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Championne du secteur tertiaire
Photo Jonathan Hayward, PC
Près de 43%des Gatinois gagnent leur vie dans le secteur public. Ci-dessus, le Musée canadien des civilisations.

Philippe Orfali, collaboration spéciale
La Presse
«Au-delà des chiffres, il existe un net écart entre le milieu urbain et le milieu rural de l'Outaouais. La crise forestière n'a fait qu'accentuer le tout», dit l'économiste Martin Robitaille.
Gatineau, quatrième ville du Québec, bénéficie depuis toujours de la présence du gouvernement fédéral, qui assure une grande stabilité au marché de l'emploi, tout en procurant des retombées économiques appréciables, même en temps de crise.
De ville forestière, elle a su se transformer au cours des dernières décennies pour devenir une agglomération administrative, où la majorité des entreprises privées sont concentrées dans l'industrie des services.
En périphérie, la municipalité régionale de comté (MRC) des Collines-de-l'Outaouais jouit aussi de ces effets, contrairement aux autres MRC.
En pôle
Au chapitre de l'emploi, l'Outaouais arrive premier au Québec avec 85% de sa main-d'oeuvre active dans le secteur tertiaire, contre 76% à l'échelle du Québec. En revanche, le secteur secondaire représente à peine 13% de l'économie, contre 22% pour l'ensemble de la province.
Environ 20% des emplois fédéraux de la région de la capitale nationale se trouvent à Gatineau, sans compter les fonctionnaires provinciaux et municipaux, ainsi que les travailleurs de la santé et de l'éducation. En réalité, près de 43% de la population gatinoise gagnent leur vie dans le secteur public.
«La R&D et les hautes technologies complètent l'essentiel du portrait économique de l'Outaouais urbain», indique Jean Hébert, directeur général de la Conférence régionale des élus (CREO).
Cette importante tertiarisation se reflète dans les caractéristiques de la population: «Tout près de 65% de la population de Gatineau est bilingue, devant celles de Montréal et Ottawa, souligne Michel Plouffe, directeur général de Développement économique - CLD Gatineau. Par ailleurs, avec 28,3% de sa population de plus de 20 ans qui a fait des études universitaires, Gatineau devance la moyenne québécoise de 24,9%.»
Une forêt durement touchée
La situation n'est pas aussi rose dans l'Outaouais rural, où l'économie repose en grande partie sur l'industrie forestière.
Alors que la MRC des Collines et Gatineau possèdent des taux d'activité qui les placent au sommet du palmarès provincial (71%), les MRC Papineau, Vallées-de-la-Gatineau et Pontiac se classent à l'autre extrême. Seulement 55% de leur population est considérée active.
L'économie des territoires ruraux est mal en point et se compare à celles des régions ressources, note Chantal Doucet, coauteure de L'Outaouais, une région qui gagne et qui perd.
«Ils vivent des problèmes similaires: exode des jeunes, vieillissement de la population, faibles revenus, difficulté d'attirer des entreprises et du capital, etc.»
À elle seule, la MRC Papineau a perdu près d'un millier d'emplois à la suite de la fermeture temporaire de l'usine de papier Thurso.
Dans le Pontiac, la fermeture de la Smurfit-Stone a mené à la perte de 600 emplois à l'usine de transformation de papier, sans compter tous les emplois indirects.
«Les scieries ont fermé à tour de rôle. C'est tout le bassin d'approvisionnement de l'usine qui a été affecté», signale le directeur général de la MRC Pontiac, Rémi Bertrand.
Avec la forêt, l'agriculture constitue l'une des industries traditionnelles de la région. Bien que le nombre de fermes ait diminué des trois quarts entre 1961 et 2001, plus de 1000 exploitations agricoles tiennent bon, réparties surtout dans le Pontiac, dans Papineau et dans les Collines.
À la différence du reste du Québec, l'industrie en Outaouais se concentre dans la production bovine.
Tourisme en pleine croissance
Pour se renouveler, les MRC rurales de l'Outaouais comptent sur le tourisme, une industrie déjà très présente dans la MRC des Collines, dans Papineau et à Gatineau, mais au fort potentiel de croissance. Déjà, les dépenses touristiques dans la région ont crû substantiellement au cours des dernières années, passant de 195 millions en 2003 à 250 millionsen 2007, selon Tourisme Outaouais.
Malgré un ralentissement marqué (-8%) en 2008, l'industrie semble avoir repris du poil de la bête en 2009.
L'achèvement en 2012 de l'autoroute 50 fait miroiter une nouvelle manne touristique pour la MRC Papineau, puisqu'elle reliera Gatineau à Montréal.
La MRC dispose déjà de nombreux attraits touristiques, comme le Manoir-Papineau, le Château Montebello, l'un des plus importants centres de villégiature au pays, et le Parc animalier Oméga.
De son côté, la Vallée-de-la-Gatineau compte à elle seule 3200 lacs.
«L'Outaouais est l'une des rares régions qui arrivent à combiner à la fois des produits touristiques urbains et ruraux, des grandes activités culturelles au plein air, le tout à proximité l'un de l'autre», dit M. Hébert.
Les hautes technologies
Longtemps qualifiée de Silicon Valley North, la région d'Ottawa a été durement touchée par l'éclatement de la bulle technologique, en 2001, puis le démembrement de Nortel, qui représentait jusqu'à tout récemment le plus grand employeur privé de la région.
En 2005, plus de 1000 entreprises technologiques étaient établies dans la grande région d'Ottawa-Gatineau, dont 42 à Gatineau.
«Beaucoup d'énergie est consacrée à l'implantation d'entreprises technologiques à Gatineau. Bon an mal an, une quinzaine d'entre elles s'établissent ici. Cela va au-delà des géants comme HP ou Mitel», dit M. Plouffe.
Comme Ottawa-Gatineau dispose à la fois de la plus importante concentration d'entreprises technologiques et d'entreprises actives dans le domaine des services langagiers au Canada, le CLD Gatineau et la CREO souhaitent transformer la ville en principal pôle langagier mondial.
«La demande est là, et on compte y répondre, dit M. Hébert. Que ce soit la traduction, le traitement automatisé de la parole, les analyses sémantiques, les outils d'aide à la rédaction ou les systèmes prédictifs, l'Outaouais sera là.»
Inauguré en mai 2006, le Centre de recherche en technologies langagières de l'Université du Québec en Outaouais a un budget de fonctionnement annuel de 500 000$, mais l'université estime que le centre aurait besoin de 6 millions annuellement pour concurrencer les grands centres langagiers ailleurs dans le monde.
À eux seuls, les domaines de la traduction et du traitement de la parole représentaient un marché mondial de plus de 9 milliards l'an dernier. «La manne est là. Gatineau fera tout en son possible pour tirer son épingle du jeu», assure M. Plouffe.
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