Une manoeuvre à la Robin des bois

Michel Girard
La Presse

Le collègue Gilbert Lavoie, du Soleil, nous apprenait samedi que le nouveau gouvernement Marois avait l'intention de décréter une hausse rétroactive de l'impôt sur le revenu des nantis, et ce, dans le but de payer le milliard de dollars que lui coûtera l'abolition de la taxe santé annuelle de 200$ par adulte.

Que le nouveau gouvernement Marois décide d'aller de l'avant avec sa promesse de taxer davantage les «riches», c'est totalement légitime puisque le Parti québécois (PQ) l'avait clairement annoncé au cours de la campagne électorale. Mais mettre en place rétroactivement une mesure fiscale, quelle qu'elle soit, ça, c'est carrément un abus de pouvoir.

En vertu de quel sacro-saint principe d'équité fiscale un gouvernement fraîchement élu peut-il aller puiser rétroactivement dans les poches des particuliers qui gagnent plus de 130 000$ de revenus imposables? Qu'ont-ils fait de mal, ces «riches» Québécois, pour subir une telle ponction d'impôt rétroactive?

Que la première ministre Pauline Marois joue à Robin des bois en vue de redistribuer de la richesse aux familles les plus démunies, c'est louable. Mais utiliser un stratagème pour faire rétroactivement payer davantage les honnêtes contribuables qui ont le malheur de gagner plus de 130 000$, cela m'apparaît hypocrite.

Pour être politiquement acceptable et honnête, il aurait fallu que Mme Marois précise au cours de la campagne électorale qu'elle allait imposer rétroactivement les «riches» contribuables pour mettre en vigueur sa promesse visant l'abolition de la controversée taxe santé.

Le message aurait été clair. Si le PQ reprenait le pouvoir, comme ce fut le cas, pas de mauvaise surprise pour les nantis.

En passant, je ne suis pas en train de dire à Mme Marois de ne pas taxer davantage les gens qui déclarent plus de 130 000$ de revenus imposables, comme elle l'avait annoncé en campagne électorale. Bien que ces contribuables québécois soient les plus taxés du Canada, un gouvernement péquiste légitimement élu a le droit de leur presser davantage le portefeuille. Ce que je trouve inacceptable, c'est de taxer rétroactivement des contribuables. Le Parti québécois de Pauline Marois n'a pas été élu là-dessus.

Pourquoi punir les quelque 143 000 contribuables qui déclarent, bon an, mal an, plus de 130 000$ de revenu imposable? Selon les dernières statistiques fiscales disponibles, ils ont payé à eux seuls 5,5 milliards de dollars en impôt du Québec, soit près du tiers de l'impôt total net (après crédits d'impôt) versé par les 6 millions de contribuables québécois. On ne peut quand même pas dire que ces nantis ne fournissent pas leur part! Je ne parle pas des fraudeurs. Je parle des honnêtes contribuables à revenu élevé.

Bien entendu, les gens à revenu élevé n'attirent jamais l'empathie de la population. L'imposition rétroactive de leur «haut» revenu par le gouvernement Marois sera de toute évidence chaleureusement accueillie par l'ensemble de la population puisque cet impôt rétroactif servira à payer l'abolition de la taxe santé de 200$ par année, par adulte.

Nul doute d'ailleurs que Mme Marois et ses principaux lieutenants des finances et de l'économie comptent sur cet appui de la population pour justifier cette inattendue mesure rétroactive.

Maintenant, tant qu'à presser rétroactivement le portefeuille des «riches» contribuables gagnant plus de 130 000$, qu'est-ce qui empêche le gouvernement Marois de taxer davantage les gens gagnant un revenu plus modeste? Rien!

Autre suggestion: pourquoi ne pas hausser rétroactivement la taxe de vente d'un autre point de pourcentage, pour la faire passer de 9,5 à 10,5%?

Tiens, une autre idée. Pourquoi ne pas demander à Hydro-Québec d'augmenter rétroactivement les tarifs d'électricité? Cela pourrait permettre au gouvernement Marois d'exiger d'Hydro-Québec une hausse rétroactive de son dividende d'un demi-milliard de dollars.

Comme dernière suggestion, le gouvernement Marois pourrait peut-être récupérer rétroactivement l'augmentation salariale accordée dans l'ensemble de la fonction publique et parapublique québécoise.

C'est fou les milliards qu'il est possible d'aller chercher rétroactivement dans les poches des Québécois!

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