Une occasion en or

Vue de l'extérieur, la forte et soudaine accélération de la chute du prix de l'or n'a été rien de moins que dévastatrice hier, l'indice de la Bourse de Toronto perdant près de 3% de sa valeur. Pour un initié comme Pierre Lassonde, président du conseil de Franco-Nevada, la correction qui afflige le secteur aurifère depuis un an et demi représente plutôt «une occasion en or, présentée sur un plateau en or».

Après avoir chuté de 5% vendredi, l'or a poursuivi et même accéléré sa dégringolade hier puisque le prix de l'once a reculé de 9,4% de plus. Comme l'explique dans la page ci-contre mon collègue Paul Durivage, les raisons de cet effondrement sont nombreuses, tout comme l'ont été ses effets sur les marchés.

Mais ce qui préoccupe davantage les investisseurs qui, jusqu'à tout récemment encore, avaient toujours pleinement foi dans l'or, ce sont la longueur et l'ampleur du mouvement de correction qui afflige cet actif stratégique. Actif qui était en mode haussier depuis pratiquement 10 ans.

Le prix du métal précieux a amorcé son ascension en 2002. La valeur de l'once d'or, qui s'établissait alors à 300$US, s'est mise à progresser pour atteindre un sommet en septembre 2011 à 1920$US.

Depuis qu'elle a inscrit cette marque historique, l'once d'or n'a fait que perdre de la valeur, jamais de façon significative, mais avec une régularité quasi systématique. Depuis les six dernières séances boursières toutefois, le mouvement de repli a pris de l'ampleur, beaucoup d'ampleur.

Une correction de cycle

«Honnêtement, il s'agit d'une correction importante», convient Pierre Lassonde, important actionnaire et président du conseil de Franco-Nevada, une société qui est propriétaire de droits miniers, qui ne réalise aucune production aurifère, mais qui récolte des redevances sur les droits qu'elle possède.

Pierre Lassonde est une sommité mondiale dans le secteur aurifère. Il a été président en 2001 de Newmont - la plus importante société productrice d'or à l'époque -, après avoir vendu au géant aurifère sa société Franco-Nevada.

En 2008, il a quitté Newmont, pris sa retraite et racheté pour 1,2 milliard la société Franco-Nevada qu'il avait vendue 3,2 milliards à Newmont sept ans plus tôt...

Pierre Lassonde a aussi écrit un livre, The Gold Book: The Complete Investment Guide to Precious Metals, qui a été réédité à de nombreuses occasions et qui est devenu une référence dans le domaine.

Selon le spécialiste, le prix de l'or était mûr depuis deux ans maintenant pour ce qu'il appelle une correction de cycle.

«La dernière grosse correction de l'or date du milieu des années 70 lorsque le prix de l'once avait chuté de 50%. Depuis 2002, on a eu droit à des petites corrections de 10 à 15%, mais à rien de majeur. Là, on vient d'atteindre la marque des 30%, mais je doute que le mouvement de baisse se poursuive longtemps.

«L'or est victime de la conjoncture. L'inflation est faible, Chypre a menacé de vendre ses réserves de 14 millions de tonnes - ce qui n'est rien à l'échelle mondiale - et l'activité économique est moins forte que prévu en Chine.

«Ce sont tous ces facteurs qui ont poussé des investisseurs à liquider leurs positions en panique. Au niveau fondamental, l'or va continuer de profiter des programmes de stimulation économique de la Réserve fédérale américaine», affirme-t-il d'un ton convaincu.

C'est d'ailleurs pourquoi Pierre Lassonde était fort occupé hier à planifier l'acquisition de droits miniers qui s'échangent à fort escompte par rapport aux prix d'il y a deux ans.

Pour ceux qui, comme lui, ont la foi dans l'or, le marché offre «une occasion en or sur un plateau en or. Pas en argent, en or», précise-t-il.

Le président du conseil de Franco-Nevada affirme par ailleurs ne ressentir aucune angoisse particulière en voyant le titre de son entreprise subir le même sort que celui du métal jaune.

L'action de Franco-Nevada a perdu 4,26$ hier pour clôturer à 36,18$, soit un recul de 10,53% par rapport à la fermeture de vendredi. Le titre, qui a atteint un sommet à 60$ en novembre dernier, a retranché depuis quelque 40% de valeur.

«Je ne suis pas à vendre, donc je ne perds pas d'argent. On a 1 milliard de liquidités et on a 1,5 milliard de disponibilités financières, alors on est plutôt acheteur», met en relief Pierre Lassonde.

Ceux qui, comme lui, ont foi dans l'or peuvent tenir ce type de discours. Pour le commun des investisseurs, l'accélération de la chute de la valeur refuge par excellence donne plutôt envie de se lancer prestement aux abris.

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FRANCO-NEVADA EN CHIFFRES

[2012 | 2011]

Revenus totaux : 427 M$ | 411,2 M$

Bénéfices nets : 102,6 M$ | (6,8 M$)

Bénéfice par action : 0,72$ | (0,05 $)

Dividende par action : 0,54$ | 0,32 $

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