Notre pub sous contrôle étranger

L'agencede publicité BCP célèbre cette année son 50e anniversaire d'existence. Première véritable agence de création publicitaire francophone au Québec et pépinière de nombreux talents qui ont essaimé pour créer leur propre boîte, BCP est devenue hier la propriété du holding international Publicis Group.

Fondée en 1963 par le publiciste Jacques Bouchard, BCP s'est imposée comme la première agence canadienne à produire des campagnes publicitaires originales destinées au public francophone.

Yves Gougoux a racheté la moitié de l'agence en 1984 et l'autre moitié en 1989, et BCP a poursuivi sa croissance au Canada. Mais, en 1996, Yves Gougoux décide de s'associer à Publicis Worldwide pour créer Publicis Canada, dans laquelle il aura une participation de 30%.

«On a transféré 70% des clients de BCP à Publicis Canada, mais la loi nous interdisait de transférer les comptes de clients gouvernementaux à une agence à propriété étrangère. BCP a donc continué d'exister et d'opérer comme agence plus petite, mais qui a développé une clientèle bien à elle», souligne Yves Gougoux.

En exploitant deux agences distinctes, Yves Gougoux a profité de l'avantage de pouvoir courtiser des clients d'un même secteur d'activité, ce qu'une agence ne peut faire seule. Procter and Gamble ne tolérerait pas que son agence publicitaire représente également L'Oréal, ce qui est tout à fait compréhensible.

Aujourd'hui, Publicis Canada emploie 450 personnes dans ses bureaux canadiens, principalement à Toronto et Montréal, et BCP occupe 75 personnes, principalement à Montréal.

Après 38 ans dans le métier, Yves Gougoux a décidé de prendre du recul et de vendre à Publicis Worldwide, filiale de Publicis Group, sa participation de 30% dans Publicis Canada et de 100% dans BCP. Il a cédé la direction de BCP et de Publicis Canada à deux associés de longue date pour ne conserver que le rôle de président du conseil.

Depuis 2005, la loi canadienne a été modifiée et on permet aux agences sous contrôle étranger d'obtenir des mandats gouvernementaux. Voilà pourquoi Publicis Worldwide peut acquérir 100% de BCP et qu'il compte continuer de l'exploiter comme une entité totalement indépendante de Publicis Canada.

La pub québécoise consolidée

Chose certaine, cette transaction vient confirmer le mouvement de consolidation de plusieurs industries québécoises du secteur des services auprès de grands groupes globaux et des agences de publicité en particulier.

Il y a trois ans, la plus importante agence de publicité au Canada, le Groupe Cossette de Québec, était avalée par un fonds d'investissement américain. En juin dernier, c'était au tour de l'agence BOS, l'une des boîtes les plus créatives de l'industrie québécoise, d'être absorbée par le géant nippon Dentsu.

«Cossette a été vendue à une banque d'affaires américaine, ce n'est pas la même chose», précise Yves Gougoux, qui convient que BCP sera moins canadienne qu'elle ne l'était tout en faisant valoir que l'agence montréalaise profitera davantage du savoir-faire de Publicis Worldwide dans le secteur des nouvelles techniques de communication.

Qu'il s'agisse de campagnes sur support numérique ou des nouveaux médias sociaux, BCP va en profiter tout comme elle va profiter de la force du réseau mondial du groupe établi à Paris, estime-t-il.

Jean-Yves Naouri, président-directeur de Publicis Worldwide, abonde dans le sens de son associé Gougoux.

«BCP vient de vivre avec Yves Gougoux le deuxième chapitre de son histoire. Avec Publicis, BCP entame un troisième chapitre où elle va profiter d'un réseau mondial et des choix stratégiques que l'on a faits, notamment notre virage numérique», explique-t-il.

Au total, 35% des revenus de Publicis Worlwide proviennent du marché publicitaire numérique et 25%, des marchés émergents, dont une bonne fraction de ces revenus est générée par des campagnes numériques.

D'ici trois ans, la part des revenus numériques et des marchés émergents occupera plus de 75% du volume d'affaires total du groupe, prévient Jean-Yves Naouri.

«Le virage se passe présentement. Que ce soit sur téléphone intelligent ou sur tablette, ce sont là les nouveaux supports de communication qui vont drainer le plus de recettes publicitaires dans l'avenir immédiat et Publicis est bien positionnée pour desservir ses clients», insiste le PDG du troisième plus grand groupe de communication publicitaire au monde.

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