Une filière boeuf 100 % Québec

« Le boeuf engraissé au Québec est transformé et... (Photo Patrick Sanfaçon, Archives La Presse)

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« Le boeuf engraissé au Québec est transformé et vendu à l'extérieur, alors que le public québécois achète du boeuf canadien ou américain ou québécois, personne ne le sait trop au juste », fait remarquer notre chroniqueur Jean-Philippe Décarie.

Photo Patrick Sanfaçon, Archives La Presse

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Une petite révolution vient de se produire dans le monde québécois de l'alimentation, puisque les consommateurs ont maintenant accès à du boeuf élevé au Québec, résultat de la création d'une nouvelle filière bovine qui favorise une production durable.

Depuis plus d'une semaine, il est désormais possible de trouver du boeuf québécois dans certains boucheries et restaurants sur l'ensemble du territoire québécois grâce à un partenariat noué par le plus important distributeur alimentaire québécois, la société Colabor, et les producteurs de bovins du Québec, regroupés au sein de la Société des parcs d'engraissement du Québec.

Les deux entités viennent de mettre sur pied la campagne « Partenaires Boeuf Québec » pour favoriser la valorisation de la production bovine québécoise qui, faut-il le préciser, évoluait jusqu'ici dans l'anonymat le plus total.

Depuis plus de 40 ans, le boeuf québécois ne profite d'aucune identification propre lui permettant de se distinguer dans le marché, parce que la presque totalité de sa production est acheminée dans des abattoirs de l'Ontario ou du nord-est des États-Unis.

Le boeuf engraissé au Québec est transformé et vendu à l'extérieur, alors que le public québécois achète du boeuf canadien ou américain ou québécois, personne ne le sait trop au juste, parce que la provenance de la protéine animale n'est pas précisée sur les emballages.

Les producteurs québécois ne profitaient donc pas du levier de commercialisation que leur aurait assuré une meilleure identification d'origine, comme celle qui sert si bien les producteurs de porc du Québec.

Cette carence importante dans le processus de mise en marché a contribué à la détérioration de la situation des producteurs de boeuf du Québec, qui ont enregistré au cours des dix dernières années une chute dramatique de leur volume de production, passée d'un sommet de 210 000 têtes en 2008 à 90 000 seulement l'an dernier.

UN ENTHOUSIASME SENTI

C'est Michel Gagné, directeur général de Viandes Lauzon et Viandes Décarie, deux divisions de Colabor, qui a décidé de mettre sur pied la structure nécessaire à la création d'une marque québécoise.

« On s'est associés avec l'abattoir Viandes Forget de Terrebonne, qui nous assure d'un volume de 200 carcasses de boeuf par semaine.

« Ces carcasses sont ensuite traitées dans nos deux divisions, soit Viandes Décarie [aucun lien de parenté avec l'auteur de ces lignes], qui agit comme grossiste pour desservir les boucheries, et Viandes Lauzon, qui réalise les coupes destinées aux restaurants », explique le distributeur.

Pour que le projet soit rentable, il fallait être en mesure de valoriser au maximum chacune des carcasses de boeuf, ce que les deux divisions de Colabor sont en mesure de faire. L'entreprise va assurer la livraison de la production sur l'ensemble du territoire québécois via son important réseau de distribution.

Le boeuf québécois est maintenant offert dans quelque 800 points de vente, principalement des boucheries et des restaurants qui affichent clairement cette nouvelle spécialisation.

David McMillan et Ian Perreault, les chefs et propriétaires des restaurants Joe Beef et Chez Lionel, font partie des chauds promoteurs du nouveau label Boeuf Québec. La viande bovine québécoise occupe dorénavant l'avant-scène dans leur menu.

Ian Perreault ne servira toutefois pas avant deux semaines ses macreuses de boeuf - il en sert plus de 200 par semaine - parce qu'il les fait vieillir 30 jours avant de les faire cuire.

Le chef Louis-François Marcotte, vice-président restauration du Groupe Sportscène, a lui aussi inscrit le boeuf québécois sur la carte de l'ensemble des 46 restaurants La Cage Brasserie sportive du Québec.

« Ça fait longtemps qu'on voulait le faire. On produit du boeuf de très haute qualité, au Québec, et on n'y avait pas accès ou on ne le savait pas. C'était absurde. On est devenu un membre actif de cette nouvelle filière bovine québécoise », s'enthousiasme le chef.

Pour combler ses besoins en filets mignons et en viande de burger, les restos La Cage Brasserie sportive vont absorber à eux seuls l'équivalent de 50 têtes de bétail par semaine.

Pour Colabor et les producteurs de boeufs québécois, la mise en marché de 200 bouvillons par semaine constitue une première phase de la campagne Partenaires Boeuf Québec. La prochaine étape sera de rendre accessible le boeuf québécois chez tous les grands détaillants en alimentation du Québec.

« Pour y arriver, il va falloir trouver de nouvelles capacités d'abattage. Pour l'instant, ma marque Boeuf Québec ne représente que 11 % de la production québécoise. Il va falloir s'organiser », prévient Michel Gagné de Colabor.

Sur le seul plan logistique et environnemental, la formule Boeuf Québec est nettement plus rationnelle que de faire voyager des bouvillons sur des centaines de kilomètres pour leur faire parcourir en pièces détachées la même distance au retour...




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