Pas de Pepto-Bismol pour CGI

(Montréal) En réalisant en août dernier l'acquisition de la société européenne de conseil informatique Logica pour 3,3 milliards de dollars, le Groupe CGI avait joué d'audace. La firme québécoise s'attaquait à une entreprise plus grosse qu'elle, en matière de revenus, de nombre d'employés et de son rayonnement dans une trentaine de pays. Bien qu'elle ait été colossale, cette dernière bouchée ne cause manifestement aucun problème de digestion à la multinationale montréalaise.

CGI a dévoilé hier les résultats financiers de son premier trimestre de 2013, des résultats qui incluent pour la première fois la pleine contribution de Logica. Il ressort clairement que cette énorme acquisition contribue déjà à la bonne santé financière de CGI.

À 2,53 milliards, les revenus du groupe affichent ainsi une hausse de 147,5% par rapport à l'an dernier, son bénéfice d'exploitation progresse de 49,7%, à 209 millions. Les nouveaux contrats totalisent 2,85 milliards et le carnet de commandes de 18,3 milliards est en hausse de 34,8% par rapport à l'an dernier.

Si le bénéfice net de 137,8 millions a été ramené à 22,4 millions, en raison des coûts d'intégration liés à l'acquisition de Logica, CGI reste tout de même bien en ligne sur son objectif de générer de 25 à 30% de bénéfices additionnels sur l'ensemble de l'année grâce à l'apport financier de sa nouvelle tête de pont européenne.

Côté digestion, on peut donc affirmer que CGI se débrouille très bien malgré l'ampleur du morceau à avaler. On se souviendra de l'enfer qu'avait vécu Jean Coutu lors de son acquisition des pharmacies Eckerd aux États-Unis. Là aussi, il s'agissait d'une grosse transaction, mais l'intégration ne s'est jamais réalisée et Jean Coutu a dû céder ses pharmacies Eckerd au groupe Rite Aid. Une indigestion qui a exigé une formidable prescription de Pepto-Bismol aux dirigeants de Jean Coutu.

Cette conjonction de bonnes nouvelles n'a pas échappé aux investisseurs puisque le titre de CGI a fait un bond surprenant de 8,3% hier pour terminer la journée à 26,30$, en hausse de 2,01$.

«C'est normal, relativise Serge Godin, le fondateur et président exécutif du conseil de CGI, rencontré hier matin, en marge de l'assemblée annuelle des actionnaires. Il y a eu un peu d'inquiétude l'été dernier, les gens se demandaient où on s'en allait avec cette grosse transaction. Le titre en a légèrement souffert. Aujourd'hui, ils sont rassurés de constater qu'on livre ce qu'on avait promis.»

Cette inquiétude boursière estivale n'a tout de même pas empêché le titre de CGI de s'apprécier de 33,9% sur le TSX au cours de son dernier exercice financier clos le 30 septembre 2012 et de 42% sur le NYSE.

Pour sa part, Serge Godin affirme ne s'être jamais questionné sur le bien-fondé de la transaction qui a permis à CGI de se hisser au 5e rang mondial des sociétés-conseils en informatique et de devenir un acteur global qui emploie 71 000 personnes dans plus de 40 pays.

Depuis la fondation de CGI, il y a 36 ans, Serge Godin a réalisé pas moins de 75 acquisitions, dont celle de Logica, minimise-t-il, avant de finalement concéder qu'il s'agit d'une énorme transaction qui l'a tenu fortement occupé durant la dernière année.

«L'intégration se déroule très bien. J'ai rencontré les 1049 dirigeants qui forment nos équipes de direction dans les 30 pays d'Europe où on est présent. Ils ont tous suivi la formation CGI de notre Institut de leadership et ils comprennent bien notre culture d'entreprise et notre vision», explique Serge Godin.

L'intégration de cette importante plate-forme européenne a forcé CGI à remodeler totalement la structure de direction de Logica qui a été décentralisée.

Le siège social de Londres a été fermé et toutes les fonctions ont été rapatriées à Montréal. C'est au siège social de Londres que se trouvait le plus grand nombre des 1000 employés qu'a licenciés CGI sur les 42 000 que comptait Logica.

«Logica s'est développée au fil des ans par acquisitions, mais n'a jamais réalisé de véritable intégration. Les gens nous disent qu'ils ont l'impression de retrouver une maison avec CGI», souligne Serge Godin.

Si la direction générale du groupe est centralisée à Montréal, au siège social qui regroupe 400 personnes, CGI a créé six entités de gestion qui assurent la cohésion des activités sur une base territoriale: Canada/États-Unis, Asie-Pacifique/Moyen-Orient, France, Angleterre, centre et est de l'Europe, Nord et Sud de l'Europe/Amérique du Sud.

L'intégration de Logica coûtera 400 millions à CGI (fermeture de bureaux, indemnités de départ, déménagement...), mais la rationalisation qui en résultera devrait permettre de générer des économies annuelles récurrentes de 300 millions.

«On est un acteur global et on est présentent maintenant dans 86% du marché mondial des technologies de l'information», constate sur le ton de la satisfaction Serge Godin.

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Commentaires (3)
    • Pour y avoir travaillé, pour y avoir vu des gens de 55 ans à 3 ans de leur retraite se faire mettre dehors et être remplacé par des Indiens qui coûtaient 4 fois moins cher, si c'est ça un fleuron du Québec, je déménage!
      Plus cheap que CGI, tu meurs...

    • Eh Bien, on peut vraiment dire que CGI est un fleuron du Québec!!!

    • Tres bon article.Informatif et rassurant.

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