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Biocarburants
Vers la deuxième génération d'éthanol

Caroline Rodgers, collaboration spéciale
La Presse
Mais une nouvelle génération d'éthanol est sur le point de naître, à base de plantes non alimentaires ou de déchets.
L'éthanol de première génération est généralement fait à partie de maïs, de blé ou d'autres céréales. Cela pose problème, dans la mesure où une partie des récoltes qui auraient été destinées à l'alimentation humaine sont détournées pour en faire du carburant.
«Pendant la crise alimentaire survenue en 2008 à la suite de l'explosion des prix, plusieurs organismes ont évalué les causes, explique Guy Debailleur, professeur titulaire au département d'économie agroalimentaire et sciences de la consommation de l'Université Laval. Il en est ressorti que la montée en puissance de la production d'éthanol avait contribué largement à cette explosion. Selon l'International Food Policy Institute, l'éthanol serait responsable de 30 à 35% de l'augmentation du prix des céréales.»
Dès 2007, l'OCDE a commencé à se préoccuper de l'impact possible de cette croissance rapide de l'éthanol sur l'équilibre alimentaire.
«Beaucoup de pays qui s'étaient donné des objectifs élevés pour la production et la consommation d'éthanol ont réduit ces objectifs à la baisse parce qu'ils ont réalisé qu'il y avait un lien entre ceux-ci et le prix des denrées agricoles», ajoute le professeur.
Les arguments avancés pour la promotion de l'éthanol étaient la raréfaction des ressources pétrolières et les gains possibles en matière d'émissions de GES.
«Mais on s'est aperçu que si on faisait une analyse du cycle de vie et de toutes les ressources nécessaires à chaque stade de la production, le bilan en termes de GES n'est pas aussi fantastique qu'on le croyait, dit Guy Debailleur. Le type d'éthanol qui offre les gains de réductions de GES les plus intéressants est la canne à sucre.»
Subventions
Au Canada, seulement de 2006 à 2008, près d'un milliard a été accordé en subventions à l'industrie des biocarburants, soit l'éthanol et le biodiesel. Ces subventions ont permis à l'industrie canadienne de connaître une croissance importante.
Le Canada produit maintenant environ 1000 millions de litres d'éthanol et 200 millions de litres de biodiesel annuellement, selon une étude de l'Institut international de développement durable.
Mais selon l'étude, les contribuables canadiens n'en ont pas pour leur argent en termes de réduction de GES. En effet, selon l'étude, il en coûterait de 30 à 70 cents le litre en subventions pour remplacer le carburant à base de pétrole par de l'éthanol ou du biodiesel.
«Les subventions aux biocarburants sont une méthode coûteuse d'économiser le carburant fossile et d'atteindre les cibles de réduction des GES, conclut l'étude. Même dans la meilleure hypothèse, celle où l'éthanol cellulosique remplacerait l'éthanol conventionnel, il en coûterait trois fois plus cher au Canada de subventionner l'éthanol que d'acheter des crédits de compensation sur les marchés».
Nouvelle génération
L'éthanol de deuxième génération est en train de naître, au Québec et ailleurs. Celui-ci peut être produit à partir de matières organiques qui n'entrent pas en compétition avec l'alimentation humaine, comme les résidus forestiers ou agricoles, des plantes non comestibles, ou même des déchets.
C'est vers cette option que s'est tournée la firme québécoise Enerkem. Son usine de Westbury, dans les Cantons-de-l'Est, fabrique de l'éthanol à partir de matières résiduelles.
«Cet été, nous allons faire des démonstrations avec des véhicules, en collaboration avec le groupe GreenField de Varennes, qui produit déjà de l'éthanol de première génération, dit Esteban Chornet, chef de la direction technologique d'Enerkem. Ils vont aller vers la seconde génération lorsque les démonstrations auront prouvé que c'est économiquement intéressant.»
Selon lui, les déchets domestiques représentent un potentiel intéressant pour la transformation en biocarburants. «Une ville comme Montréal génère environ 6000 tonnes de déchets par jour, dit-il. On peut les transformer en énergie.»
Enerkem a d'ailleurs un projet de cette nature à Edmonton. Une usine dont la construction commencera cet été produira de l'éthanol à partir des déchets non-recyclables de la ville. «Ce sera une première mondiale au niveau commercial, et nous espérons entrer en production en 2012», dit Esteban Chornet.
L'avenir
Selon lui, l'éthanol est appelé à prendre une place plus importante pour le transport dans l'avenir, en combinaison avec les hydrocarbures et l'électricité.
«Aujourd'hui, le pétrole est moins cher, mais le renouvelable commence à être intéressant, surtout parce qu'il peut se développer en région et créer de la richesse, dit-il. Un jour, le carburant renouvelable pourrait remplacer autour de 20% du carburant.»
Par ailleurs, une troisième génération d'éthanol fait présentement l'objet de recherches. Des algues pourraient un jour être converties en biocarburant. Mais selon Esteban Chornet, ces produits ne seront pas sur le marché avant 25 ans.
Pour l'instant, le Canada a adopté la Loi C-33, qui rendra obligatoire l'intégration de 5% d'éthanol ou de 2% de biodiesel. Les pétrolières devront donc incorporer les biocarburants dans leurs produits.
Cette décision a soulevé les critiques de plusieurs ONG à vocation humanitaire ou environnementales, comme Greenpeace ou OXFAM, qui considèrent que cela revient à enlever de la nourriture aux pays du Sud pour mettre de l'essence dans les véhicules des pays riches, dans l'éventualité où il faudrait importer une partie du biocarburant requis pour atteindre cet objectif de 5%.
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