Ballin: trouver sa niche dans le haut de gamme

Daniel Langlois, directeur d'usine chez le fabricant de... (Photo Stéphane Champagne, collaboration spéciale)

Agrandir

Photo Stéphane Champagne, collaboration spéciale

Daniel Langlois, directeur d'usine chez le fabricant de pantalons Ballin. La PME de Saint-Césaire, qui profite d'une reprise aux États-Unis où elle exporte près de 90% de sa production, est à nouveau sur une lancée.

Stéphane Champagne
Stéphane Champagne, collaboration spéciale
La Presse

(Montréal) Le fabricant de pantalons Ballin de Saint-Césaire en Montérégie est sur une lancée. La PME profite d'une reprise aux États-Unis, où elle exporte près de 90% de sa production, après un épisode de ralentissement. Et l'an dernier, elle a fait l'acquisition d'un fabricant de chemises haut de gamme. Son prochain objectif: vendre ses pantalons en Europe.

Fondé en 1946, Ballin a longtemps misé sur les grands volumes de production. Mais lorsque l'industrie canadienne du vêtement a progressivement intégré le GATT en 1995 et que la concurrence asiatique est devenue insoutenable, la PME a perdu beaucoup de plumes. Elle est graduellement passée de 400 à 100 employés.

Dans la foulée, la famille Belinsky, unique propriétaire de Ballin depuis trois générations, a refusé de jeter l'éponge. Depuis le début des années 2000, elle a investi dans l'automatisation d'une partie de ses opérations. Elle a ultimement choisi de faire sa niche dans le haut de gamme.

«Mais encore 70% de nos revenus proviennent de la vente de pantalons d'entrée de gamme que nous importons d'Asie et que nous vendons dans les grandes chaînes au Canada et aux États-Unis», explique Daniel Langlois, directeur d'usine. Celui-ci ne veut pas dévoiler le chiffre d'affaires de l'entreprise.

La PME tire donc 30% de ses revenus des pantalons haut de gamme qu'elle fabrique entièrement à Saint-Césaire. L'entreprise y produit environ 700 pantalons par jour. Ce qui contraste avec la période 2009-2010, alors que, en pleine récession américaine, la PME tournait au ralenti et fonctionnait selon des horaires à temps partagé. Fait intéressant: Ballin a profité de ce ralentissement pour explorer de nouveaux marchés. Résultat, elle fabrique dorénavant les pantalons des pompiers de Montréal et des chauffeurs d'autobus de Longueuil.

Vendus sous la marque Ballin, les produits haut de gamme de l'entreprise québécoise font un tabac dans plusieurs magasins et boutiques spécialisés aux États-Unis. Les marges bénéficiaires sur ce type de production sont par ailleurs plus intéressantes, affirme Daniel Langlois.

Mais pas question de délaisser pour autant le marché du bas de gamme, où les pantalons se vendent de 39$ à 89$. «Nous avons une grande expertise dans les deux segments de marché, ajoute le directeur d'usine. Nous sommes manufacturiers, mais aussi importateurs. C'est quelque chose de rare dans l'industrie. Ça nous fait un argument de plus quand on rencontre un client potentiel. Et avec l'achat d'un fabricant de chemises en 2011 [installé en Inde et rebaptisé depuis Ballin Touch], on est encore plus attrayant.»

Pantalon à 300$

Ralentissement économique ou pas, il semble qu'il y aura toujours des gens fortunés aux États-Unis. Assez fortunés, en tous cas, pour s'offrir un pantalon à 300$. Car c'est ce que coûte la toute nouvelle collection 6-East que Ballin s'apprête à lancer chez l'Oncle Sam. «La réponse de nos représentants et de leurs clients est très bonne. Reste à savoir comment ça se traduira en terme de ventes», dit Daniel Langlois.

Ballin fait le pari qu'une personne financièrement à l'aise préfèrera s'offrir un pantalon 6-East plutôt que d'aller chez le tailleur. «Les détails de finition, la coupe, le look européen; nos pantalons sont très attrayants. Et quiconque en essaye une paire les adopte», explique celui qui travaille chez Ballin depuis 1984.

Par ailleurs, en 2010, l'entreprise a acheté la licence du fabricant italien Ivory afin de fabriquer ici même au Québec et vendre partout en Amérique du Nord cette prestigieuse marque européenne. Du coup, Ballin a ajouté une corde à son arc: elle est entrée dans des boutiques américaines autrefois difficiles d'accès. Quant au marché européen, et c'est là que la chose devient intéressante, la PME a pu y faire une percée.

«Mais c'est avec nos pantalons bas de gamme importés. Et c'est en petite quantité. Mais c'est un début. Nous ne pouvons être partout à la fois. Pendant que nous continuons notre expansion aux États-Unis, on adapte nos produits haut de gamme à la tendance européenne pour une éventuelle percée là-bas», dit Daniel Langlois, MBA depuis 2011 et dont les travaux ont justement porté sur l'industrie du pantalon.

Le siège social et l'entrepôt de Ballin sont situés dans l'arrondissement de Saint-Laurent. La PME possède également un entrepôt à Champlain, dans l'État de New York, de même qu'un bureau de vente dans la Grosse Pomme où se réfère l'armée de représentants que l'entreprise recrute en sol américain.

La relève chez les couturières est un problème auquel sont confrontées la plupart des entreprises dans le secteur du vêtement. Encore une fois, Ballin a réussi à se démarquer sur ce plan. Au sein même de ses installations césairoises, la PME a mis en place une école de formation approuvée par le ministère de l'Éducation du Québec. Autrement dit, les jeunes femmes qui y complètent un cours reçoivent un diplôme d'études reconnu.

Ballin ne veut pas simplement préparer sa relève; elle veut en créer une de toutes pièces.

Partager

publicité

publicité

publicité

publicité

publicité

image title
Fermer