Comptable: un blason à redorer

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Geneviève Mottard, présidente de l'Ordre des comptables professionnels agréés du Québec

Photo Ivanoh Demers, La Presse

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L'affaire KPMG et, plus récemment, le cafouillage lors de la cérémonie des Oscars ont terni l'image des comptables. Comment rebâtir leur crédibilité ? Des acteurs du milieu se penchent sur la question et sur les nombreux défis de la profession. »

Emilie Laperrière

Collaboration spéciale

La Presse

L'affaire KPMG et, plus récemment, le cafouillage lors de la cérémonie des Oscars ont terni l'image des comptables. Comment rebâtir leur crédibilité ? Des acteurs du milieu se penchent sur la question et sur les nombreux défis de la profession.

L'émission Enquête de Radio-Canada a dévoilé le mois... (PHOTO Tannen Maury, Archives Bloomberg) - image 1.0

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L'émission Enquête de Radio-Canada a dévoilé le mois dernier comment plusieurs multimillionnaires ont évité de payer des impôts pendant des années grâce à KPMG. Selon ce reportage, ces riches Canadiens ont pu bénéficier d'une amnistie de l'Agence du revenu du Canada une fois que le manège fiscal a été mis au jour.

PHOTO Tannen Maury, Archives Bloomberg

Geneviève Mottard, présidente de l'Ordre des comptables professionnels agréés (CPA) du Québec, avoue que l'affaire KPMG l'interpelle. « Je peux comprendre la frustration des citoyens, mais ça prend une action concertée par l'ensemble des parties prenantes. À notre avis, une part importante de la solution revient au législateur, qui doit s'assurer de resserrer les lois pour que le recours aux paradis fiscaux ne se produise plus. »

La confusion aux Oscars a aussi jeté une (petite) ombre sur la profession. Dans les locaux de PwC, l'histoire a fait jaser. « J'ai été un peu surpris par la nouvelle, admet Nicolas Marcoux, associé directeur national, bureau de Montréal, grandes villes et conseils et transactions. Mais c'est une erreur humaine. Il n'y a pas d'atteinte à notre intégrité, et l'Académie a renouvelé le mandat de PwC. »

Emilio B. Imbriglio, président et chef de la direction de Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT), relativise en rappelant le cas d'Enron, « la pire situation de tous les temps, qui a mené à la fin de l'un des grands cabinets mondiaux ». Pour redonner du lustre au métier, il dit oui aux normes éthiques, oui aux audits et à l'ensemble des processus de vérification.

DEVENIR UN ACTEUR PLUS IMPORTANT

Redorer le blason des comptables se fera de diverses façons. « La profession n'a pas pris souvent publiquement la parole, souligne Geneviève Mottard. Les gens ont encore de la misère à comprendre la valeur d'un CPA. Devenir un acteur plus important de la société fait partie de nos orientations stratégiques. »

Elle cite en exemple le projet de loi 115 sur la maltraitance des aînés, qui ignorait tout l'aspect financier des personnes âgées. L'Ordre est intervenu pour dire que la plupart des cas d'abus sont de nature financière. Sa contribution a été très bien reçue par la ministre.

INTÉGRER LES IMMIGRANTS

L'intégration des immigrants sur le marché du travail est un sujet cher à l'Ordre. « Notre profession vieillit plus rapidement que d'autres. On aura un choc démographique qui fera en sorte que nous aurons besoin de l'immigration pour nous renouveler », explique sa présidente.

Un programme intermédiaire en comptabilité destiné aux immigrants devrait d'ailleurs être lancé en septembre. Le certificat sera accrédité par la profession et pourra être suivi à distance.

TROUVER LES TALENTS

Les cabinets se battent pour embaucher les plus talentueux. Pour remporter cette bataille, RCGT a mis sur pied un programme d'été. « Sur les campus, on voit que les étudiants veulent venir chez nous, assure M. Imbriglio. On se bat toutefois contre d'autres professions, comme le génie, qui viennent nous chercher des cerveaux. »

PwC a également mis en place une stratégie. « On est très actifs sur les campus, on embauche des talents à l'état brut et on les forme à notre manière. On acquiert aussi des cabinets multidisciplinaires et on recrute des individus qui sont dans l'industrie ou chez nos compétiteurs », résume Nicolas Marcoux.

REVENIR À UNE CULTURE DE PRINCIPES

Emilio B. Imbriglio, qui a enseigné pendant 18 ans, constate que la profession est passée d'une culture de principes à une culture de réglementation. « Cocher toutes les cases ne suffit pas. Un exemple récent l'illustre bien : Bombardier a suivi l'ensemble des règles, mais la population n'est plus comme il y a 25 ans. Les parties prenantes non plus. Elles sont mieux informées et plus impliquées. Il faut aller au-delà des règles. »

S'ADAPTER AUX TECHNOLOGIES

Les technologies sont un autre enjeu pour les comptables. « L'ère numérique risque de chambarder la façon dont les CPA font leur travail. Les compétences nécessaires aujourd'hui sont très différentes que par le passé », estime Geneviève Mottard. Selon elle, l'adaptation passe par la sensibilisation des membres et la formation continue, mais également par la grille de compétences, qui devra être revue.

M. Imbriglio voit plutôt ce défi comme une occasion. « La convergence de quelques technologies permet d'accéder à de vastes données fiables sans passer par un audit. Ça permettra de rehausser le rôle des comptables pour qu'ils ne soient plus perçus comme des teneurs de livres, mais bien comme des conseillers. »

Pertinence de la profession, positionnement sur de grands enjeux, intégration des immigrants et virage technologique : les comptables du Québec auront du pain sur la planche en 2017.




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