L'auto avant le frigo

Àvoir les publicités qui annoncent des voitures à 169$ par mois, on a l'impression que les autos ne coûtent plus qu'une bouchée de pain. Mais il s'agit d'une dangereuse illusion d'optique. En réalité, l'automobile dévore une part grandissante du budget des Canadiens. Même que l'auto passe avant le frigo!

En 2010, les ménages canadiens ont consacré environ 8100$ au transport privé, selon une estimation de Statistique Canada. C'est 1000$ de plus que leur budget d'alimentation. Tout le contraire d'il y a 15 ans, alors que les Canadiens mettaient 1300$ de plus dans leur frigo que dans leur auto.

Étrange, car le prix moyen des véhicules neufs vendus au Canada a progressé moins vite que l'inflation durant cette période.

Mais il faut réaliser que le prix de vente n'est que la pointe de l'iceberg. Il représente seulement le tiers des frais annuels d'utilisation d'un véhicule. Quand on additionne tous les autres coûts (assurance, carburant, entretien, etc.), on s'aperçoit qu'il en coûte pratiquement 10 500$ par année pour rouler 18 000 kilomètres par année dans une berline comme la Toyota Camry.

Beaucoup d'argent! Mais pour ceux qui veulent mettre au régime leur budget auto, il existe plusieurs avenues:

1 D'abord, ne vous laissez pas endormir par les mensualités dérisoires. Souvent, les constructeurs étirent le financement sur 72, 84 ou même 96 mois pour que leurs voitures paraissent plus abordables. Mais huit ans, c'est vraiment long. Même si les taux sont bas, ça coûte cher d'intérêt.

Et puis, si vous revendez le véhicule à mi-chemin, sa valeur de revente sera inférieure à la somme qu'il vous restera à payer, surtout sur les modèles qui se déprécient vite. Vous risquez de vous retrouvez facilement avec un «trou» de 5000$, selon les calculs de CAA-Québec qui dénonçait ce type de financement dans une étude publiée en 2012.

2 Si vous changez souvent d'auto, achetez une marque qui aura une bonne valeur de revente, comme Toyota ou Honda, pour ne pas vous faire rattraper au détour. La dépréciation est un coût caché, car une auto perd 35 à 40% de sa valeur en deux ans. Les sites de petites annonces sur l'internet donnent une bonne idée des prix de revente, tout comme le guide annuel des voitures d'occasion de Protégez-Vous. Le Canadian Blackbook et l'américain ALG sont d'autres sources intéressantes.

3 Autre solution: achetez d'occasion ou conservez votre auto longtemps. Non, vous n'aurez pas la paix d'esprit d'une auto neuve avec une garantie «mur à mur». Mais les voitures sont plus durables et plus fiables qu'avant. Même si l'entretien vous coûte plus cher, vous serez gagnant d'acheter une auto vieille de quatre ans, avec 80 000 kilomètres.

4 Achetez un véhicule qui correspond à vos besoins. Est-il nécessaire de rouler en VUS pour faire la navette au boulot soir et matin? Vous pourriez opter pour une voiture plus compacte, quitte à installer un porte-bagages sur le toit au besoin, ou à louer un plus grand véhicule pour votre semaine de camping en famille. En achetant plus petit, vous économiserez non seulement sur le coût d'achat, mais aussi sur le carburant, année après année.

5 Le prix de l'essence a grimpé d'environ 30% depuis 2010. Optez pour un modèle moins gourmand, en consultant le guide de consommation de carburant sur le site de Transports Canada. Et pourquoi ne pas vous passer d'un moteur turbo? Sur un modèle comme la Kia Optima, par exemple, cela ajoute plus de 5000$ au prix de vente, dit Jesse Caron, recherchiste chez CAA-Québec. En sacrifiant un peu de puissance, vous roulerez à meilleur prix.

6 Méfiez-vous aussi des nombreuses options qui ajoutent au poids du véhicule et qui gonflent la facture de carburant et d'entretien. Tentés par des jantes sportives? Attention! Lorsqu'il faudra installer des pneus d'hiver, il pourrait vous en coûter de 400 à 500$ de plus, prévient M. Caron.

7 Avant de changer d'auto, vérifiez le prix de l'assurance qui représente environ le quart des frais annuels d'un véhicule. Or, il y a des écarts de prix considérables pour des modèles comparables. Les véhicules les plus volés coûtent plus cher à assurer. Le Groupement des assureurs automobiles publie la liste des favoris des voleurs (Ford F150, Toyota Camry, Honda Civic, etc.).

Magasinez en demandant plusieurs soumissions, car la prime d'assurance peut aller du simple au double d'un assureur à l'autre, pour le même véhicule. Afin de réduire votre prime, vous pouvez aussi songer à relever vos franchises, si vous êtes capable de payer au lieu de réclamer pour de petites sommes.

8 Ne lésinez pas sur l'entretien: ce serait un bien mauvais calcul. Toutefois, vous pouvez réduire la facture en confiant l'entretien à un garagiste auquel vous avez confiance, plutôt qu'au concessionnaire. Si vous suivez scrupuleusement le calendrier d'entretien et que vous gardez toutes les preuves, cela n'empêchera pas le constructeur d'honorer la garantie.

9 Passez-vous d'auto! Troquez votre voiture contre les transports en commun, le taxi, une formule de partage de voiture comme Communauto ou la location occasionnelle d'une voiture.

En éliminant une voiture, vous pourriez réduire vos dépenses de 10 500$ par année. Une vraie bouffée d'air dans le budget. À ce compte, il vaut peut-être la peine de se rapprocher de la ville et des transports en commun, même si les maisons y coûtent plus cher. Un pensez-y-bien pour les banlieusards qui en ont marre de poireauter sur l'autoroute.

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LES COÛTS D'UTILISATION D'UN VÉHICULE

Dépréciation 3633$ 34,8%

Assurances 2667$ 25,5%

Carburant (10,12 cents/km) 1822$ 17,4%

Coût du financement (prêt auto) 1025$ 9,8%

Entretien (4,60 cents/km) 828$ 7,9%

Pneus (1,96 cents/km) 353$ 3,4%

Permis de conduire et immatriculation 124$ 1,2%

COÛT TOTAL PAR ANNÉE 10 452$ 100%

COÛT TOTAL PAR JOUR 28,64$

NB: Calculs réalisés pour une Toyota Camry LE 2012 en fonction d'un prêt sur 4 ans à un taux de 7,5%. Souvent, les acheteurs peuvent obtenir un meilleur taux de financement. La voiture roule 18 000 kilomètres par année. Source: Association canadienne des automobilistes : Coûts d'utilisation d'une automobile édition 2012

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Commentaires (19)
    • Avez-vous vu l'horrible pub pour la Jetta? Celle dans la boucherie, avec les deux Jetta au mur?
      Quelle horreur!
      C'est comme impliquer qu'il est aussi facile d'acheter une Jetta que quatre petits steaks de surlonge! (Chez nous, c'est de la viande hachée "medium" qui se mange, alors on oublie les Jetta!)
      Ma voiture, qui passe le plus clair de son temps dans un garage mi-chauffé parce que les emplettes légères sont faites à pied, avec un sac à dos, est une Sunfire 2000 achetée en 2005 (payée comptant) avec 61000 kilomètres au compteur et je viens tout juste de passer le 90000. En super bon état, je me fais constamment faire des offres pour elle dans le voisinage.
      Ça me dépasse pas mal quand je vois dans les stationnements (ou sur les rues) la quantité de gros véhicules: pas étonnant qu'il manque de places de stationnement! Ce ne sont sûrement pas toujours pour des parents avec des ribambelles d'enfants qu'ils doivent "charrier" partout!

    • L'air climatisée est une autre option couteuse, et a l'achat, et a utiliser...

    • Aucun mot sur la location?

    • Mon Accent 2002 roule encore très bien avec très peu de kilos. Un peu de rouille autour des roues arrières. C'est tout !
      Entretien : environ 500 $ par année.
      Elle avance, elle recule, elle tourne à gauche et à droite, elle consomme pas.
      La radio marche plus. Elle sent le chien mouillé.
      M'en fou !
      Je vais du point A au point B sans soucis.
      Et je mange bien merci !


    • Lorsque l'on regarde les consommations américaines, il ne faut pas oublier que leur gallon est plus petit (3.8 litres versus 4.5 litres pour le gallon imp.) donc il faut convertir. Par exemple 10 l/100km donne 28 MPG imp. et 23.5 MPG US.
      Lorsque le transport en commun existe, il n'est pas gratuit non plus. Près de 80$ pour la carte mensuelle à Montréal et encore plus pour celle incluant la rive-sud

    • J'aime bien votre article. J'avais la même prise de conscience.
      Je pensait être une "fille de char" mais j'ai travaillé comme directrice commerciale chez un concessionnaire Toyota. J'ai tellement rencontré de gens avec un budget limité qui achetait une voiture en s'obligeant à de gros sacrifices. On peut limiter les sorties mais c'est difficile d'oublier que la vie est pleine d'imprévues.
      Personnellement, je préfère avoir de l'épargne et "avoir l'air cassé" avec mon corolla 2003.

    • @elisef
      Il faut choisir sa banlieue avec soin vs son lieu de travail. Je fais moins de distance que mes collègues qui habitent sur l'île, et comme je n'ai pas de circulation en dehors de sept-nov, je roule en autoroute en écoulement libre jusqu'au bureau, tout près du Pont Victoria, et je consomme ainsi pas mal moins d'essence que si je tricotais en ville! Sûr que c'est pas pareil depuis la rive-nord...
      @Stéphanie
      Les tests de consommation aux ÉU (votre lien) sont fait selon de nouveaux barèmes qui sont beaucoup plus réalistes que ceux toujours employés ici (ça va changer d'ici deux ans). Une auto peut facilement "perdre" 2 l/100 km avec les nouvelles cotes, mais au moins, c'est réaliste.

    • Vos conseils, tout à fait judicieux, n'influenceront qu'une infime partie de la population. La très grande majorité des gens est insensible à ces arguments. Les gens désirent une voiture répondant à leurs aspirations et achètent un "paiement". Très peu de personnes tiennent compte de l'ensemble des coûts. Une voiture est considérée comme une autre pièce de la maison et est un symbole de liberté. Elle est aussi liée à l'image que l'on se fait de soi. L'industrie automobile a très bien compris cela et sa publicité est à l'avenant.

    • Mme Grammond,
      Je suis d'accord dans l'ensemble avec ce que vous avez écrit. Par contre, dans notre société de voisins gonflables ce n'est pas demain la veille que le rationnel l'emportera sur l'image projetée..........

    • Excellentes ces recommandations, merci.
      Malheureusement, la plupart des personnes concernées ne vont probablement ne pas les lire, ou trop tard.
      Et j'ajouterais une recommandation - ou un corolaire à la recommandation 4 - trouvée il y a quelque temps sur un site internet allemand, en traduction très libre: "ne pas [aussi] acheter un véhicule dont on a pas les moyens pour juste essayer d'impressionner des voisins qu'on a pas envie de voir".
      J'ai acheté une fois dans ma vie une voiture neuve - et 6 avec environ 80'000 km pour normalement les utiliser jusqu'à plus de 200'000 km. Et payé cash.
      Avec cette approche, la comparaison des prix des pièces de rechange est à considérer, et la qualité des mécaniciens peut être décisive.

    • Moi j'ai opté pour l'option 9 alors que le prix de l'essence n'était encore que de 1$ le litre. Je suis tellement fière de mon choix. C'est une grande économie d'argent et de temps (trafic, prendre les rendez-vous pour changement de pneu et d'huile, tracas lorsqu'un bruit étrange se fait entendre). C'est fou les possibilités qui s'offre lorsque notre vie ne tourne pas autour de la voiture.

    • @Blueprint
      C'est vrai que les assurances coûtent plus cher lorsqu'on est à Montréal; mais si vous faites le trajet vers Mtl quotidiennement à partir de la banlieue vous allez repayer ce montant (et plus!) en essence pour un plus long trajet. J'habite Laval, je travaille à Montréal (avant je travaillais à Laval aussi), et mes primes d'assurances ont augmenté de 100$ par année seulement, mais en essence ça m'en coûte maintenant presque le double d'avant, pas mal plus que ce que l'assurance me coûte!
      @sisina
      Je ne crois pas que l'article parle d'abandonner absolument nos véhicules! On y dit de choisir des plus petits véhicules, et de les choisir souvent usagé pour sauver de l'argent. Ça prend sans doute un peu de recul face à notre situation pour voir comment on peut améliorer, et peut-être que vous faites déjà le max (petit véhicule usagé), mais d'autres peuvent trouver des trucs très pertinent dans cet article. Et à voir le nombre de gros VUS vides qui se promène en ville, je crois que plusieurs ont des choses à apprendre de cet article!

    • Chers lecteur, voici quelques précisions à propos du tableau sur les coûts d'utilisation d'une automobile.
      Les chiffres proviennent du CAA qui mène une étude pancanadienne à chaque année. Les résultats sont intéressants, mais ils ne reflètent pas parfaitement la réalité du Québec.
      Au Québec, le coût de l'immatrication va jusqu'à 318$ pour les Montréalais qui doivent payer une taxe supplémentaire de 45$ depuis l'an dernier. Voir le site de la SAAQ:
      http://www.saaq.gouv.qc.ca/immatriculation/comparatif/promenade.php
      Ceci dit, le coût de l'immatriculation couvre une partie d'assurance. C'est ce qui explique que les frais de l'assurance sont certainement moins élevés au Québec que le montant de 2667$ établi par le CAA pour l'ensemble du Canada.
      Par ailleurs, un lecteur m'a donné ce matin une autre référence pour comparer la consomamtion d'essence des véhicules. Voici le lien vers ce site américain :http://www.fueleconomy.gov/feg/Find.do?action=sbsSelect
      Si vous avez d'autres bonnes idées, ne vous gênez pas pour les partager...
      Stéphanie Grammond

    • Je viens de passer à travers le processus d'achat de voiture récemment, pour la première fois j'ai procédé le plus rationnellement possible et j'ai reconnu dans vos conseils les choix que j'ai du faire.
      Je voulais vous dire que l'APA m'a beaucoup aidé, leurs services sont très bons en matière d'aide à l'achat de voitures neuves ou usagées. J'ai bien aimé leur mécanicien qui se déplace pour faire les inspections. Je compte même faire appel à ses services quand la fin de garantie du constructeur approchera sur le véhicule que je possède afin de détecter toutes anomalies avant que celle-ci n'expire.
      Le prix de l'abonnement à l'APA est vite remboursé par la qualité des conseils qu'ils prodiguent. Je ne tire aucuns bénéfices de ce commentaire, je suis juste un client satisfait :)

    • je demeure en banlieu de Montréal il est hors de question de troquer ma qualité de vie pour quelques dollars de plus dans ma bourse, De plus, le prix des maisons et des logements potables à Montréal sont un non-sens Alors dans votre exposé je vois pas trop l'économie monétaire je vois seulement un économie de temps

    • Quitter Montréal est une excellente façon de diminuer sa prime d'assurance - typiquement un rabais annuel de 400$ pour un homme dans la vingtaine avec une bête compacte. Parfois plus. Début quarantaine, j'ai une voiture neuve de 35k$ qui me coûte moins de 600$ par année en assurances, avec déductions minimales et valeur à neuf 5 ans comprise!

    • Le coût de l'assurance n'est pas représentatif du marché au Québec. Votre source est probablement une source canadienne et la prime moyenne dans les autres provinces est de loin supérieure à celle du Québec. Il serait plus juste de dire que la prime moyenne pour un veh au Qc est d'environ 800$/an et à cela on ajoute le coût du permis de conduire et les immatriculations ( - 400$).
      Sebastien

    • Excellente analyse. À ma retraite, j'ai acheté une Toyota d'occasion (2ans d'usure). La hausse du déductible d'assurance et la baisse de kilométrage annuel ont coupé de moitié mes primes d'assurance. Moins de kilomètres égalent aussi moins de frais d'entretient et moins d'essence que je paie souvent avec les points accumulés sur ma carte de crédit, surtout lorsque l'essence est en hausse. Je peux aussi me permettre d'acheter des pneus usagés (max 2 ans d'usure) que je change moi même aux saisons d'hiver et d'été. Tout bien calculé, il m'en coûte environ 6,50$ par jour pour avoir une voiture.

    • C'est pour cela que je n'achèterais jamais une voiture neuve. Je n'ai une auto que parce que j'habite dans un village depuis ma retraite, donc je n'ai pas le choix. A Montréal, j'étais membre de Communauto. Mon auto actuelle est une Hyundai 2002 achetée en 2004 ($5,500) avec 68,000 kilomètres. Elle me coûte $1,500 à $2,000 par année, en moyenne, tout compris.
      NOTE: Pire encore que les paiements mensuels trop bas, j'ai remarqué à la télé une nouvelle tendance: les paiements annoncés sont par quinzaine, et non par mois!

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