Le faux départ du RVER

Vous n'avez pas rêvé. Le nouveau régime volontaire d'épargne retraite (RVER) devait bel et bien décoller au début de 2013. Mais inutile de scruter l'horizon: le RVER est resté en piste, en raison d'un changement à la tour de contrôle. Voilà une belle occasion de revoir sa mécanique.

Mis de l'avant par les libéraux, le RVER se veut un régime de retraite «beau, bon, pas cher» pour les quelque 2,5 millions de Québécois qui n'ont pas de régime de retraite avec leur employeur. Un problème grave. Présentement, une large part de la classe moyenne n'épargne pas assez et sera incapable de maintenir son niveau de vie à la retraite. Il faut donner un coup de barre, et vite.

Selon le projet qui est resté sur la table à dessin, tous les employeurs (avec cinq employés et plus) devront offrir un RVER et faire les retenues sur la paie. Par défaut, les employés cotiseront 2 à 4% de leur salaire, mais ils pourront arrêter et reprendre les cotisations à leur guise, et même puiser dans leurs cotisations accumulées.

Le Parti québécois a indiqué son intention de reprendre le flambeau du RVER. Mais il préfère attendre le dépôt au printemps du rapport D'Amours qui doit faire un diagnostic de notre système de retraite.

Le RVER est-il la meilleure solution? Peut-être pas. Mais si on garde cette option, on devrait y apporter des améliorations.

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Pour assurer le succès du RVER, les employeurs devraient être forcés de cotiser. C'est une condition sine qua non, selon Denis Latulippe, directeur de l'école d'actuariat de l'Université Laval et ancien actuaire en chef de la Régie des rentes du Québec.

Par exemple, l'employeur pourrait être obligé de verser au moins 50 cents pour chaque dollar cotisé par son employé. Si l'employé cotise 4% de son salaire, l'employeur mettrait donc 2%. Ce niveau d'épargne permettrait d'obtenir un niveau de vie décent à 65 ans, mais sans plus, selon un imposant rapport du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).

De cette manière, le travailleur n'aurait pas le choix de cotiser pour obtenir la part du patron. En se retirant, il laissait une partie de son salaire sur la table, ce qui rendrait le RVER très attrayant.

Mais sans contribution de l'employeur, il y a fort à parier que de nombreux employés se retireront du RVER. Résultat: on aura développé toute cette artillerie pour rien.

Évidemment, les PME diront qu'elles n'ont pas les moyens de payer. Pourtant, plusieurs pays, comme la Norvège et la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni, ont forcé toutes les entreprises à contribuer à la retraite de leurs employés, sans que personne ne déchire sa chemise.

Pour faire passer la pilule, l'implantation pourrait se faire sur quelques années durant lesquelles les employés recevraient peut-être une augmentation de salaire moindre, en échange d'une cotisation accrue au RVER.

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Deuxièmement, il faudrait offrir aux gens qui gagnent moins que 30 000$ la possibilité d'aiguiller leurs cotisations vers un compte d'épargne libre d'impôt (CELI) plutôt que dans le RVER. Sinon, il y aura un problème de fiscalité, comme avec le REER. On sait déjà que les retraits du REER font perdre aux retraités les plus pauvres leur Supplément de revenu garanti.

On ne voudrait pas forcer les travailleurs qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts, à épargner dans le RVER, pour ensuite leur reprendre par la bande l'argent qu'ils auront amassé, lorsqu'ils seront à la retraite.

Pour eux, le CELI est un meilleur choix, car les retraits n'ont pas d'effets pervers.

Cela dit, les épargnants ne devraient pas avoir le droit de reprendre l'argent accumulé dans leur RVER durant leur carrière. Les cotisations des employés devraient être immobilisées, tout comme celles de l'employeur, estime Jean-Daniel Côté, vice-président retraite, chez ACT Actuaires.

Autrement, la tentation sera trop forte d'aller puiser dans l'épargne retraite dès que le toit coule. Présentement, c'est un des défauts du REER, comme l'a déjà fait ressortir le rapport Castonguay. Non seulement les gens ne cotisent pas assez, mais ils ressortent l'argent avant leur retraite.

Il faut donc que la cagnotte soit protégée. Sinon, le RVER ratera son objectif.

***

Vous trouvez tout cela trop contraignant? Pourtant, ce sont exactement les paramètres des fameux régimes à prestations déterminées. Quand un employé entre en poste, on ne lui donne pas le choix: il est obligé de cotiser dès son embauche. L'employeur fait aussi sa part. Même s'il quitte l'entreprise, l'employé ne peut pas toucher à son magot avant la retraite. Et une fois à la retraite, l'employeur lui verse une rente jusqu'à la fin de ses jours.

Pour ce qui est de la rente garantie à vie, il est clair que le RVER ne fera jamais ce genre de promesse. Mais on devrait quand même songer à une option de décaissement par défaut pour le RVER. L'équipe Pension du Cirano préconise la création d'une quasi-rente qui assurerait des revenus jusqu'à un âge avancé. Une idée à explorer...

Sinon, les gens qui arriveront à la retraite sans expérience de gestion de placements risquent de se mettre les pieds dans les plats... ou de dépenser leur RVER trop vite. Encore là, Québec aura raté son coup.

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Commentaires (5)
    • Le RVER, c'est l'art de créer une non-solution à un non-problème et évidemment d'enrober ça dans une structure gouvernementale qui coûterait des centaines de millions.
      La réalité est que TOUS les québécois peuvent cotiser à un REER auprès de l'institution financière de leur choix et que de nombreuses PME égalisent les contributions de leurs employés. Il va falloir arrêter ce maternage car l'état providence n'a plus les moyens de ces ambitions (en fait, il ne l'est a jamais eu mais il a déjà eu la possibilité de pelleter le fardeau par en avant).

    • Le RVER est une diversion aux problèmes importants des régimes de retraite. Je vous encourage à explorer plus en détail la comparaison entre un RVER et les fameux régimes à prestations déterminées. Si tous nos fonctionnaires gouvernementaux et municipaux avaient des RVER, on aurait pas, aujourd'hui comme simple citoyen, à absorber à la fois, la baisse du rendement de nos REER et payer les déficits des régimes de nos fonctionnaires. Expérons que le délais du comité D'Amours permettra de mettre sur la table la vraie situation.
      C Raymond

    • Merci Mme Grammond pour vos nombreux textes de qualité. Après Mme Cousineau, vous démontrez que les femmes travaillant dans le domaine du journalisme financier s'illustrent autant que les hommes.
      Bravo aux employeurs de La Presse d'embaucher ces perles.

    • Excellent résumé des forces et faiblesses du RVER. Il ne reste qu'un élément à ajouter : l'idée était d'abord et avant tout d'offrir une option à faible coût aux contribuables, ce qui veut dire que, supposément, que les contribuables n'ont besoin d'aucun conseil !
      Or, en exposant les pour et les contre, on devrait bien se rendre à l'évidence que le choix d'une cotisation déductible d'impôt ou non, revient, ni plus ni moins qu'à demander les services d'une personne digne de confiance. Alors pourquoi ne pas investir directement avec ce conseiller de confiance qui saura proposer ce qui est le plus avantageux pour le contribuable ????
      Mais, j'en conviens, la compréhension de la réalité fiscale et des TEMI est encore embryonnaire dans le monde des conseillers. C'est que la fiscalité, n'est pas considéré comme nécessaire pour le conseiller financier !!!! Pourtant, il est impossible de prendre la bonne décision entre REER, CELI ou dettes sans déterminer TOUTES les conséquences fiscales possibles tant lors de la cotisation REER que du retrait REER !
      Si ceci est déjà si difficile pour les conseillers financiers, comment peut-on croire que les contribuables pourront faire les meilleurs choix sans l'aide d'aucun conseiller !
      Alors pourquoi dire que le conseiller ne mérite pas sa rémunération de 1%/ an et laisser tout comme auparavant ?
      Car les statistiques sont bien claires, plus de 60% des retraités du secteur privé gagneront moins de 20,000$ à la retraite et seuls 12% gagneront plus de 40,000$. C'est donc dire qu'il est très important de considérer l'impact de toutes les mesures socio-fiscales à la retraite. Or, il faudrait se rendre compte que la majorité des ménages sans enfants mineurs oeuvrant dans le privé n'auront aucun avantage à cotiser ni à un REER ni à un RVER ! Ce qui est le plus criant, en réalité pour ces gens, c'est d'obtenir de bons conseils fiscaux !
      Or, le principal défaut du RVER réside dans le fait que l'on suppose qu'il n'aura besoin de personne !

    • S'il n'y a pas assez de femmes au pouvoir ou à des postes de direction c'est parce qu'elles n'ont pas les compétences et la ténacité pour les occuper. Et en regardant un peu plus loin, il y a beaucoup de femmes à ces postes. Dans mon entreprises, 50-50.
      À quand allons-nous arrêter de s'apitoyer sur notre sort. Les femmes n'ont jamais été aussi égales sinon plus que les hommes. Si elles veulent vraiment l'être qu'elles l'assument à 100 %.
      Foutaise de dire qu'elles le sont. Lorsqu'elles occupent un poste dit masculin, il faut changer le cour des choses afin de s'adapter à elles. Elle est monteur de ligne, et bien qu'elle le soit de A à Z sans changements....
      Et qui dit que lorsque le pouvoir sera plus féminisée, ça ira mieux, honnêtement j'en doute, car comme cette matante Popo, on dit on dédit!!

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