Bombardier dans la niche des milliardaires

Bombardier et sa famille de jets d'affaires continuent d'accumuler à la vitesse grand V les aéropoints dans le lucratif marché de niche des multimillionnaires.

Après avoir décroché au début de l'été une commande qui pourrait totaliser jusqu'à 275 jets Challenger de la société NetJets de Warren Buffett, le groupe montréalais vient de décrocher ce qui pourrait devenir la plus importante commande de son histoire.

Le nombre de milliardaires a augmenté de 4% dans le monde l'an dernier alors qu'on en a recensé quelques 1226 dans 58 pays, dont 425 seulement aux États-Unis.

Si on peut présumer que ces quelques hyperprivilégiés ont tous leur jet privé, beaucoup de multimillionnaires qui rêvent de se joindre à ce groupe sélect, ou des dirigeants d'entreprise multinationale qui doivent fréquemment se déplacer, ont de plus en plus recours à la location ou à l'achat partagé de ces jouets qui valent des dizaines de millions de dollars.

C'est pourquoi la société européenne VistaJet, qui fait de la location de jets d'affaires - uniquement des appareils Bombardier -, a décidé d'acquérir jusqu'à 142 jets Global 5000, 6000 et 8000.

La commande ferme, d'une valeur de 3,1 milliards, touche 56 jets et elle est assortie d'une option sur 86 appareils qui portera à 7,8 milliards la valeur de la commande totale.

En juin, NetJets, qui exploite aux États-Unis un parc de jets d'affaires en mode de temps partagé, a passé une commande en vue de la livraison de 100 appareils Challenger, assortie d'une option sur 175 appareils de plus pour un grand total de 7,1 milliards.

Les commandes de ces deux seuls clients pourraient donc rapporter pas moins de 15 milliards de dollars à Bombardier au cours des prochaines années, ce qui donne une idée de l'importance de ce segment d'affaires pour la multinationale québécoise.

Au cours des trois premiers trimestres de 2012, Bombardier a ainsi engrangé 219 nouvelles commandes fermes de jets d'affaires, ce qui ne tient pas compte de la nouvelle commande de 56 appareils annoncée hier.

En comparaison, Bombardier a seulement obtenu 78 nouvelles commandes d'avions commerciaux, toutes marques confondues, dans un segment de marché beaucoup plus touché par le ralentissement économique alors que les transporteurs aériens tardent à annoncer le renouvellement de leur flotte d'appareils.

Dans le secteur des jets d'affaires, la domination de Bombardier se précise. L'an dernier, Bombardier a réalisé 32% de toutes les livraisons de l'industrie et a enregistré 38% des revenus générés à l'échelle mondiale.

Depuis le début de l'année, Bombardier a annoncé 45% de toutes les commandes de jets d'affaires, laissant loin derrière ses concurrents Dassault, Cessna, Embraer ou Gulfstream.

Ses marques Learjet, Challenger et Global sont toutes très fortes dans leur marché respectif et Bombardier a le souci de toujours développer ses marques.

Learjet va proposer sous peu deux nouveaux modèles, tandis que la famille Global va accueillir deux nouvelles versions le 7000 et le 8000 qui offriront toutes deux des cabines plus spacieuses et une autonomie de vol de 14 600 kilomètres pour le Global 8000, ce qui en fera un appareil unique au monde capable de relier Toronto à Mumbai.

La bonne tenue de Bombardier dans le secteur des jets d'affaires a fait son effet hier sur les marchés. Le titre de Bombardier s'est apprécié de 8% durant la journée pour clôturer à 3,37$.

Il faudra toutefois plusieurs poussées boursières équivalentes pour permettre à l'action de Bombardier de retrouver seulement son niveau de février dernier lorsqu'elle s'échangeait à 4,93$.

Plusieurs raisons expliquent ce recul de 30%. De trimestre en trimestre, la rentabilité du groupe n'arrive pas à s'améliorer de façon significative.

Plusieurs analystes sont par ailleurs inquiets des dépassements de coûts que pourrait entraîner le report de six mois du premier vol de la Cseries. L'avionneur affirme de son côté que le délai de six mois n'aura pas d'incidence sur la facture totale du projet.

L'avenir nous le dira, mais on ne peut pas encore blâmer Bombardier d'avoir retardé de six mois le premier vol de son nouvel avion. Le lancement d'une nouvelle génération d'avions est une opération complexe qui implique beaucoup de partenaires externes. Il est normal que l'arrimage de toutes les composantes fabriquées aux quatre coins du monde soit plus difficile que prévu.

Mais Bombardier est loin des délais qu'ont fait subir Airbus et Boeing à leurs clients avec le lancement de l'A380 et du Boeing 787, deux ans et demi dans le premier cas et près de trois ans et demi et 32 milliards de coûts excédentaires pour le second. On peut souhaiter que Bombardier a appris des erreurs de ses futurs concurrents.

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