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Le choc du lendemain
Les petits investisseurs ne sont pas si différents aujourd'hui de cet éternel souffre-douleur des Looney Tunes. Dans l'attente d'une journée boursière éprouvante, ils craignent le choc du lendemain.
Rare parquet ouvert le dimanche, la Bourse de Tel-Aviv a donné un aperçu de ce que les marchés réservent aux investisseurs à la suite de la première décote de la dette américaine de l'histoire des États-Unis. Son indice phare a chuté de 7% hier, son pire recul depuis octobre 2000.
Avec une retraite de 19,9% depuis son sommet d'avril, la Bourse israélienne est à un pas d'entrer en territoire baissier, ce fameux bear market, défini par une chute de 20% ou plus. Et les marchés nord-américains pourraient bien lui emboîter le pas.
Les marchés réagissent avec le plus d'humeur lorsqu'ils se font prendre de court. Et pourtant, la décote de Standard & Poor's ne devrait surprendre personne. Cette agence de notation de crédit a télégraphié son geste avec un premier avertissement en avril, puis un second en juillet. De plus, elle a annoncé sa décision vendredi soir, ce qui a laissé toute la fin de semaine aux investisseurs pour la digérer.
Si la décote de Standard & Poor's met le feu aux poudres, c'est qu'elle survient dans un contexte de haute volatilité. Depuis deux semaines, les investisseurs ont retrouvé ce sentiment de peur qui les habitait en 2008, lorsqu'ils avaient l'impression que le sol se dérobait sous leurs pieds.
Deux grandes agences de notation de crédit (Moody's et Fitch) ont maintenu la cote la plus élevée des États-Unis à la suite de l'accord sur le relèvement du plafond d'emprunt des États-Unis. Timothy Geithner s'est engagé à rester à son poste de secrétaire du Trésor jusqu'à ce que la crise se résorbe, mettant fin aux rumeurs sur son départ imminent.
Mais cela pourrait être insuffisant pour rassurer les investisseurs, alarmés à la fois par les signes de ralentissement aux États-Unis et par la dette indomptée de plusieurs pays européens. L'Italie est le dernier pays à faire craindre un défaut de paiement, alors que les investisseurs ont liquidé ses obligations, ce qui a fait grimper en flèche ses coûts d'emprunt.
Paradoxalement, les entreprises elles-mêmes sont en bien meilleure posture qu'elles ne l'étaient en 2008. Elles ont assaini leur bilan, accru leurs réserves, certaines comme BCE ayant même relevé leurs dividendes. Ainsi, c'est le secteur privé qui embauche, comme c'était notable en juillet au Canada, tandis que le secteur public se serre la ceinture.
Toutefois, les gouvernements qui se sont portés à la rescousse de leurs entreprises sont maintenant mal en point. Et ils n'ont plus de munitions pour relancer leurs économies à bout de souffle. D'où ce cercle vicieux de coupes budgétaires qui freinent l'élan de l'économie et qui diminuent encore les rentrées du fisc.
Il est possible de s'en sortir, comme le Canada l'a démontré au cours des années 90. Mais ce n'est pas en niant le problème ou en prenant des demi-mesures, comme les États-Unis viennent de le faire, en excluant de fait les hausses d'impôt et en repoussant la refonte des grands programmes comme Medicare, l'assurance santé universelle des Américains de 65 ans et plus.
Assainir ses finances, c'est long et pénible. Et cela exige une volonté de fer des élus, surtout lorsque les populations se révoltent contre les mesures d'austérité proposées. Or, cette volonté fait cruellement défaut aux États-Unis, a déploré l'agence Standard & Poor's dans son analyse, un grand désaveu de la classe politique américaine.
Plusieurs Américains se sont employés cette fin de semaine à tirer sur le messager plutôt que de reconnaître que leur gouvernement partagé est si polarisé qu'il en est devenu dysfonctionnel.
Peut-être qu'il faudra une bonne correction en Bourse pour que Washington se resaisisse. Rappelez-vous les déchirements pour faire adopter les plans de sauvetage de Detroit et de Wall Street. Tout ce cirque n'était pas si différent, en fin de compte, du vaudeville des dernières semaines pour le relèvement du plafond d'emprunt des États-Unis.
Pourtant, ce n'est que lorsque les grands indices boursiers ont chuté de façon dramatique que les membres du Congrès se sont finalement accordés pour agir. C'est à croire qu'il n'y a que le portefeuille pour faire entendre raison aux politiciens.
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