Pour un accès universel à l'électricité

«Il faut investir davantage» - Jamal Saghir, Banque mondiale

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Congrès mondial de l'énergie

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Au cours des 20 prochaines années, la demande en énergie de la planète connaîtra une augmentation d'environ 40%, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE). »

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Illustration Julien Chung, La Presse

(Montréal) Des 6,7 milliards d'habitants que compte aujourd'hui notre planète, plus d'un cinquième, soit 1,5 milliard de personnes, n'ont toujours pas accès à l'électricité.

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Jamal Saghir, directeur Énergie, Transport et Eau pour la Banque mondiale.

Photo fournie par la Banque Mondiale

Et si les investissements demeurent à leur niveau actuel, en 2030, ce nombre ne diminuera qu'à 1,4 milliard, prévient Jamal Saghir, directeur Énergie, Transport et Eau pour la Banque mondiale, en entrevue à La Presse.

Pour donner un accès universel à l'électricité dans les pays en voie de développement d'ici 2030, il faudrait investir 165 milliards par an.

«La question de la pauvreté énergétique devrait être considérée comme une priorité, car l'accès à l'énergie est un aspect fondamental du développement économique, dit-il. En l'absence d'une énergie moderne et disponible, les usines et les entreprises, grandes ou petites, ne peuvent pas être exploitées efficacement, tandis que les hôpitaux et les écoles ne peuvent pas fonctionner à pleine capacité. Les services élémentaires que les pays riches tiennent pour acquis ne peuvent pas être offerts.»

Aujourd'hui, 99,8% des personnes n'ayant pas accès à l'électricité vivent dans les pays en voie de développement. Environ 85% d'entre elles vivent dans des zones rurales, surtout en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, selon l'Agence internationale de l'énergie.

«L'Afrique a un taux d'accès à l'énergie exceptionnellement bas, dit Jamal Saghir. Sur les 1,5 milliard de personnes qui n'ont pas d'accès à l'électricité, près de 590 millions vivent en Afrique subsaharienne. De plus, le nombre de pannes de courant a augmenté dans cette région au point que l'on estime leur coût à 2% du PIB.»

Si l'on exclut l'Afrique du Sud, la capacité de production d'électricité des 47 autres pays de l'Afrique subsaharienne réunis est si faible qu'elle équivaut à celle d'un pays comme l'Argentine! Seulement 24% de la population y a accès à l'électricité. Pour corriger la situation, il faudrait investir 40 milliards par an, soit 6,4% du produit domestique brut de la région. Or, on investit présentement moins du quart de cette somme.

«Il faut trouver les fonds nécessaires pour financer cet écart, dit Jamal Saghir. Les gouvernements de ces pays doivent mettre l'accès à l'électricité comme un élément important de leurs plans de développement. Mais l'investissement dans ce secteur coûte cher, les fonds publics sont limités, et ils ont aussi des priorités dans les secteurs de l'eau, du transport, de l'éducation et de la santé.»

Le financement devra venir des donateurs bilatéraux et multilatéraux, ainsi que du secteur privé. Il s'agit d'un enjeu crucial, ajoute le directeur. On estime que si le déficit d'accès à l'énergie de l'Afrique était corrigé, cela aurait pour effet d'augmenter sa croissance économique de 1,9%. «On ne fait pas d'électrification seulement pour le principe de donner l'électricité aux gens, mais parce que cela a un impact important sur la croissance économique, ainsi que sur le développement et la qualité de vie de l'ensemble de la population.»

Sur le terrain

Outre le financement, d'autres questions sont à considérer, dont celle de l'expertise. «Pour faire de l'électrification, il faut des ressources humaines, des ingénieurs, un transfert des technologies, et une meilleure intégration des systèmes. Il faut développer des corridors énergétiques pan-africains ou pan-asiatiques pour que les pays puissent échanger de l'énergie entre eux», dit M. Saghir.

Patrick Lamarre, vice-président principal énergies chez SNC-Lavalin, a été à même de constater l'ampleur du défi dans le cadre de projets internationaux réalisés par l'entreprise. «Le défi principal est de connecter les habitants aux sources de production, dit-il. Ils ont généralement des moyens de produire l'électricité, mais il faut que celle-ci se rende à toutes les localités et à toutes les habitations.»

L'un des groupes de SNC-Lavalin travaillant le plus activement dans les pays en voie de développement est d'ailleurs celui qui est responsable des activités de transmission-distribution. «On réalise présentement un mandat d'interconnexion entre le Ghana, le Togo et le Bénin, des pays pauvres qui ont tous de l'électricité, mais dont les systèmes sont isolés et dont ils ne tirent pas le meilleur avantage, explique M. Lamarre. Le projet actuel va permettre de donner une meilleure stabilité au système électrique de ces trois pays. Par exemple, si jamais une centrale n'est pas opérationnelle et qu'il y a une pénurie dans l'un d'entre eux, il va pouvoir prendre de l'électricité des pays voisins.»

Sur le terrain, la situation est complexe, notamment parce que les infrastructures en place sont peu développées, que ce soit l'eau, les routes, les édifices... et l'électricité!

«Les employés n'ont pas toujours accès à un ordinateur, il y a des pannes de courant, et souvent, on ne peut pas effectuer le travail avec des locaux parce qu'ils n'ont pas la formation nécessaire. Il faut amener des gens de l'étranger sur place. Et il faut transférer les connaissances aux locaux pour qu'ils soient en mesure d'opérer eux-mêmes par la suite. Cela va même jusqu'à donner des cours de langues ou à apprendre à lire aux ouvriers pour qu'ils soient capables de comprendre les indications.»

Toutefois, à voir les progrès que les projets énergétiques permettent de réaliser, cela vaut bien tous ces efforts, croit le vice-président. «C'est notre plus grande satisfaction, dit-il. Quand on quitte, ils ont l'électricité et la qualité de vie change. Ici, on est très gâtés et on a du mal à s'imaginer que dans certains pays, le simple fait d'avoir une source d'électricité, pour ces gens, c'est presque un miracle.»

 

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