SNC-Lavalin: une purge et ça presse

Depuis février dernier, le mystère ne cesse de s'épaissir chez SNC-Lavalin. Et l'arrestation hier de l'ex-PDG Pierre Duhaime tend à confirmer que les paiements douteux réalisés par la firme d'ingénierie n'ont pas seulement servi à décrocher des contrats dans le Proche-Orient, mais à obtenir aussi le lucratif mandat de construction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Le mystère ne fait que se confirmer depuis que SNC-Lavalin a découvert l'existence de paiements douteux de 56 millions de dollars dans sa filiale de construction au Proche-Orient, ce qui a forcé la démission du PDG Pierre Duhaime en mars dernier - avec une généreuse indemnité de départ de 5 millions - et l'arrestation un mois plus tard, en Suisse, du vice-président, Riadh Ben Aïssa.

Il y a quelques semaines, La Presse a révélé que l'escouade Marteau aurait aussi découvert l'existence de versements frauduleux totalisant 22 millions qu'aurait faits SNC-Lavalin en vue d'obtenir le contrat de supervision de la construction du CUSM.

La fin de semaine dernière, on a appris que la police suisse enquêtait maintenant sur des paiements douteux totalisant 139 millions qu'aurait réalisés Ben Aïssa alors qu'il était directeur de l'exploitation de SNC-Lavalin pour le Proche-Orient, mais également responsable des activités globales de construction pour l'ensemble du groupe d'ingénierie.

Et hier, coup de théâtre, l'ex-PDG Pierre Duhaime a été arrêté à son domicile par l'Unité permanente anticorruption qui l'accuse de complot pour fraude, fraude et usage de faux pour le contrat du CUSM, comme l'avait dévoilé La Presse il y a deux mois.

Bon, tout le monde en convient, cette séquence d'événements n'a rien pour redorer le blason de ce qui a longtemps été et est encore l'un des fleurons de l'économie québécoise.

Les investisseurs n'ont d'ailleurs pas caché leur mécontentement en sanctionnant encore une fois le titre de SNC-Lavalin hier qui a perdu 2% à la Bourse et qui cumule une décote de 28% depuis le dévoilement de la magouille en février dernier.

Plusieurs se demandent aujourd'hui si SNC-Lavalin va être capable de survivre à ce scandale dont on ne finit jamais de découvrir de nouvelles révélations, plus glauques et plus sombres que les précédentes.

«Il faut que l'on fasse au plus vite la purge de tout ce scandale pour que SNC-Lavalin passe à autre chose. On a toujours pensé que le problème des paiements douteux n'impliquait que quelques personnes au maximum», m'a confié hier Denis Durand, associé principal chez Jarislowsky Fraser, principal actionnaire de la firme d'ingénierie qui détient 14% des actions du groupe.

«On sait qu'il faut payer des intermédiaires pour obtenir des contrats au Proche-Orient. Le montant de 56 millions était plausible, mais quand on parle de 139 millions, ça se complique et 22 millions pour obtenir un contrat au Québec, ça, c'est nettement exagéré», constate le gestionnaire de fonds.

Cela dit, malgré ses avatars et la tourmente, SNC-Lavalin reste une entreprise solide dont le carnet de commandes n'a pas souffert depuis le déclenchement du scandale il y a 10 mois.

Au dernier trimestre, SNC-Lavalin affichait pour 9,9 milliards de commandes en . Le groupe dispose aussi de liquidités de 1,1 milliard, ce qui est un niveau tout à fait confortable.

Jacques Lamarre - qui a travaillé durant 42 ans chez SNC-Lavalin dont 13 à titre de PDG - a été bouleversé hier d'apprendre l'arrestation de Pierre Duhaime, celui qui lui a succédé à la tête du groupe en 2009.

«C'est d'une tristesse incroyable. Pierre Duhaime a été arrêté, mais il y aura un procès et j'espère encore qu'il sera blanchi de ces accusations. Mais chez SNC-Lavalin, ç'a toujours été très clair, il fallait que toutes nos actions soient légales, c'était sans appel», dit-il.

Selon Jacques Lamarre, SNC-Lavalin traverse une crise, mais il n'appréhende aucunement un possible démantèlement du groupe comme certains laissent présager.

«On a déjà traversé des crises, celle de Bre-X par exemple, et on en est sorti. SNC-Lavalin a un nouveau PDG, extrêmement compétent qui va assurer son leadership», prévoit-il.

S'il y a eu malversation, c'est le fait de quelques individus, est convaincu Jacques Lamarre, qui rappelle que c'est la direction de SNC-Lavalin qui a demandé à la police d'enquêter sur ce qu'elle considérait des paiements douteux, en février dernier.

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