L'attrait de la déprime bancaire

Michel Girard
La Presse

(Montréal) Toutes les raisons sont bonnes pour matraquer les titres bancaires. Cela va de la crise des dettes souveraines en Europe au récent scandale de JPMorgan Chase et ses incroyables pertes de 2 milliards dans la spéculation de produits dérivés. Tout en passant par la sombre implication de grandes banques d'affaires américaines dans l'entrée de Facebook en Bourse à un prix démesuré.

En fait, l'heure bancaire est à la déprime partout dans le monde. Les banques canadiennes n'y échappent évidemment pas. Les investisseurs croient que les mauvaises nouvelles économiques et financières qui frappent notamment l'Europe et les États-Unis risquent de se répercuter sur la rentabilité de nos grandes banques canadiennes.

>>>En tableau : les grandes banques canadiennes

S'ajoutent à cela les risques de voir le marché immobilier canadien connaître éventuellement une correction à la baisse vu le prix élevé des propriétés dans nombre de villes et municipalités canadiennes.

Autre facteur d'inquiétude: l'endettement des ménages canadiens atteint aujourd'hui un niveau historiquement élevé.

La mise au point sur les facteurs susceptibles d'expliquer la déprime bancaire étant faite, est-ce que les titres bancaires canadiens représentent un intéressant placement au niveau actuel?

La Bourse étant par définition hautement imprévisible, il est bien certain que le secteur bancaire peut encore reculer sévèrement à l'échelle planétaire. Et les grandes banques canadiennes, bien qu'elles soient parmi les plus solides institutions bancaires au monde, suivront sans doute le mouvement à la baisse.

Comme il est impossible de prévoir jusqu'où pourrait tomber le secteur bancaire, si jamais cela devait se produire, il appert qu'au niveau actuel les banques canadiennes semblent se négocier à des cours raisonnables. Par rapport à quoi? Aux prévisions des bénéfices que projettent les analystes des maisons de courtage.

À son sommet des 52 dernières semaines, la capitalisation boursière (valeur des actions en Bourse) de nos six grandes banques canadiennes atteignait les 316 milliards de dollars. Vendredi dernier, au coeur de la dégringolade, la capitalisation de nos six banques tombait à 275 milliards.

Cette perte de valeur de 41 milliards représente une chute de 13%. Sur les six titres, trois (Banque de Montréal, Banque Scotia, Banque CIBC) ont atteint leur haut des 12 derniers mois en juin ou juillet 2011. Pour les trois autres (Banque Royale, Banque Nationale, Banque TD), le sommet a été établi vers la fin de mars dernier.

Le potentiel

Par rapport aux prix cibles établis pour chacun des titres bancaires canadiens par les analystes Michael Goldberg et Stefanie Lau, de Valeurs Mobilières Desjardins, force est de constater que le potentiel à la hausse de nos géants bancaires serait appréciable.

Compte tenu des cours actuels, les spécialistes de Valeurs mobilières Desjardins anticipent d'ici les 12 prochains mois une appréciation globale de l'ordre de 28%. Ce qui porterait la capitalisation boursière des grandes institutions bancaires canadiennes à 353 milliards, soit 78 milliards de plus que le niveau actuel.

À ce potentiel de plus-value projeté par Valeurs mobilières Desjardins, s'ajoute bien entendu le rendement intrinsèque des dividendes (voir ci-contre le tableau pour chacune des grandes banques canadiennes quelques données importantes).

Les deux titres bancaires préférés des analystes de Desjardins sont la Banque Scotia et la Banque TD. Les deux titres figurent parmi la liste des «meilleurs choix» de la firme de courtage.

Voilà pour le potentiel des grandes banques canadiennes.

De là à ce qu'il se matérialise, c'est une autre paire de manches. Encore faudra-t-il que Wall Street se réaligne à la hausse, et ce solidement. Vendredi passé, la Bourse de New York s'est fait happer par la publication de mauvais indicateurs aux États-Unis, dont l'annonce d'une remontée du taux de chômage américain en mai.

Cela a eu pour effet d'énerver les investisseurs par rapport à la fragilité de la croissance économique américaine. Précisons ici que le taux de chômage des États-Unis a grimpé en mai, et ce pour la première fois en un an. Il s'établit à 8,2%.

Il va sans dire que l'accumulation de décevantes statistiques en Europe, telles la contraction de l'activité manufacturière et la hausse du taux de chômage à un niveau record de 11%, joue aussi sur le moral des investisseurs en Bourse.

Et comme si ce n'était pas assez, ajoutons dans la marmite boursière les inquiétudes portant sur les économies émergentes. Prenons le Brésil, la Chine et l'Inde... Il est évident que leur croissance risque de ralentir sensiblement à cause du ralentissement économique mondial.

Mais rassurons-nous: nos banques canadiennes ont les assises solides!

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