Les PME françaises traversent l'Atlantique

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En février dernier, Adetel inaugurait ses nouveaux locaux de Saint-Hubert en présence des dirigeants de l'entreprise et des représentants de l'arrondissement et de Montréal International.

André Dubuc
André Dubuc
La Presse

Après la jeunesse qui fait ses valises pour des cieux plus cléments, c'est au tour des gens d'affaires et des sociétés françaises de franchir l'Atlantique à la recherche de meilleures occasions. Ce sang neuf tombe à point pour l'économie québécoise en manque d'entrepreneurs et qui peine à attirer l'investissement privé.

Julien Coupez dira au revoir aux douceurs de l'île de la Réunion et débarquera à Montréal le 20 mai dans le but d'y déployer sa jeune pousse Nexboo. Ce nouveau réseau social sur l'internet fonctionne avec un moteur d'affinité basé sur de l'analyse sémantique, ce qui lui permet de prédire quels contenus sont susceptibles d'intéresser son utilisateur. Par comparaison, Facebook repose sur le principe que l'utilisateur aimera le contenu que ses amis et ses proches ont aimé.

M. Coupez, 32 ans, aurait pu s'installer partout, il a choisi Montréal. Bien que ce ne soit pas la raison principale, les difficultés du marché français l'ont incité à regarder outre Atlantique. La France est aux prises avec un chômage massif et une situation économique déprimée.

«On a tout naturellement prospecté aux États-Unis. On s'est rendu compte que la sensibilité québécoise était beaucoup plus proche de la nôtre. Notre choix est tombé vite sur Montréal, un grand pôle, en plus des nouvelles technologies de l'information et de la communication», dit-il dans un entretien téléphonique.

Le réseau social s'ouvrira au public vers la fin de 2013. M. Coupez se donne deux ans pour produire assez de revenus pour embaucher de nouvelles ressources.

De nouvelles entreprises

Juste au premier trimestre de 2013, on dénombre pas moins de 16 nouvelles entreprises françaises au Québec, d'après une recension d'Investissement Canada.

«Le Canada a bien résisté de manière générale à la crise, et ça reste un des pays qui connaissent un taux de croissance positif dans les pays développés», souligne Faïza Ouskou, chargée des missions, service d'appui aux entreprises de la Chambre de commerce française, pour expliquer l'engouement.

Les champs d'activités de ces nouvelles filiales vont de la selle anglaise à l'aquaculture en passant par l'hôtellerie, les TI ou une école de jeux vidéo. L'aéronautique occupe une belle place par ailleurs.

Du côté des sociétés d'envergure, Adetel (600 ingénieurs), Alten (16 000 employés) et LGM (800 personnes), des entreprises de génie liées à l'aéronautique, ont toutes les trois annoncé dans les dernières semaines leur arrivée au pays. D'ici trois ans, elles prévoient embaucher 320 personnes et investir 5 millions.

Projets en développement

«En 2012-2013, nous avons eu huit projets d'implantation au Québec que nous avons aidés, dit Chantal Corbeil, porte-parole d'Investissement Québec, société d'État venant en aide aux entreprises. C'est plus que d'habitude. Il y a quatre projets en développement en multimédia qui s'en viennent cette année.»

Pour un Adetel ou Alten dont on entend parler, il y a une flopée d'implantations qui passent inaperçues.

Le Groupe Econocom finance les infrastructures informatiques et de télécommunications sous forme de crédit-bail tout en offrant des services de gestion des parcs d'équipements. Cotée à la Bourse de Bruxelles, la société de 3600 employés a un chiffre d'affaires annuel de près de 1,6 milliard d'euros et est présente dans 18 pays.

Suivre ses clients

Econocom Canada a ouvert ses portes en août 2012, en même temps que sa filiale américaine à New York. Toutes deux sont dirigées par Yannick Le Roux, 41 ans, à qui nous avons parlé au téléphone. «On voulait suivre nos clients», donne-t-il comme principale raison à l'arrivée d'Econocom en Amérique.

En moins d'un an, les revenus des 2 filiales atteignent 16 millions à la fin d'avril. Au Canada, Econocom embauchera une troisième ressource dans les prochaines semaines. L'objectif est de monter l'effectif à 10 personnes d'ici 2 ans.

«Le coût d'installation d'une filiale, c'est 1 million par an au début», dit celui qui a ouvert quatre bureaux d'Econocom en Europe de l'Est lors de précédents mandats.

D'abord hébergée par la Chambre de commerce française au Canada, l'entreprise Econocom déménagera dans le Vieux-Montréal le 1er juillet, rue Saint-Jacques.

Il y a trois ans, la Chambre de commerce a aménagé un centre d'affaires de 12 bureaux qu'elle met à la disposition de nouvelles implantations françaises à Montréal. La pépinière d'entreprises affiche complet. «Ce n'était pas complet au début, mais là, c'est vrai qu'on a beaucoup de demandes», dit Mme Ouskou.

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PRÉSENCE FRANÇAISE AU CANADA

450 entreprises

80 000 personnes

Les deux tiers des entreprises françaises établies au Canada le sont au Québec.

La France est le deuxième investisseur étranger de la province.

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LINKBYNET

L'exemple à suivre

Domaine d'activité: infogérance ou externalisation de la gestion des infrastructures informatiques et des applications

Date de création: Novembre 2010

Employés: 40

Objectif: augmentation de l'effectif de 25 à 30% par an

Maison mère: Linkbynet, de Paris

Fondation: avril 2000

Employés: 450

Chiffre d'affaires: 45 millions prévus en 2013

Dans toutes les jeunes pousses françaises qui s'établissent au Québec, Linkbynet fait figure de réussite exemplaire. En trois ans, la filiale est passée de 2 à 40 employés et a investi pas moins 8 millions localement, y compris dans ses bureaux au 416, boul. De Maisonneuve Ouest, au centre-ville.

Le Québec a un rôle crucial à jouer dans l'expansion internationale de Linkbynet, une PME dynamique qui connaît une croissance de ses revenus 15% à 25% chaque année. «Nous voulions étendre notre capacité à gérer les plateformes de nos clients 24 heures par jour et 7 jours par semaine, donc d'être présent sur plusieurs fuseaux horaires, explique Matthieu Demoor, responsable des communications et du marketing. Ça nous permet d'avoir un outil de production étendu aux quatre coins du monde.»

Outre la France et Montréal, le groupe est installé à l'île Maurice et sera prochainement présent en Asie et au Brésil.

Le bureau de Montréal deviendra le siège nord-américain de Linkbynet, indique M. Demoor. «À partir de cette année, on va adresser le marché ontarien. On s'attaque au marché des États-Unis à partir de Montréal. On va étendre nos investissements au Québec», ajoute-t-il.

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SOLUTIONS ISONÉO

L'attrait de l'aéronautique

Responsable: Erwan Deschamps, 27 ans, responsable commercial

Domaine d'activité: Outils logiciels d'aide à la conception au service de l'industrie aéronautique

Date de création: Novembre 2011

Employés: 4

Objectif: 20 employés et revenus de 2 millions d'ici 3 ans

Maison mère: Artal Technologies, de Toulouse

Fondation: 1998

Employés: 100

Les propriétaires de Solutions Isonéo, une société qui conçoit des logiciels d'aide à la conception au bénéfice de l'industrie aéronautique, ont choisi de s'établir à Montréal pour la simple et bonne raison que la région est le troisième pôle aéronautique en importance au monde, après Toulouse et Seattle.

Le siège social préférait s'installer à Montréal avant Seattle, d'expliquer Erwan Deschamps, responsable commercial de la filiale, ayant seulement six heures de décalage avec le siège social toulousain, comparativement à neuf heures pour la côte Ouest.

«On travaille avec Esterline CMC Électronique sur un projet innovant qui a nécessité l'embauche de trois personnes», explique le jeune homme de 27 ans. C'est d'ailleurs pour se rapprocher de son client qu'Isonéo s'est installée dans l'arrondissement de Saint-Laurent, dans le centre d'affaires Communoloft, rue Hodge, après avoir été hébergée par l'incubateur de la Chambre de commerce française pendant 18 mois.

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CHRONODISK

Docteur disque dur

Responsable: Imre Antal, président

Domaine d'activité: récupération de données sur disque dur endommagé

Date de création: Mai 2012

Employés: 2

- Maison mère: Chronodisk, de Paris

Fondation: 2006

Employés: 21

Revenus: 2,1 millions

Ancien journaliste spécialisé en informatique, Imré Antal, 42 ans, est un entrepreneur dans l'âme. Il a lancé son entreprise de récupération de données sur disque dur endommagé du fond du garage de son pavillon de famille en France, en 2006. Depuis, il est devenu le chef de file de ce marché en France, avec 9000 disques traités annuellement.

Il y a un an, l'homme d'affaires a choisi d'ouvrir une première filiale à Montréal à la suite d'un coup de coeur, amoureux qu'il est du Québec. «Ç'aurait été plus facile de s'attaquer à l'Angleterre ou à l'Allemagne», convient M. Antal, que nous avons joint à Paris.

Après un an au Canada, il a un numéro de téléphone accrocheur: 1 855 SOSDISK. Il a embauché deux techniciens québécois, qui sont logés dans un local de 1100 pi2 sur le boulevard René-Lévesque. Chronodisk a aussi agréé quatre centres en province - M. Antal en projette 18 dans l'ensemble du Canada. Ces jours-ci, il cherche un représentant commercial et embauchera un troisième technicien d'ici septembre.

Chronodisk prévoyait initialement installer une salle blanche en janvier dernier à Montréal, mais l'investissement a été reporté à septembre. La salle blanche sert aux interventions sur les disques durs très lourdement endommagés.

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MATELLI CANADA

Formateurs en informatique à louer

Responsable: Gaëtan Mathey, associé de Matelli Canada et cofondateur de Matelli

Domaine d'activité: délégation de formateurs en informatique

Année de création: 2011

Employés: 3

- Maison mère française: Matelli, de Paris

Fondation: 2008

Employés: 50

Matelli Canada fournit des formateurs dans le domaine du développement de logiciels et d'applications à une clientèle formée principalement de centres de formation comme Technologia, qui a des places d'affaires à Montréal et Québec.

«On a vu du potentiel au Canada. On a vu un de nos collaborateurs qui était fortement intéressé à travailler sur le territoire canadien. L'ensemble des événements a fait que c'était intéressant pour nous», dit Gaëtan Mathey, cofondateur de Matelli France, qui partage son temps entre Paris et Montréal depuis septembre 2012.

M. Mathey aimerait que la filiale canadienne offre prochainement le service de création de logiciels de gestion sur mesure à l'intention des grandes entreprises qu'elle propose déjà en France. Matelli Canada loge au centre d'affaires de la Chambre de commerce française, boulevard René-Lévesque Ouest.

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