liberté. Le Canada le prend un peu personnel. Je crois qu'il y a moyen de trouver une façon de s'entendre. D'ailleurs, les États-Unis reconnaissent que les bateaux marchands doivent se soumettre à la loi canadienne.»

Exigences canadiennes

Suzanne Lalonde, professeure titulaire de droit international à l'Université de Montréal, est plus craintive.

«Le Canada revendique que personne ne doit transiter par le passage du Nord-Ouest sans se conformer aux exigences canadiennes, mais à l'heure actuelle, cela se fait de façon volontaire. C'est bien beau à date, mais avec le passage qui devient de plus en plus accessible et le nombre d'utilisateurs qui risque d'augmenter, peut-on avoir confiance en la bonne foi des gens?»

Même s'ils n'ont pas eu de conséquences graves, les quelques incidents d'embarcations qui ont emprunté le passage Nord-Ouest sans prendre contact avec les autorités canadiennes inquiètent la juriste.

Visite-surprise

«Avec l'opération NANOOK, en 2009, j'ai visité le poste de la garde côtière à Iqaluit et le directeur nous racontait qu'une fois, il avait pris une pause à l'extérieur et que tout d'un coup, il avait vu un navire sortir de la brume! C'était un navire de croisière allemand qui avait réussi à se rendre là sans avertir personne et sans se faire embêter. Et si ces gens avaient eu de mauvaises intentions?»

Suzanne Lalonde croit que si le Canada affirme que le passage du Nord-Ouest fait partie de ses eaux intérieures, il doit être en mesure de faire respecter sa réglementation.

«S'il n'est pas capable, il risque de perdre légalement le contrôle et le détroit pourrait devenir international. Même si on a cinq navires de la garde côtière qui sillonnent les eaux arctiques pendant l'été et qu'on a accès à des images satellites qui couvrent le passage du Nord-Ouest, on a encore des trous à boucher.»

 

Partager

publicité

publicité

publicité

publicité

image title
Fermer