Pas de Ponzi au fonds FTQ

Michel Girard
La Presse

Des détracteurs du Fonds de solidarité de la FTQ trouvent que le système de financement du populaire fonds syndical ressemble de plus en plus à un montage financier à la Ponzi où les nouvelles entrées d'argent servent essentiellement à rémunérer les investisseurs.

Pourquoi comparent-ils le Fonds de la FTQ à une chaine Ponzi? Parce que ces dernières années, l'argent récolté par l'entremise des nouvelles émissions d'actions a majoritairement servi aux rachats des actions des actionnaires pouvant retirer leur cagnotte à compter de 65 ans ou de la pré-retraite.

Actionnaires du Fonds FTQ, rassurez-vous! Il n'y a rien d'illégal (à la Ponzi) dans le système de financement du Fonds FTQ. Cependant, il est vrai que le montant annuel des rachats d'actions se rapproche de plus en plus de la somme annuelle que le Fonds réussit à récolter auprès de ses actionnaires.

La maturité du Fonds et le vieillissement de ses actionnaires ont aujourd'hui un gros impact sur les rachats d'actions.

À preuve, au cours des cinq derniers exercices, j'ai calculé que le Fonds a récolté 3,4 milliards de dollars auprès de ses actionnaires alors qu'il a racheté des actions pour une valeur de 2,56 milliards.

Cela laisse entendre que 75% des sommes récoltées ont servi non pas à investir dans les entreprises québécoises mais plutôt à racheter les actionnaires.

Par ricochet, c'est donc dire que 75% des crédits d'impôts accordés, soit 769 millions$, n'auraient pas servi à la mission première du Fonds.

Voici la question que j'ai adressée à la haute direction du Fonds FTQ. Qu'avez-vous à répondre aux adversaires du Fonds qui ne ratent pas l'occasion de décrier cet état de fait, laissant entendre que les gouvernements devraient mettre fin à ces crédits d'impôt?

«Nos détracteurs voient le modèle du Fonds de solidarité FTQ de manière beaucoup trop simpliste. Ils négligent de regarder ce qui a été fait avec l'argent des actionnaires», rétorquent les porte-parole du Fonds, Marie-Anna Murat et Me Mario Tremblay, respectivement directrice et vice-président Affaires publiques.

«L'argent qui provient des actionnaires, expliquent-ils, est investi au moins deux fois sur une période moyenne de 12 ans pour soutenir les PME québécoises et créer, maintenir et sauvegarder des emplois. Lorsque le Fonds a terminé sa mission auprès de ses entreprises partenaires, il retire l'argent qu'il avait investi et qui a fructifié et le redonne, 12 ans plus tard, aux actionnaires qui prennent leur retraite.»

Le modèle du Fonds ne doit pas être visualisé, disent-ils, comme un simple tuyau dans lequel l'argent des actionnaires rentre à un bout et en ressort à l'autre bout sous forme de rachat. Il faut plutôt le voir comme un vaste réservoir de capital de développement pour le Québec, lequel réservoir se remplit avec les entrées de fonds, les profits et les désinvestissements.

Lors des cinq dernières années, le Fonds de la FTQ a enregistré des profits nets de 457 millions de dollars (soit 1,5 milliard de profits de 2010 à 2012, moins les pertes de 1 milliard en 2008 et 2009).

«Sur la période de cinq ans à laquelle vous faites référence, les 769 M$ de crédit d'impôts accordés aux actionnaires du Fonds ont permis des investissements de 3,7 G$ dans l'économie québécoise.»

«L'effet levier pour l'argent des gouvernements - argent que les gouvernements récupèrent d'ailleurs dans un délai de trois à quatre ans à travers la fiscalité selon les études menées par différents économistes - est de près de cinq!», affirment les porte-parole du Fonds FTQ.

Ils disent que chaque dollar versé en crédit d'impôt aux investisseurs du Fonds FTQ a généré un investissement de près de 5$ dans l'économie québécoise.

Cela étant dit, il n'en demeure pas moins qu'au cours des cinq dernières années, les gouvernements de Québec et d'Ottawa ont versé 769 millions de crédits d'impôt sur des placements de 2,56 milliards de dollars qui ont servi à racheter les actions des actionnaires sortants.La question fondamentale: pourquoi les gouvernements de Québec et d'Ottawa continueraient-ils de verser des crédits d'impôt (30% au total) sur l'argent qui sert à racheter les actionnaires du Fonds FTQ?

Je n'y vois qu'une réponse: pour assurer la pérennité du Fonds.

Ne nous leurrons pas. Si jamais les gouvernements abolissent leurs crédits d'impôt au Fonds de la FTQ, les actionnaires n'investiront plus d'argent neuf. Les volumineux rachats grugeront rapidement l'actif... La survie du Fonds FTQ sera à la merci de son rendement. Chose certaine, ça prendrait plus que le rendement annuel composé de 1,9% sur les 10 dernières années pour survivre aux rachats.

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