Les prêteurs irresponsables

Stéphanie Grammond... (PHOTO LA PRESSE)

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Stéphanie Grammond

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Marina et Julien voulaient prendre les grands moyens pour éliminer leurs dettes de consommation d'environ 40 000 $. Mais au lieu de les aider, l'émetteur de leur carte de crédit leur a plutôt offert davantage de corde pour se pendre.

Devinez de qui il s'agit ? Visa Desjardins ! C'est Alphonse qui doit se retourner dans sa tombe.

Si je vous raconte l'histoire de ce couple, c'est qu'elle démontre à quel point les consommateurs doivent savoir s'arrêter eux-mêmes, car ce ne sont pas les prêteurs qui vont les empêcher de se rendre au bord du précipice.

***

La surconsommation a commencé à s'infiltrer dans la vie de Marina et Julien* après l'achat de leur première maison, il y a trois ans. Le couple a payé 270 000 $. « C'était en dessous de ce que la banque disait qu'on pouvait se permettre », se rappelle Marina, qui voulait rester prudente.

Malheureusement, le couple ne s'est pas privé des plaisirs de la vie. « On a consommé, consommé. On est allés en voyage en Écosse, en Espagne... alors qu'on n'avait pas l'argent pour payer », avoue Marina.

Avec les paiements hypothécaires, les taxes et les autres dépenses reliées à la maison, le couple roulait dans le rouge malgré un revenu familial de plus de 100 000 $. En moins de trois ans, il s'est retrouvé avec des dettes de 40 000 $ : quatre cartes de crédit pleines à ras bord, un prêt de 12 000 $ pour l'achat de meubles, alouette.

Juste avant Noël, un premier retard de paiement les a réveillés. « On a réalisé qu'on était perdus dans nos propres finances », dit Marina. Comme ils possèdent des cartes à taux réduit de Visa Desjardins, Marina et Julien ont demandé à l'émetteur de consolider les dettes plus coûteuses qu'ils avaient ailleurs.

Réponse : non. Vous êtes trop endettés.

Finalement, le couple est parvenu à obtenir autrement un prêt à la consommation pour consolider la moitié de ses dettes. Comme le taux du nouveau prêt est plus faible, les jeunes économisent beaucoup d'intérêts, ce qui leur permet de rembourser les deux cartes de crédit Desjardins qui restent encore pleines. D'ailleurs, le couple est déterminé à ne plus utiliser ces cartes pour de nouveaux achats.

Tout est bien qui finit bien ? Presque...

***

Au début de janvier, Marina a reçu une lettre de Desjardins qui lui offrait d'augmenter la limite de crédit de sa carte de 6000 à 11 000 $ « en raison de l'excellence de votre dossier et de vos bonnes habitudes de paiement ».

Ben oui, me semble ! Marina a le nez collé sur sa limite de crédit. Elle fait à peine son paiement minimum. Et on vient de lui dire qu'elle est trop endettée.

« C'est incroyable ! Aberrant ! Considérant le fait qu'on vient de lancer un appel à l'aide », s'exclame Marina.

Le porte-parole de Desjardins m'a expliqué que cette situation n'aurait pas dû se produire. « Nous avons d'ailleurs d'ores et déjà procédé à un ajustement de nos procédures pour éviter que cela ne se reproduise », a ajouté André Chapleau, en s'excusant auprès de sa cliente.

N'empêche, l'anecdote prouve que les prêteurs ne vérifient pas la capacité de remboursement des clients avant de leur offrir une carte de crédit ou d'augmenter leur limite.

« Il est fréquent que les gens obtiennent du crédit sans aucune vérification, alors qu'ils n'ont pas d'emploi, qu'ils sont sur l'aide sociale et que leur capacité de rembourser est à peu près nulle. Il y en a beaucoup, beaucoup. »

- Lise Bouchard, de l'ACEF de l'Outaouais

Elle venait justement de discuter avec le père d'un jeune schizophrène qui reçoit de l'aide sociale depuis des années. Desjardins lui a accordé une carte de crédit sans jamais vérifier quoi que ce soit. Il se retrouve aujourd'hui avec des dettes de 10 000 $ qu'il ne pourra jamais rembourser.

Les institutions financières doivent être plus responsables. Le gouvernement aussi. On ne peut toujours miser sur l'éducation financière et la transparence.

Il serait temps d'intégrer le principe du « prêteur responsable » dans la Loi sur la protection du consommateur (LPC). Cela donnerait l'obligation aux prêteurs de vérifier la capacité de remboursement de leurs clients avant de leur accorder un nouveau prêt.

***

Évidemment, les consommateurs ont aussi leur part de responsabilité. À la lumière de l'histoire de Marina et Julien, voici quelques idées pour éviter de se retrouver face à un mur.

1 - Il n'y a pas de secret : faites votre budget. « Tout le monde devrait en avoir un ! C'est tellement simple. Tu vois combien tu fais, combien tu dépenses. Tu ne peux pas faire semblant que c'est d'autres chiffres, dit Marina. Mon Dieu ! On aurait dû faire ça dès le début ! »

2 - Prévoyez les imprévus. « Mes parents sont très à leurs affaires. Au niveau du budget, ils nous ont vraiment aidés à voir plus loin », enchaîne Marina. Maintenant, elle accumule de l'argent tous les mois pour le remboursement de son REER, pour l'achat d'un climatiseur, etc. « La toiture va être à refaire dans une dizaine d'années. Ça va coûter de 10 000 à 15 000 $. Ça ne tombera pas du ciel ! On s'est fait un budget imprévu maison », dit-elle.

3 - Économisez votre paiement auto. Au lieu de remplacer immédiatement leur voiture à la fin du prêt, Marina et son conjoint ont l'intention de la conserver plus longtemps tout en économisant l'équivalent des anciens paiements afin de payer comptant la prochaine voiture, du moins en partie. Bonne idée !

4 - Attention à la maison. Ne vous fiez pas aux banques pour savoir quel prix payer. Leurs ratios sont trop audacieux et mal conçus. Si vous les écoutez, vos obligations mensuelles (hypothèques, taxes, remboursement des autres dettes) pourraient atteindre 44 % de vos revenus bruts. Après avoir payé vos impôts, il ne vous restera pas grand-chose pour vivre ! Il vaudrait mieux ne pas dépasser 35 % de vos revenus nets, considère Mme Bouchard.

5 - Gare à la pensée magique. « Les jeunes ont un peu un sentiment de puissance : ils se disent qu'ils vont bientôt faire un bon salaire, que tout va toujours aller mieux. Mais dans la vie, c'est rarement comme ça », constate Marina qui est à la recherche d'un emploi depuis sept mois. C'est bien plus long qu'elle ne l'aurait cru en terminant ses études...

* Noms fictifs pour préserver l'anonymat du couple




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