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On a coupé les jambes aux «Gazelles»

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Le programme des Gazelles, qui visait à accélérer le développement de 300 petites entreprises performantes afin qu'elles atteignent rapidement un niveau de développement supérieur, a été écarté par le gouvernement du Québec, lundi. Les promoteurs des Gazelles et les 300 entreprises qui devaient y participer espéraient toujours que Québec aille de l'avant.

Selon nos informations, le ministre Jacques Daoust a décidé de ne pas pousser plus loin le projet qui avait été mis sur pied par la ministre péquiste Élaine Zakaïb et qui avait suscité un enthousiasme et une mobilisation certains au sein des PME manufacturières québécoises.

Le programme des Gazelles aurait permis, chaque année durant trois ans, à 100 PME - qui comptent de 25 à 250 employés - d'obtenir des services intégrés de la part du gouvernement et de plusieurs organisations reconnues pour qu'elles développent plus rapidement et de façon plus soutenue leur plein potentiel.

On parle ici du financement d'un plan stratégique, de mentorat, d'accès à des compétences d'appoint pour que ces petites entreprises accèdent au rang de moyennes sociétés qui emploient de 250 à 500 personnes.

La sélection des 100 premières Gazelles et des 200 éventuelles entreprises aspirantes à ce statut avait été effectuée. Depuis l'élection du nouveau gouvernement libéral, le processus avait toutefois été mis sur la glace, le temps que le ministre décide de la pertinence de le poursuivre ou d'y mettre un terme.

En entrevue, au lendemain de sa prestation de serment comme nouveau ministre de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations, Jacques Daoust m'avait laissé comprendre qu'il n'était pas chaud à l'idée d'aller de l'avant avec un projet qui risquait d'avantager une entreprise au détriment d'une autre d'un même secteur.

La semaine dernière, le ministre Daoust a étoffé ses réserves à l'endroit du projet des Gazelles en répondant en Chambre à une question du député péquiste Pierre Karl Péladeau qui voulait savoir ce qu'il advenait de ce programme.

«... Il est normal de nous assurer que ce programme corresponde à nos orientations... ce programme faisait en sorte que c'est le gouvernement qui choisit les gagnants, ce qui n'est pas le rôle du gouvernement.

«Nous donnons déjà une aide importante aux PME en réduisant leurs impôts et nous demeurons disponibles pour les soutenir et les accompagner», a déclaré Jacques Daoust.

Lundi matin, l'espoir n'était toujours pas éteint chez certains promoteurs du programme des Gazelles qui estimaient que le projet pourrait toujours aller de l'avant.

Yves Maurais, président de l'Association des Centres locaux de développement économique - un partenaire important des Gazelles qui avait notamment pour mission d'inciter les PME prometteuses de chaque région à s'inscrire au programme - y croyait toujours.

«On n'a pas encore eu le temps de s'asseoir avec le ministre pour discuter du programme. Je comprends que Québec a décidé de faire des choix fiscaux, mais nos entreprises ont aussi besoin d'influx d'intelligence pour réussir à percer», constatait-il.

À l'instar d'autres intervenants qui ont collaboré à la mise en place du programme des Gazelles et du processus de sélection des entreprises qui auraient pu en profiter, Yves Maurais insiste pour dire que ni le ministre, ni les responsables de son ministère n'ont participé au choix des PME participantes.

Une grille de sélection avec des critères rigoureux et objectifs avait été établie. La majorité des entreprises participantes ont été identifiées par la seule inscription de leurs données financières dans une grille Excel.

Lorsque des PME présentaient des profils similaires, leur candidature était transférée à un Comité national qui a eu le mandat de trancher. Personne du gouvernement ne faisait partie de ce comité présidé par Pierre-Maurice Vachon, entrepreneur à la retraite et ex-maire.

Les autres membres du Comité national étaient Jacqueline Dubé, PDG du CEFRIO, Micheline Renault, professeure de comptabilité à l'UQAM, Bernard Bélanger, président du conseil de Premier Tech, Nathaly Riverin, DG de l'École d'entrepreneurship de Beauce, Luc Houle, VP à la Caisse de dépôt et placement, et Jean Campeau, ex-PDG de la Caisse.

Un secteur qui peine

Le Québec manufacturier peine à compter dans ses rangs des entreprises de taille moyenne en nombre suffisant. Beaucoup de petites PME sont incapables de réaliser leur transition, alors que plusieurs de celles qui réussissent à le faire disparaissent parce qu'elles se font absorber par de plus grandes entreprises, notamment en raison d'une absence de relève.

En apprenant la mort du programme des Gazelles, un entrepreneur m'a confié hier qu'il ne comprenait pas que le ministre Daoust refuse d'épauler les PME performantes en préférant plutôt réduire de façon marginale l'impôt de toutes.

«Selon le budget, la baisse de 8 à 4% du taux d'impôt des PME manufacturières va représenter pour le gouvernement un manque à gagner de 34 millions en 2015-2016.

«C'est donc dire que 7500 entreprises vont profiter de l'équivalent d'une baisse d'impôt de 4533$, ce qui n'est même pas assez pour se payer un billet d'avion pour Tokyo. Et c'est avec ça qu'on veut relancer le secteur?», s'interroge-t-il.

Si le gouvernement est contre le soutien aux PME performantes - pour ne pas porter ombrage aux autres -, il devrait aussi abolir les bourses de perfectionnent pour les étudiants brillants ou les bourses pour les athlètes de pointe, conclut, avec ironie et cynisme, ce même entrepreneur qui avoue avoir les jambes sciées.

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