Le décrochage de Transat

Michel Girard
La Presse

Que se passe-t-il avec Transat A.T? Le titre (T.TRZ.B) se négocie au niveau historique le plus bas de son histoire. Lors de la séance du 3 août dernier, il a touché un creux de 2,79$. Depuis, il a repris quelque peu de l'altitude: il se négocie dans la fourchette des 3,50$ à 3,60$.

En novembre 2007, l'action de Transat A.T. avait touché un sommet historique à 41$. Puis, à partir de ce moment-là, il a piqué du nez, pour se ramasser en mars 2009 autour de la barre des 7$. Il faut dire que cette descente survenait en pleine crise financière. La planète entière subissait les contrecoups de la déconfiture économique américaine, laquelle avait été alimentée par le krach financier des subprimes, du papier commercial et autres produits dérivés.

Quand il y a une crise mondiale, il est évident que l'industrie touristique en est lourdement affectée. Par ricochet, au nombre des victimes, on retrouve les transporteurs aériens.

Imaginez maintenant comment une compagnie comme Transat peut être financièrement touchée par une telle crise mondiale. Transat A.T. n'est pas seulement le plus important transporteur aérien canadien spécialisé dans les voyages vacances. C'est également un voyagiste international intégré qui vole vers 60 destinations et qui distribue ses produits dans plus de 50 pays. En tant que «spécialiste du voyage vacances», la société est grandement active au Canada, en Europe, au Mexique, dans les Caraïbes et dans le Bassin méditerranéen.

Quand la crise financière mondiale a pris fin en mars 2009, le titre de Transat A.T. a repris de l'altitude, à l'instar de l'ensemble de la Bourse. En l'espace d'à peine 10 mois, le titre de Transat rebondissait jusqu'à 24$. On est en janvier 2010. Quelques mois plus tard, Transat repique du nez, jusqu'à un plancher de 10$ et des poussières.

Et il repart à la hausse. Au début de janvier 2011, l'action frôle la barre des 20$. Depuis ce moment-là, l'action de Transat A.T. s'aligne vers une piste inconnue...

La question de l'heure: l'action a-t-elle touché son plancher lorsqu'elle s'est effondrée à 2,79$, le 3 août dernier? Par rapport au sommet de novembre 2007, le titre Transat A.T. se trouve ainsi à avoir chuté d'un peu plus de 90%. C'est catastrophique!

Malheureusement pour les actionnaires, il ne faut pas compter sur les analystes des maisons de courtage qui suivent les péripéties de Transat pour redonner de l'altitude au titre. Sur les huit analystes, un seul en recommande l'achat. Les sept autres se contentent de le conserver. Et comme prix cible moyen pour les 12 prochains mois, on arrive à un prix de 4,34$.

Anecdote en passant: j'ai notamment repéré un analyste qui recommandait de «conserver» Transat A.T. quand le titre s'échangeait au-dessus des 21$. Le titre est rendu à 3,50$, il recommande toujours de le «conserver». Pas facile, le métier d'analyste!

Si l'action de Transat A.T. se négocie à si bas prix par rapport à son sommet de 41$ d'il y a moins de cinq ans, ce n'est évidemment pas sans raison.

Le titre est plombé par des résultats financiers décevants pour le deuxième trimestre terminé en avril dernier.

Cela est attribuable entre autres aux facteurs suivants: une chute des prix de vente de plusieurs forfaits de vacances; des coûts de carburant supérieurs aux prévisions; des revenus des filiales européennes en baisse; des coûts d'exploitation en hausse; des coûts hôteliers en hausse; une baisse du nombre de voyageurs en France.

Est-ce que ça s'annonce nettement mieux financièrement pour le deuxième semestre? Voici le commentaire que la direction de Transat faisait à ce propos.

«Malgré que l'on assiste présentement à une baisse des prix du carburant, la vigueur du dollar américain et la baisse de l'euro par rapport au dollar canadien font en sorte que l'impact net sur la marge est défavorable. Les réservations sont au même niveau que l'an dernier à pareille date, mais l'environnement concurrentiel demeure exigeant. Le climat économique et politique en Europe, à la fois un marché source et de destination, et l'impact important des réservations de dernière minute sur les prix de vente moyens rendent très difficile tout pronostic sur les résultats du deuxième semestre.»

À la lumière de cette réponse, l'investisseur qui s'intéresse à Transat A.T. n'est guère plus avisé sur la prochaine tendance du titre.

Mais chose certaine, le retour à la rentabilité fait partie des priorités à court terme du grand patron de Transat A.T, Jean-Marc Eustache, et de son équipe de direction.

Et si cela peut consoler les actionnaires de Transat A.T. qui subissent la déconfiture du titre, sachez que «votre» filiale Air Transat a récemment mérité le prestigieux prix World's Best Leisure Airline.

Espérons que le fait qu'elle soit sacrée «meilleure compagnie aérienne spécialisée en voyages vacances du monde» redonnera un de ces jours des ailes au titre de la maison mère!

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