Lester R. Brown: sauver la civilisation... rien de moins!

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Congrès mondial de l'énergie Montréal 2010

Congrès mondial de l'énergie Montréal 2010

Amener l'énergie au monde. C'est le défi que se donnent les représentants de l'industrie, les dirigeants et les scientifiques réunis au Congrès mondial de l'énergie Montréal 2010. »

Lester R. Brown est un conférencier vedette du... (Photo: fournie par l'Earth Policy Institute)

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Photo: fournie par l'Earth Policy Institute

Lester R. Brown est un conférencier vedette du Congès mondial de l'énergie.

Un plan pour sauver la civilisation, et rien de moins! C'est ce que l'économiste et environnementaliste Lester R. Brown, conférencier vedette du Congrès mondial de l'énergie, propose au monde. Considéré comme un grand penseur de notre temps, il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages. Il a fondé, en 2001, l'Earth Policy Institute avec un objectif: concevoir une vision et un plan pour créer une économie mondiale viable pour la planète. La Presse s'est entretenue avec lui.

Q Quelles sont vos attentes envers le Congrès mondial de l'énergie?

R J'espère que les participants reconnaîtront l'urgence de la situation actuelle en ce qui a trait au réchauffement climatique, et l'importance d'amorcer rapidement une transition pour restructurer l'économie mondiale héritée du siècle dernier et basée sur la production d'énergie fossile vers une nouvelle économie basée davantage sur les énergies renouvelables.

Q Pourquoi cette restructuration est-elle importante?

R Les événements extrêmes que nous avons connus récemment sur le plan climatique, tant la vague de chaleur en Russie que les inondations au Pakistan, sont conformes à ce que les modèles climatiques ont prédit. Ces événements, même s'ils sont circonscrits géographiquement, ont des conséquences globales. Qui aurait pensé que nous aurions un jour une vague de chaleur à Moscou, où la température moyenne en juillet a atteint 7ºC au-dessus de la normale? Nous avons eu de la chance que cette canicule ne soit pas survenue à Chicago. La Russie produit, durant une bonne année, environ 100 millions de tonnes de céréales. On en a perdu près de 40 millions de tonnes. Mais si Chicago avait connu une vague de chaleur équivalente, nous aurions perdu une importante partie de la production de céréales du Midwest, surtout en maïs. Et la perte de près de 200 millions de tonnes sur une production totale de 400 millions aurait eu des conséquences graves sur les marchés. Les pays exportateurs auraient dû limiter leurs exportations, tandis que les pays importateurs chercheraient désespérément à acheter des céréales.

Q Beaucoup de citoyens se demandent s'il n'est pas déjà trop tard pour changer le cours des choses. Est-il réaliste de penser que nous pourrons réussir cette transition énergétique assez rapidement pour éviter le réchauffement?

R Le réchauffement est déjà commencé et nous en subissons les conséquences. La question est plutôt de savoir si nous réussirons à le limiter suffisamment pour sauver la calotte glaciaire du Groenland, car si elle fondait en entier, le niveau de la mer pourrait monter de 7 mètres, ce qui serait catastrophique. Même une augmentation de seulement 1 mètre aurait de graves impacts. Mais la bonne nouvelle, c'est que cette transition énergétique s'est accélérée de façon spectaculaire depuis quelques années, avec des projets d'énergie renouvelable d'une envergure colossale, comme on le constate en Chine et en Afrique du Nord. Un autre indicateur montrant que nous sommes dans la bonne direction est l'intérêt actuel que les grands groupes d'investisseurs et les banques d'affaires portent aux enjeux de la transition énergétique. Ils veulent investir intelligemment. Ils ne sont pas intéressés, par exemple, à se retrouver dans une situation où ils prêtent de l'argent pour la construction de centrales au charbon si le monde décide de supprimer progressivement ces centrales. De fait, il est devenu difficile aujourd'hui d'emprunter de l'argent pour construire une centrale au charbon dans certaines parties du monde. C'est le cas aux États-Unis. La tendance s'inverse: on ferme des centrales pour les remplacer par du gaz naturel, des programmes d'efficacité énergétique, de l'éolien ou du nucléaire. Récemment, le Tennessee a annoncé qu'il fermerait neuf centrales. On constate que partout dans le monde, des décideurs politiques ont enfin pris conscience de la gravité de la situation et agissent. Même si la rencontre de Copenhague en décembre 2009 a clairement été un échec, indépendamment de cela, sur le plan local, des juridictions et de grands joueurs corporatifs et financiers prennent le virage des énergies renouvelables.

Q Quels changements faudrait-il apporter aux politiques actuelles pour faciliter la transition vers les énergies sobres en carbone?

R Sur le plan des politiques, l'initiative la plus importante que nous devons adopter est de restructurer progressivement le système fiscal de manière à ce que le marché reflète les coûts réels de l'utilisation de l'énergie. Quand on brûle une tonne de charbon ou un litre d'essence, on paie ce qu'il a fallu pour les extraire, les raffiner et les transporter, mais on ne paie pas les coûts associés aux changements climatiques ou les dommages à la santé qui découlent de leur utilisation. Si on diminuait l'impôt sur le revenu et qu'on compensait cette baisse par une augmentation des taxes sur le carbone, cela aurait une influence sur les décisions relatives à l'énergie en reflétant davantage le coût réel des choix qui sont faits dans la façon de produire et de consommer celle-ci.

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