Ezeflow renoue avec la croissance

Pierre Latendresse est le coprésident d'Ezeflow, entreprise dont... (Photo Stéphane Champagne, collaboration spéciale)

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Pierre Latendresse est le coprésident d'Ezeflow, entreprise dont le carnet de commandes a explosé depuis un an.

Stéphane Champagne
Stéphane Champagne, collaboration spéciale
La Presse

Après avoir vu en 2009 son chiffre d'affaires fondre de 50 à 30 millions de dollars et son nombre d'employés de 200 à 125, Ezeflow a renoué avec la croissance. La crise financière et la récession, qui lui avait causé tant de difficultés, semblent loin. Au cours de la dernière année, la PME de Granby a vu son carnet de commandes exploser. Et les revenus de son usine américaine, acquise en mai 2011, ont pratiquement doublé.

«Notre gros problème en ce moment, c'est de gérer notre croissance. Elle sera de 50% cette année. Nous sommes passés d'un marché d'acheteurs à un marché de vendeurs. Il y a à peine un an, il y avait une surcapacité; maintenant c'est le contraire. Les pétrolières reprennent le retard et investissent dans leurs infrastructures. Il y a donc une recrudescence de la demande pour des produits sophistiqués comme les nôtres», explique Pierre Latendresse, coprésident marketing et développement.

Industrie lourde

Ezeflow est un fabricant de raccords de tuyauterie de fortes épaisseurs, de grandes dimensions et utilisant des alliages variés. La PME de 325 employés (200 à Granby et 125 en banlieue de Pittsburgh) fabrique des coudes et des raccords comme ceux que RONA vend dans sa section plomberie. À la différence près que la tuyauterie de la PME (vendue entre 100$ et 100 000$ le morceau) mesure jusqu'à cinq pieds de diamètre et peut avoir une épaisseur de trois pouces et demi.

Cet équipement haut de gamme est fabriqué en carbone, en acier ou en alliages spéciaux. Il est utilisé dans l'industrie lourde de la pétrochimie, de l'énergie nucléaire, de la récupération des sables bitumineux, de même que dans le transport par pipeline du gaz et du pétrole.

Ezeflow évolue dans un secteur où l'on ne peut badiner avec la qualité. Une équipe de 25 personnes est d'ailleurs affectée au contrôle de la qualité. Les produits de l'entreprise subissent une batterie de tests rigoureux (rayons X, rayons gamma, etc.) avant d'être expédiés aux clients.

Ezeflow se présente comme la seule entreprise nord-américaine à pouvoir vendre des raccords de tuyauterie à n'importe quelle centrale nucléaire de la planète.

Entre 2005 et 2010, en dépit du ralentissement de 2009, l'entreprise a investi près de 10 millions dans son usine de Granby. L'an dernier, elle jonglait avec l'idée d'agrandir celle-ci pour y fabriquer des raccords de plus petites dimensions afin d'élargir sa gamme de produits. Les dirigeants d'Ezeflow ont plutôt choisi de mettre la main sur Flowline, PME de 75 employés située près de Pittsburgh, en Pennsylvanie.

Un investissement de 5 millions y est en cours. Un an après avoir acquis cette PME, les frères Jacques et Pierre Latendresse y ont fait grimper le chiffre d'affaires de 10 à 20 millions et le nombre d'employés de 75 à 125.

«Méthode Ezeflow»

«Nous y avons intégré les façons de faire de notre usine de Granby», explique Pierre Latendrese qui sera cette semaine à Abou Dhabi, où Ezeflow possède un bureau de vente à l'instar de Houston, Calgary et Milan.

C'est d'ailleurs en misant sur la «méthode Ezeflow» (produits diversifiés, délais de livraison rapides, etc.) que les frères, tous deux coprésidents, veulent poursuivre leur croissance. Le tandem ne cherche pas à devenir le plus important acteur de la planète. La réputation mondiale d'Ezeflow n'est plus à faire. Mais pas question pour les Latendresse de vouloir supplanter la coréenne Sung Kwang Bend, dont les revenus frisent les 230 millions, d'après le site de l'entreprise asiatique.

Cela dit, la PME de l'Estrie n'est pas fermée à d'autres acquisitions. Elle s'en remet d'ailleurs à la Caisse de dépôt et placement du Québec, laquelle détient 33% d'Ezeflow, pour ce qui est de faire de la prospection. Les frères Latendresse se partagent 65% de l'actionnariat. Les 2% résiduels appartiennent à un investisseur américain qui s'occupe de la nouvelle usine au sud de la frontière.

Manque de main-d'oeuvre

Mais avant de chercher à prendre de l'expansion hors du Québec, l'entreprise doit régler des problèmes plus criants dans sa propre cour. Notamment, celui du recrutement de la main-d'oeuvre. Ezeflow peine à trouver des soudeurs et des machinistes. Résultat: elle a commencé à se tourner vers l'Amérique du Sud pour recruter des travailleurs. «Rien n'a encore été conclu, mais il se pourrait qu'on en vienne là bientôt», soutient Pierre Latendresse.

Ezeflow a été fondée à Montréal en 1972, soit il y a 40 ans cette année. En 1982, Jean-Maurice Latendresse, père de Jacques et de Pierre, en devient le principal actionnaire et déménage la PME à Granby. Le parcours de M. Latendresse, mort au début des années 2000, est étonnant. À 12 ans, il a travaillé dans des camps de bûcherons pour subvenir aux besoins de sa famille. À 16 ans, il ne savait pratiquement ni lire ni écrire. Près de 20 ans de cours du soir lui auront permis de décrocher un bac en sciences.

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