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La culture Cris: un appel à l'échange
L'impact économique d'une architecture distinctive
Photo fournie par l'Institut culturel crie d'Oujé-Bougoumou
Il a fallu près de 10 ans et 15 millions pour mener le projet de l'Institut à terme.
C'est ce qu'exprime l'Institut culturel cri d'Oujé-Bougoumou, une petite communauté de quelque 600 habitants située à 55 km à l'ouest de Chibougamau.
Ces pages en ont fait état il y a tout juste un an, alors qu'il était encore en construction. Ça y est, l'édifice est ouvert au public depuis le 15 novembre, en attendant une inauguration plus officielle en juin prochain. Il a fallu près de 10 ans et 15 millions pour mener le projet à terme.
L'Institut culturel cri a reçu quelque 1000 visiteurs depuis son ouverture, selon les estimations de son directeur général, Stephen Inglis. «Pas énormément, mais une fréquentation étonnamment régulière. Hier encore, j'ai guidé un groupe d'une quinzaine de visiteurs américains qui faisait du tourisme en motoneige.»
Il prévoit accueillir de 10 000 à 20 000 personnes au cours de la première année. Une fois sa vitesse de croisière atteinte, l'Institut aura créé environ 40 emplois. Pour l'instant, il compte une vingtaine d'employés.
Un rappel de la maison longue
L'édifice se dresse sur une place circulaire, au centre de la petite communauté. La culture en point de mire: l'allégorie est voulue.
Il a été conçu par les firmes d'architectes Douglas Cardinal, d'Ottawa - M. Cardinal est lui-même d'origine autochtone -, et Rubin Rotman, de Montréal.
Il montre une longue épine dorsale, formée de 15 paires d'arcs en épinette laminée qui se croisent en ogive, formant une longue nef aux extrémités en cul-de-four.
Comme un canot renversé. Mieux, comme un shaputuan, maison longue traditionnelle des Cris.
«L'intérieur est vraiment ouvert, observe l'architecte Steve Rotman. L'idée, quand on entre, est de voir jusqu'à l'autre extrémité.»
Les peaux qui recouvraient la structure en branches de la maison longue sont remplacées par un toit de planches en bois torréfié sur membrane imperméable. Les ouvertures pour l'évacuation de la fumée des feux, et qui donnaient sur l'azur, sont reproduites avec de larges baies alignées le long du faîte.
Un peuple dont la culture est celle des grands espaces, du contact étroit avec la nature, ne peut qu'avoir une relation particulière, paradoxale, avec l'architecture. «Mais en même temps, il y a une culture du rassemblement, indique Steve Rotman. Il est important pour eux d'avoir un endroit où tout le monde est égal, sans hiérarchie, avec un foyer autour duquel ils font la cuisine, fabriquent leurs outils. Il fallait avoir une architecture ouverte à tous, inclusive, et pas divisée en petits locaux.»
Steve Rotman était déjà familier de cette culture de l'échange, de proximité au milieu de l'immensité. Sa firme a déjà conçu une dizaine de projets pour la nation crie. Chaque fois, le projet est précédé de longues consultations avec les membres de la communauté, qui peuvent s'étendre sur plusieurs mois.
Il a appris. Il a compris.
«On a commencé, comme tout le monde ici au sud, avec des angles à 90 degrés, mais ils nous ont dit qu'ils étaient plus à l'aise avec des coins arrondis, des formes rondes, raconte-t-il. Chaque fois qu'il y avait un choix à faire, il fallait tendre vers l'organique.»
Il donne l'exemple d'une paroi rectiligne, à l'intérieur de l'Institut, qui a été rendue ondoyante à la suggestion de la communauté. «C'était plus confortable pour eux, du point de vue esthétique.»
La nature rencontre l'architecture...
Lieu de rencontre
Une architecture de qualité, adaptée à la culture crie, aura un impact important sur le développement de la région. L'Institut culturel cri d'Oujé-Bougoumou agira à titre de point focal, d'aimant touristique.
Dans cette perspective, estime Steve Rotman, le défi sera de ne pas en rester là et d'y ajouter des installations hôtelières tout aussi distinctives. L'architecture du Nord doit dire son nom. «À part les mines et les ressources, l'avenir appartient au tourisme, soutient-il. C'est ce que recherchent beaucoup d'Européens. Mais ils ne souhaiteront pas dormir dans des hôtels qu'ils peuvent trouver n'importe où ailleurs.»
Bien sûr, l'Institut nourrit d'abord un objectif de préservation de la culture crie. «Nous ne ferons pas de travail de développement économique, affirme Stephen Inglis. Mais déjà, j'ai vu des gens qui étaient là pour discuter de politique, de mines, de forêts, venir visiter notre centre. Et ça les a sensibilisés au fait qu'il y a une culture traditionnelle dans cette région, que les gens y tiennent, et qu'elle devra faire partie de la discussion.»
Le soin apporté à l'architecture de cette maison longue et les trésors qu'elle recèle disent aux visiteurs: voici notre histoire. Voici qui nous sommes. Voici ce qui nous importe.
Maintenant, assoyons-nous ensemble, prenons le temps d'échanger, puis faisons des affaires.
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