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Le secteur de la défense ne connaît pas la crise
Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse
«Aux États-Unis comme au Canada, les gouvernements cherchent à sous-traiter davantage afin de réaliser des économies », dit Gene Colabatistto, président des activités militaires chez CAE.
La Presse
«Même après les coupes, le marché américain reste le plus grand du monde en défense », précise Mario Longpré, leader canadien des services au secteur de l'aérospatiale et de la défense chez PricewaterhouseCoopers (PwC).
L'horizon reste donc ouvert pour les entreprises québécoises déjà présentes dans les chaînes d'approvisionnement américaines.
Nouvelles occasions
Certaines profitent même de ces temps de rigueur budgétaire pour avancer leurs pions. C'est le cas de CAE.
Le fabricant de simulateurs de vol mise sur les efforts budgétaires du gouvernement américain pour saisir de nouvelles occasions d'affaires. «Aux États-Unis comme au Canada, les gouvernements cherchent à sous-traiter davantage afin de réaliser des économies. La technologie de la simulation est moins coûteuse que l'entraînement en vol», souligne Gene Colabatistto, président des activités militaires de CAE. Toutefois, quand il s'agit de conquérir un nouveau marché, les turbulences économiques ne facilitent pas les choses. «La part du gâteau diminue, et les acteurs américains laisseront moins de place aux nouveaux acteurs », reconnaît M. Longpré, de PwC.
Les entreprises étrangères, dont les firmes québécoises, devront réfléchir à leur stratégie si elles veulent recevoir des commandes. L'écoute du marché est primordiale. «Il faut se recentrer sur les priorités du gouvernement américain dans les prochaines années », suggère-t-il.
Alliances
Pour y arriver, les entreprises québécoises devront nouer des alliances avec des acteurs locaux. «Il faut trouver des créneaux spécialisés en passant par des acquisitions d'entreprises aux États-Unis afin d'entrer en contact avec le gouvernement américain, souligne Mario Longpré. Ça ne se passe pas toujours ainsi, mais ça donne de meilleures chances de réussite. Tout gouvernement préfère travailler avec des entreprises présentes dans son pays.»
CAE a l'habitude de réaliser de tels partenariats. «Nous réalisons 70% de nos activités comme maître d'oeuvre, et le reste comme sous-traitant d'une autre entreprise», confie M. Colabatistto. Comme maître d'oeuvre, la firme québécoise n'hésite pas à «passer du temps pour trouver les meilleurs partenaires. » Et les critères sont sévères. En ces temps de rigueur budgétaire, les entreprises doivent être compétitives en matière de prix, sans espérer de cadeaux si des dépassements surviennent. «Avant le ralentissement économique mondial, les contrats militaires offraient de bonnes marges, soutient M. Longpré. Récemment, il y a eu un resserrement. Les gouvernements surveillent désormais les dépassements de coûts.»
En plus d'un prix ferme, le soumissionnaire doit assurer un très haut niveau de qualité. « Ce n'est pas le moment de courir vers des contrats pour lesquels on n'a pas les compétences, ajoute-t-il. L'heure est à protéger son bilan et à préserver son programme de recherche et développement.»
Prometteurs F-35
Le prochain renouvellement des chasseurs furtifs des Forces canadiennes offrira des occasions d'affaires à l'industrie aérospatiale d'ici, même avec des maîtres d'oeuvre étrangers. Toutefois, «si le gouvernement canadien retourne en appel d'offres, les contrats d'entretien et la production de composants, qui pourraient être réalisés au Canada, seraient reportés de plusieurs années», pense Mario Longpré. Or, «les entreprises qui développeront une expertise sur le F-35 pourront la proposer ailleurs dans le monde, parce que c'est un programme nouveau », dit-il.
C'est ce double enjeu que vise CAE. Par la voix de Gene Colabatistto, l'entreprise se dit attentive au dossier, en visant une double collaboration, à la fois avec le fabricant du F-35, Lockheed Martin, et avec les gouvernements américain et canadien... avant d'étendre ses commandes aux autres pays qui achèteront le chasseur furtif.
En septembre, le gouvernement Harper a demandé au cabinet KPMG d'étudier les coûts du programme d'avions de chasse F-35. Au printemps, le vérificateur général Michael Ferguson a indiqué que l'achat et l'entretien du chasseur américain coûteraient 25 milliards sur 25 ans, au lieu des 16 milliards initialement prévus.
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