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Des enjeux planétaires
Photo: Erick Labbé, archives Le Soleil
Richard Drouin, président du conseil d'administration du Congrès mondial de l'énergie Montréal 2010.
Q- Pour vous, que représente le Congrès mondial de l'énergie?
R- Quand on regarde l'importance des gens qui vont participer, avec près de 300 conférenciers de haut niveau et de 56 pays, 70 ministres de l'Énergie et des délégués de presque 115 pays, et quand on tient compte de l'ensemble des enjeux discutés, il faut admettre que peu d'événements peuvent prétendre à une telle notoriété, qui est importante pour Montréal et pour le Canada. En plus de la notoriété du Congrès, c'est le seul qui regroupe tous les types d'énergie, que ce soit le gaz, le pétrole, l'hydroélectricité, le nucléaire et les énergies renouvelables, avec des intervenants de tous ces milieux. J'ai eu l'occasion de participer au premier Congrès mondial de l'énergie, qui a eu lieu en 1989, ici même à Montréal, et j'ai pu constater l'intérêt et l'attention que cela suscitait dans le monde entier.
Q- Quelles sont vos attentes envers le CME 2010?
R- Il y a des enjeux planétaires sur le plan énergétique. Comme vous le savez, un tiers de la population mondiale ne bénéficie pas de l'énergie. De plus, nous faisons également face à une consommation qui va pratiquement doubler d'ici 2050. Il faut étudier toutes les pistes de solutions. Ces questions doivent se poser dans un cadre qui regroupe l'ensemble des énergies, et non par secteurs isolés. Toutes ces questions amènent à former des relations entre les congressistes et à échanger entre eux sur tout ce qui se passe de nouveau sur la planète, que ce soit dans les pays de l'OCDE, du BRIC ou du G8. Les gens de toutes ces organisations ont besoin d'échanger sur les enjeux énergétiques, et c'est l'occasion. Le Congrès se tient presque immédiatement après les sommets du G8 et du G20, et moins d'un an après le COP15 (NDLR: la 15e Conférence des parties à la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques) qui se tenait en décembre dernier à Copenhague. Il est clair que ces trois événements amènent de nouvelles discussions dans un congrès comme celui-ci, qui vont préparer le terrain pour le sommet du COP16 qui aura lieu à Cancun en décembre.
Q- Depuis l'époque où vous avez été PDG d'Hydro-Québec, le secteur de l'énergie a beaucoup évolué et le monde a pris conscience de problèmes environnementaux comme le réchauffement climatique. Est-ce que votre vision du monde de l'énergie a changé depuis cette époque, et quels ont été les changements les plus significatifs, à votre avis?
R- Les événements récents (NDLR: dans le golfe du Mexique) ont soulevé la question de la sécurité des installations énergétiques. Il faut absolument que nous ayons une réflexion là-dessus, et elle est déjà commencée. De plus, quand on regarde la façon dont évolue la consommation énergétique dans le monde, cela amène une réflexion tout à fait nouvelle.
Aujourd'hui, les énergies fossiles fournissent environ 80% de la consommation. Il faut que cela change et évolue vers d'autres sources. Quand j'étais à Hydro-Québec, les éoliennes, c'était un rêve que personne n'envisageait voir se concrétiser aussi rapidement. Un autre aspect qui a changé, c'est que l'efficacité énergétique nous préoccupe davantage. Quand on sait que 50 à 60% de la consommation énergétique est perdue, c'est clair que cela pose des défis tout à fait nouveaux dans le contexte actuel pour ceux qui travaillent dans le secteur de l'énergie.
Q- Quels seront, à votre avis, les prochains grands changements que connaîtra le monde de l'énergie, et à quoi ressemblera-t-il dans 25 ans?
R- Les plus grands changements se feront du côté des nouvelles technologies, celles qui vont amener une production et un transport de l'énergie plus efficace. Par exemple, du côté de la production, on met au point le photovoltaïque, les capteurs solaires. À mon avis, dans les 25 prochaines années, de nouvelles technologies vont venir progressivement prendre la place des énergies traditionnelles comme le pétrole et le gaz.
Q- Comment le Québec peut-il mieux se préparer à faire face aux enjeux énergétiques et environnementaux qui nous attendent?
R- Je pense que le Québec est un cas particulier parce que nous sommes déjà dans un mode de consommation d'énergie propre. Il donne aussi un bon exemple aux États voisins sur la consommation parce que nous avons un programme d'efficacité énergétique assez agressif. Je pense que c'est du côté des nouvelles technologies et de l'efficacité énergétique que le Québec peut jouer un rôle important dans l'avenir.
Q- En ce moment, au Québec, un nouveau débat sur l'énergie s'amorce avec les projets d'exploitation des gaz de schiste. Que pensez-vous de ce débat et comment devrions-nous, comme société, composer avec ces questions?
R- Sans me lancer dans un débat politique à ce sujet, je pense que le gouvernement a annoncé certaines mesures qui permettraient de faire participer le BAPE à des études, et j'ai confiance que nous allons trouver un équilibre. Nous avons eu dans le passé des débats sur le nucléaire et sur l'hydroélectricité, et nous avons su trouver des solutions. C'est une ressource importante qui soulève des questions importantes, mais j'ai confiance que le Québec va trouver des solutions qui puissent être acceptables du point de vue environnemental et économique, et en sortir gagnant.
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