Pétrolia: le vol du siècle dégonflé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
En plus des bénéfices auxquels Hydro pourrait avoir... (PHOTO FOURNIE PAR PÉTROLIA)

Agrandir

PHOTO FOURNIE PAR PÉTROLIA

En plus des bénéfices auxquels Hydro pourrait avoir droit si jamais le pétrole jaillit de l'île d'Anticosti, il faut rappeler que le ministère du Revenu pourra profiter de redevances fiscales à l'avenant.

La petite société d'exploration pétrolière Pétrolia et Hydro-Québec ont finalement consenti à dévoiler les détails de l'entente «secrète» qu'elles avaient conclue en 2008 lorsqu'Hydro a cédé ses droits d'exploration et d'exploitation pétrolière dans l'île d'Anticosti. De nombreux théoriciens du complot ont vécu hier une amère déception.

Cette cession de droits d'Hydro-Québec à Pétrolia n'avait soulevé ni vague ni tollé au moment de sa conclusion, en janvier 2008. La transaction avait fait l'objet d'une nouvelle brève dans les pages de La Presse Affaires et fut le seul texte publié sur ce sujet pour tout le reste de l'année.

Ce n'est qu'à partir de juin 2011 que l'on a commencé à remettre en question les motivations qui avaient poussé Hydro-Québec à céder ses droits pétroliers dans l'île d'Anticosti lorsque Pétrolia a rendu publique une étude de potentialité indépendante qui estimait que le roc de l'île pourrait contenir des réserves d'au moins 30 milliards de barils de pétrole de schiste.

Pourquoi Hydro-Québec, qui avait elle-même réalisé des forages exploratoires à Anticosti avant de céder ses droits à Pétrolia, n'avait-elle pas décelé ce formidable eldorado liquide?

Pour quels motifs la société d'État a-t-elle soudainement décidé de brader ce fabuleux trésor collectif? À quelles conditions a-t-elle consenti à transférer ces permis d'exploitation qui pourraient générer des milliards de dollars de profits à quelques actionnaires d'une entreprise privée plutôt que de servir à regarnir les coffres d'un État qui en a tellement besoin?

Ce questionnement était tout à fait normal, mais il n'a fait qu'aller en s'amplifiant sous la distorsion parce que ni Hydro-Québec ni Pétrolia ne voulaient dévoiler les détails de cette transaction qui avait été réalisée sous le sceau de la confidentialité.

L'entêtement des deux parties à ne pas vouloir donner les détails de leur entente n'a fait que renforcer chez certains la certitude qu'Hydro-Québec avait été la victime consentante du vol du siècle.

Une ministre libérale des Ressources naturelles, puis celle nouvellement élue du Parti québécois ont voulu en vain forcer le dévoilement de cette transaction secrète maintenant devenue suspecte.

Une entente correcte

Pour des raisons qui m'apparaissent encore obscures, la petite société Pétrolia ne voulait pas que les éventuels partenaires qu'elle courtise connaissent les détails de l'entente avec Hydro.

Pétrolia doit s'associer à des acteurs majeurs de l'industrie pétrolière pour la réalisation d'un éventuel projet d'exploitation dans l'île d'Anticosti et ses actionnaires souhaitaient probablement garder secrète la clause qui accorde à Hydro-Québec un droit de premier refus sur une participation au développement d'une découverte d'hydrocarbures commercialement exploitable.

En d'autres mots, si Pétrolia fait la preuve qu'on peut extraire du pétrole sur une base viable, Hydro-Québec peut redevenir actionnaire jusqu'à concurrence de 50 %. Si Hydro refuse de participer au projet, elle touchera néanmoins des redevances garanties, comme le détaille ma collègue Hélène Baril.

Bref, Hydro-Québec ne s'est pas fait voler, et les contribuables québécois non plus. Parce qu'en plus des bénéfices auxquels Hydro pourrait avoir droit si jamais le pétrole jaillit de l'île d'Anticosti, il faut rappeler que le ministère du Revenu pourra profiter de redevances fiscales à l'avenant.

Le gouvernement de l'Alberta récolte des redevances de l'ordre de 35 % sur la marge brute que les sociétés pétrolières réalisent sur chaque baril de pétrole qu'elles extraient des sables bitumineux. S'il en coûte 50 $ pour extraire un baril qui se vend 100 $ sur le marché, le gouvernement albertain obtient 17,50 $ en redevances.

On peut certes présumer que le gouvernement québécois imposera un taux de redevances encore plus généreux que celui de l'Alberta sur le pétrole qui, un jour, émergera de son sol. On a du rattrapage à faire...

Chose certaine, Hydro-Québec n'avait plus rien à faire dans le secteur pétrolier, où elle a tenté de développer une expertise et de créer une masse critique sous l'impulsion d'André Caillé lorsqu'il a pris la direction de la société d'État en 1996.

L'ancien PDG de Gaz Métro a même orchestré l'acquisition de la société gazière en 1997 pour implanter par la suite une division pétrole et gaz chez Hydro-Québec. En 2004, Hydro-Québec a vendu sa participation dans Gaz Métro à la Caisse de dépôt et placement au moment même où l'entreprise devait s'adapter au virage éolien.

Depuis 2004, Hydro-Québec a bien compris que le pétrole n'entrait pas dans son champ de compétence. En cédant ses droits à Pétrolia, la société d'État n'a pas pour autant abandonné la possibilité qu'elle y retourne si les milliards sont réellement au rendez-vous.

Partager

La Presse Affaires vous suggère

publicité

Commentaires (17)
    • Comment se fait-il qu'un spécialiste comme Decarie tente de nous induire en erreur au sujet de la possibilité de HQ de redevenir actionnaire à 50%! Pourtant, l'entente est très claire, il s'agit d'un droit de lréemltion, i.e. Un droit de premier refus si jamais Petrolia décidait de vendre ses intérêts! Donc, si Petrolia vend, HQ a le droit de racheter 50% des l'arts, mais au prix de la vente...donc probablement au gros prix! On ne parle pas du tout de la même chose! Si Petrolia conserve ses intérêts, HQ NE PEUT PAS REDEVENIR ACTIONNAIRE!!

    • Ah oui, l'éolien... Quel virage raté... Avoir continuer avec le gaz naturel et le pétrole, HQ serait en bien meilleur posture.

    • @Jean-Philippe Décarie
      Allez lire le commentaire de Simerc.
      C'est exactement le coeur du problème.
      Étrangement, le conseil d'administration de Petrolia compte plusieurs cadres actuels d'Hydro et les C-Suite de Petrolia comptent des anciens cadres d'Hydro qui travaillaient chez Hydro avant 2005.
      Pourquoi seraient-ils partis d'Hydro?
      Travaillant chez Hydro, pourquoi auraient-ils voulu acheter les claims si les ressources n'étaient pas avérées?
      Franchement, il est facile de voir la différence entre ceux qui ne font que reporter les nouvelles du monde des affaires et ceux qui en font partie et ont travaillé pour, et/ou avec, les banques d'investissement.

    • Chaque millions qu'Hydro ne fera pas dans ce projet sont des millions volés si l'hypothèse de «Simerc» est vraie. Peut-être que les spécialistes d'Hydro-Québec ont volontairement induit en erreur les dirigeants afin de s'en mettre plein les poches?
      Est-ce qu'il y a des gens qui travaillaient pour Hydro-Québec qui travaillent maintenant pour Pétrolia ou qui ont des actions de cette compagnie?
      Seul les journalistes peuvent trouver la réponse à cette question et ensuite peut-être affirmer qu'Antiscosti n'a pas été un vol.

    • Je me réjouis, quant à moi, de constater que la grande préoccupation du journaliste et des commentateurs est de savoir qui va faire (ou perdre) de l'argent, et combien, et quand.

    • L'argument du coût d'exploitation est totalement ridicule.
      Pétrolia n'a qu'à raffiner son exploration et trouver les gisements les plus avantageux.
      Lorsque la méthode de fracturation sera à point et que les réserves mondiales auront diminuées, Pétrolia ramassera le pactole dans 10ans, 20ans, 30ans, 40ans ou 50ans. C'est ce qui est bien avec les mines et le pétrole, la ressource ne disparaît pas, la rareté suite à l'exploitation augmente et le prix ne fait qu'augmenter.Il suffit seulement d'avoir les reins solides.
      Au prix ridicule payé par Pétrolia, il n'avait même pas à avoir les reins solides, il suffisait de connaître la ressource. L'exploration ayant déjà été faite, il ne resta plus qu'à fourrer le gouvernement bien comme il faut. (Steve Jobs avait fait le même coup à Xerox avec l'interface avec souris)

      Pis là, un pseudo-journaliste qui fait le grammophone en répétant ce qu'on lui pisse dans les oreilles vient nous dire qu'il n'y a pas vol du siècle!
      B-R-A-V-O

      Dans la même veine,
      les chinois achètent en ce moment des terres agricoles au Québec tout comme d'autres québécois investisseurs. Ils ne feront pas d'argent demain ni après-demain, mais comme la population mondiale n'arrête de croître, que les terres agricoles disparaissent inversement, bien ceux qui ont les reins solides vont casher dans 10ans, 20ans, 30ans, 40ans ou 50ans.

    • Cet arcticle est une opinion, tronqué par la vraisemblabe ommission de faits connus depuis longtemps.Comment peut-on écrire un papier, professionnelement, en ommetant autant de faits? Heureusement, à lire les commentaires, les lecteurs en connaissent plus que vous sur le sujet, ou du moins, ne sont pas dans la propagande.

    • "Pourquoi Hydro-Québec, qui avait elle-même réalisé des forages exploratoires à Anticosti avant de céder ses droits à Pétrolia, n'avait-elle pas décelé ce formidable eldorado liquide?"
      Et pourquoi vous ne parlez pas de Shell qui savait depuis 1998 qu'il y avait tout ce pétrole sous l'Ile d'Anticosti?

    • Il ne devrait avoir aucune entente confidentielle entre le gouvernement et/ou une entreprise d'état et le privé. Et de un, le gouvernement représente le citoyen, et de deux, la justification de confidentialité pour raison de concurentialité ne tient pas, le gouvernement n'a pas a privilégier une entreprise par rapport a d'autres.
      Pour la raison que ce n'est pas dans le champs d'expertise d'Hydro-Québec, c'est plutôt paradoxale de céder les droits a ces proches du pouvoir qui tout compte fait, sont plutôt des apprentis sorciers dans ce domaine!
      Pour le reste, on est loin du modèle norvégien!!!

    • @missivedutexas
      Bien d'accord avec vous.
      De plus, on apprend que Hydro-Québec percevra une redevance de 1 à 3 % sur chaque baril de pétrole de l'île d'Anticosti... Devons-nous nous en contenter?! Je ne suis pas au courant, mais quel est le % de redevances versées aux pays du Golfe, juste par curiosité?
      Par ailleurs, comprenons bien que les redevances seraient versées à... Hydro-Québec, et non l'ensemble de l'État québécois. Que ferait HQ avec cet argent par la suite? Elle regarnirait la caisse de retraite de ses seuls employés, pourquoi pas?...
      Franchement, à mes yeux, il est encore loin d'être sûr que la société québécoise y gagnerait.

    • "...De nombreux théoriciens du complot ont vécu hier une amère déception..."
      Hydro prend notre argent, nos actifs, a plein d'ententes secretes avec plein de "partenaires", ne divulguent pas si les dirigeants ont des conflits d'interets dans ces "deals", etc., etc.
      L'absence de transparence invite le questionnement.
      Il est a votre deshonneur de vous en moquer en etiquetant tout ce beau monde de "theoriciens du complot".

    • @Simerc,
      désolé de vous contredire, mais HQ savait qu'il y avait du pétrole sous l'île puisqu'ils ont acheté les droits détenus par Shell dans les années 90 et qui eux avaient forés des puits et trouvé du pétrole. Tout le monde sait depuis longtemps qu'il y a du pétrole sous Anticosti. Là n'est pas le problème, le problème c'est d'en caractériser la quantité et de trouver une méthode d'extraction qui ne coûte pas la peau des fesses.
      La marge de profit peut rapidement être grugée par des méthodes d'extraction trop coûteuses et les coûts reliés à la protection de l'environnement de l'île.

    • Basé sur les nouvelles informations concernant cette transaction, H-Q a prit la bonne décision. Aucun risque financier lié à l'exploration, mais une opportunité de recevoir des redevances et/ou d'augmenter sa participation si les études démontrent un grand potentiel pouvant être exploité à prix compétitif, et ce en plus des redevances qui seront versés au fisc québécois.
      Pétrolia a l'expertise et avance les sommes nécessaires à l'exploration et aux études, donc il est normal que ses actionnaires et associés en retirent un bénéfice si jamais le projet se concrétise.
      À mon avis, cette entente est bonne pour les 2 parties et pour nos finaces publiques qui auraient un énorme besoin de nouveaux revenus qui ne viennent pas des poches des contribuables.
      Claude Poirier

    • En 2008, la technologie pour extraire du pétrole dans les shales pétroliers, soit le forage horizontal avec fracturation hydraulique, était dans une phase expérimentale. Personne à cette époque n'aurait pu prédire le fort potentiel que pouvait présenter cette technologie qui a connu du succès en premier pourbles gas de shales. Cette technologie complexe continue à évoluer et le taux d'extraction d'augmenter. Pour le pétrole sous l'île, les compagnies devront faire de nombreux essais avant de trouver la recette permettant d'extraire le pétrole de façon économique.
      Il est évident, pour qui connaît cette industrie, qu'Hydro-Québec ne pouvait avoir une idée, à cette époque, de la percée technologique qui viendrait et permettrait de libérer le pétrole des formations de shales. L'extraction du pétrole à Anticosti nécessitera (si on peut trouver la bonne recette d'extraction) le forage de milliers de puits, ce qui aura un impact significatif sur l'environnement sauvage de l'île. On peut déjà prévoir une levée de boucliers de la part des groupes écologiques. Il est probable qu'Hydro ait également tenu compte de ce fait lorsqu'il a pris sa décision de céder ses droits.

    • Le principal problème, c'est qu'une partie des fondateurs de Pétrolia (Éric Adam) sont des anciens cadres de la défunte division Pétrole et gaz d'Hydro-Québec, la même qui a dit n'avoir rien trouvé sur l'île d'Anticosti. Étrangement, ceux-ci quittaient peu après la société d'État, fondaient Pétrolia et se portaient acquéreurs des droits pour l'île. Comment ne pas penser qu'ils ont complété leur mandat chez Hydro-Québec avec mauvaise foi et utilisé les ressources publiques pour faire leur exploration sur le bras du contribuable?
      Il est là, le vol du siècle. Hydro-Québec, sans la malhonnêteté de ces gens, aurait été au courant des réserves potentielles de l'île.

    • Faudra commencer par voir ce qu'il en coûte d'extraire un seul baril de pétrole du sous-sol d'Anticosti et évaluer correctement le potentiel pétrolier et le rendement possible. Ce chiffre de 30 milliards de barils n'a jamais été avéré à ce jour. C'est une estimation qui n'est fondée à peu près sur rien qui a été lancée.
      L'extraction du pétrole coûtera très probablement beaucoup plus cher qu'en Alberta et Saskatchewan. Et si le rendement atteint 2%, il faudra s'estimer chanceux.
      Il faut rappeler que Shell a fait des forages début 1990 et a trouvé du pétrole, mais elle a jugé que l'exploitation ne serait pas rentable. Ce n'est qu'avec un prix très élevé du baril que l'exploitation peut devenir rentable, mais la dépense énergétique pour extraire chaque baril est importante.

    • En 2002 le gouvernement Landry avait annoncé une stratégie afin que le Québec tire le maximum de cette ressource : (utiliser Hydro Québec comme levier pour la mise en valeur). Cette stratégie s'apparentait à celle de la Norvège qui a utiliser NorskHydro. C'était la stratégie la plu payante : Ce qui a valu à ce petit pays d'à peine 5 millions d'habitants d'avoir un fond souverain de plus de 700 milliards $ US!
      Le gouvernement Charest, fiduciaire du bien publique, à prétexté qu'il ignorait le potentiel de ses droits d'explorations au moment où il a forcé Hydro Québec à les brader pour des peanuts au privé.
      La question qui tue :
      Que savait Hydro Québec sur ce potentiel au moment de céder ce bien publique.
      La réponse : http://www.vigile.net/Anticosti-La-question-qui-tue
      Au sujet du droit de premier refus, il faut savoir que cela n?inclut pas les portions d'actifs déjà céder par Petrolia à d'autre partie (la filière Franceafrique).

Commenter cet article

Les commentaires sont maintenant fermés sur cet article.


Veuillez noter que les commentaires sont modérés et que leur publication est à la discrétion de l'équipe de Cyberpresse. Pour plus d'information, consultez notre nétiquette. Si vous constatez de l'abus, signalez-le.

publicité

publicité

publicité

image title
Fermer