Vendre de l'électricité par internet

(Montréal) On le sait et on s'en aperçoit chaque jour davantage, l'internet est devenu incontournable dans la gestion de notre vie quotidienne et de plus en plus omnipotent dans la conduite même de l'activité économique.

Mais qui aurait pu penser que l'internet arriverait un jour à supplanter l'aluminium comme source de revenus pour Hydro-Québec? C'est pourtant ce qui pourrait arriver.

On communique par l'entremise de l'internet, on se divertit, on consomme, on consulte, on épargne, on investit et on s'informe par l'entremise du web. Les journaux papier vont bientôt disparaître pour donner toute la place aux infos sur tablettes numériques.

Ça, on le savait. Mais ce que plusieurs ignorent, c'est que toute cette activité économique qui transite désormais par le filtre de la numérisation commande énormément d'énergie.

La très grande majorité des entreprises de la planète, de la PME à la multinationale, confient la gestion active et l'archivage de leurs données informatiques à des sociétés spécialisées, qu'on appelle des sites d'hébergement.

Ces firmes, qui exploitent de vastes fermes de serveurs informatiques au profit de leurs clients, qui peuvent être situés n'importe où dans le monde, consomment des quantités phénoménales d'électricité.

Elles doivent alimenter des dizaines de milliers de serveurs qui bouffent chacun des quantités importantes d'électricité et elles doivent aussi dépenser des fortunes en énergie pour assurer un environnement climatisé, avec un taux d'humidité stable et sans statique.

La gestion de réseaux de télécommunication, la livraison directe de contenus en ligne, la gestion de données en temps réel, toutes ces activités impliquent des millions de transactions par seconde et forcent la surchauffe des équipements.

Les sociétés d'hébergement de sites ont besoin d'énergie à faible coût et préfèrent s'établir en région nordique pour réduire là encore leurs coûts de climatisation durant les mois d'hiver.

Et ce n'est pas pour rien que des nouveaux acteurs apparaissent dans le décor, dont Cogeco qui exploitait déjà six sites d'hébergement internet et qui a frappé le grand coup en décembre dernier en achetant pour 526 millions la société PEER1 Networks, un acteur canadien qui exploite un réseau de 19 fermes d'hébergement.

Cogeco voit la croissance de ses revenus dans le secteur de la câblodistribution diminuer alors que ceux dans le secteur de la gestion de sites de serveurs augmentent de 20 à 25% par année.

La semaine dernière, la firme française OVH.com a ouvert officiellement un nouveau site d'hébergement à Beauharnois, où elle a déjà 3000 serveurs en exploitation.

La société, qui se présente comme le numéro 1 de l'hébergement internet en Europe, a transformé une partie de l'ancienne usine d'Alcan en site qui pourra accueillir d'ici cinq ans, espère-t-elle, 360 000 serveurs, ce qui en ferait le plus gros parc de serveurs du monde.

«Pour Hydro-Québec, internet est un nouveau moyen de vendre de l'électricité et représente une occasion unique de régler une partie de ses problèmes de surplus», observe Éric Chouinard, PDG d'iWeb, un important hébergeur de sites qui exploite plus de 35 000 serveurs pour le compte de plus de 25 000 clients de 150 pays différents.

L'entrepreneur du web, qui se prépare à ouvrir une cinquième ferme de serveurs dans la région de Montréal et qui est sur le point d'annoncer de nouvelles acquisitions, estime que le Québec a tout à gagner à favoriser l'implantation de ces firmes de nouvelle économie.

«Il y a cinq ans, on aurait pu accueillir Google au Québec, mais le gouvernement estimait que ça ne créait pas assez d'emplois. Au-delà de la création d'emplois, on a des surplus d'électricité à écouler et c'est une belle façon de le faire.

«Et une fois qu'un centre d'hébergement s'installe dans une région à faible coût comme le Québec - où l'électricité est deux fois moins cher qu'ailleurs -, ça peut être tentant d'y adjoindre un centre de recherche.»

Avec la vague de froid intense qu'on subit depuis le début de la semaine, Hydro-Québec ne réduira que de façon infinitésimale la quantité de ses gargantuesques surplus d'électricité. Avec la multiplication des sites d'hébergement, l'internet pourra y contribuer de façon beaucoup plus importante et soutenue.

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Commentaires (14)
    • J'aimerais bien connaître la durabilité des éoliennes à long terme. Après la durée des contrats sur 20 ans signés avec les producteurs, ne pourrait-on pas signé à de meilleurs prix. Les éoliennes seront payées et par le fait même les investissement initiaux comme les chemins d'accès, les transformateurs, les lignes de transport, les fondations, la recherche et le développement de la technologie, les usines de fabrication... On pourrait remplacer les turbines et certaines pièces et utiliser pour un autre 20 ans les tours et toutes les installations déjà construites et finalement profiter d'une énergie beaucoup plus abordable.
      Suis-je complètement dans le champ? Après 20 ans, j'espère qu'on ne va pas tout fermer et retirer toutes les installations. Ce sont des infrastructures qui pourraient servir pour des dizaines d'années, comme les barrages. C'est à ce moment que les investissements initiaux vaudront vraiment la peine.
      J'ai lu sur plusieurs sites que les turbines et les équipements électriques de l'éolienne duraient environ 20 ans, mais le reste?
      La tour, les fondations, les chemins, les lignes de transport, les usines de fabrication? On va pas tout fermer et détruire cela après 20 ans? Il me semble qu'entretenir les infrastructures et remplacer les pièces usées après 20 ans, cela ne devrait pas coûter une fortune. Si on additionne le coût d'entretien durant la période d'activité, on parle de combien en terme de $/kwh sur 50 ans, voir 100 ans?

    • @cyberpresse2008
      Je crois que ces client sont, en partie, la clé du succès pour Hydro et nous, les payeurs de taxes.
      Je m'explique, Hydro possède des surplus durant l'été et est en déficit durant l'hiver. Ces entreprise demandent beaucoup l'été et beaucoup moins l'hiver. Ce qui permet de normaliser la demande en électricité durant toute l'année et vendre notre surplus estival facilement.
      Très bon sujet de discussion, bravo!
      Je travaille à Hydro-Québec mais je possède aussi une entreprise d'hébergement de site Internet, donc, je comprends la situation d'un côté comme de l'autre. :)

    • Peut-être que cette fois-ci mon second paragraphe sera publié.
      Donc, je disais à la suite de mon commentaire à 14h27 le 25 janvier que le coût de l'électricité dépend des moyens pour le produire et que s'il faut se rabattre sur des éoliennes pour compenser l'électricité de ces gros consommateurs le prix moyen de l'électricité augmentera pour l'ensemble des consommateurs. Les éoliennes produisent l'électricité entre 7,5¢/kWh et 12¢/kWh dépendant de quand le contrat a été signé avec Hydro-Québec. Et en période de pointe quand HQ doit s'approvisionner à l'extérieur, comme présentement, les prix peuvent atteindre 20¢/kWh, prix qui est étalé sur le prix moyen dans la facture mensuelle, mais néanmoins HQ doit payer ce prix pour obtenir les kWh qu'il lui manque.
      Donc, plus la part de l'énergie produite vient de moyens très dispendieux comme les éoliennes, moins l'avantage du Québec à ce niveau est réel.

    • @Algoli,
      peut-être n'êtes-vous pas au courant que le projet de OVH.com comporterait à terme 360 0000 serveurs, ce qui équivaut selon vos propres chiffres à 180 MW.

    • L'electricite necessaire pour les serveurs est principalement pour les refroidir. L'hiver par temps froid, ils vont pouvoir ouvrir les panneaux de ventilation et faire le refoidissement pour pas cher...
      L'ete ca sera different cependant mais pas pire qu'ailleurs. La demande d'electricite cependant au sud de la frontiere fait un sommet l'ete avec tout les AC en fonction... Est ce que HQ se tire dans le pied avec un consommateur ayant ce profile de demande en electricite non constant?

    • @dcsavard
      Si un serveur consomme 500w (0.5 kw) et que nous avons 10 000 serveurs (ce qui est une quantité astronomique) cela donne une consommation totale de 0.5 kw * 10 000 = 5 000 kw ou 5 MW. UNE usine d'aluminium peut consommer facilement 150-200 MW. UNE papetiere 100 MW. Il n'y a pas de comparaison.
      La pointe de cette semaine pour HQ était d'environ 39 000 MW. Voyez-vous que le 5 MW de nos 10 000 serveurs ne fait pas une grosse différence

    • Vraiment, pourquoi avez-vous retiré le second paragraphe de mon commentaire?

    • @Algoli,
      pouvez-vous nous expliquer? Ce serait plus constructif et nous serions à même de juger des compétences de l'un et de l'autre.

    • Une des raisons (si ce n'est la principale) invoquée par le français OVH pour son installation côté canada et non côté USA pour attaquer le marché nord américain est : l'absence du patriot act.

    • Quand est-ce qu'on commence ?
      Il nous faudrait du contenu local et des emplois en échange de notre belle électricité. Le mieux serait d'implanter les serveurs en région pour favoriser le développement des réseaux à très haute vitesse vers ces dernières.
      Ça urge!

    • Prétendre que la vague de froid ne fait que toucher de façon infinitésimale les surplus indique le peu de compréhension que vous avez du sujet. Prétendre que la consommation électrique des serveurs (qui sont des PC) va contribuer de façon importante a la diminution des surplus d'HQ démontre, de votre part une incompétence évidente sur le sujet. Peut-être devriez-vous vous en tenir aux sujets économiques...

    • Au contraire de ce que vous dites, la vague de froid ne fait pas que toucher de façon infinitésimale les surplus. En tout cas pas selon cet article de votre journal: http://www.lapresse.ca/actualites/201301/23/01-4614251-la-demande-delectricite-atteint-une-nouvelle-pointe-historique.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers

    • Il fallait aussi souligner qu'en plus d'une énergie bon marché, le Québec offre une énergie propre ; certaines compagnies comme Google notemment sont sensibles à cet argument.
      Ensuite, il falait préciser que le Québec offre aussi à ces complexes de serveurs, un environnement politique stable, la sécurité sysmique du bouclier Canadien et une très faible probabilité de tornades, ou autres calamités naturelles.
      Bref le Québec : meilleur endroit au monde pour implanter un méga parc de serveurs d'ébergement web.

    • finalement on a ca dans le mainstream media , le quebec a des avantages evident pour devienir un leader du datacenter , energie , temperatures , ressources intelectuelles , on manque de rien

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