Le douloureux divorce Rona-Dutton

Le total engagement et la foi inébranlable que vouait Robert Dutton à Rona - l'entreprise pour laquelle il travaillait depuis 35 ans, dont les 20 dernières à titre de président - ne suffisaient plus. Dans la foulée du dévoilement des derniers résultats trimestriels qui ont encore suscité la déception, le conseil d'administration de la chaîne de quincailleries a décidé de donner un sérieux coup de barre et de demander la démission de son PDG.

La nouvelle du départ de Robert Dutton suscite des sentiments partagés. On est d'abord surpris que l'un des plus passionnés développeurs québécois quitte l'entreprise à laquelle il s'est totalement consacré depuis 35 ans, mais après réflexion on comprend vite que le difficile retour à la rentabilité du groupe québécois commandait un geste d'éclat du conseil d'administration.

Aussi dévoué qu'il ait toujours pu être, Robert Dutton a été en quelque sorte victime de la dernière récession. Depuis cinq ans, il n'arrivait plus à restaurer la rentabilité historique du groupe. Mercredi, Rona a encore vu ses profits chuter de 47,8 millions à 33 millions de dollars.

Dominique Boies, le chef de la direction financière de Rona, occupera de façon intérimaire le poste de PDG d'ici à ce qu'une firme de chasseur de têtes déniche le remplaçant permanent de Robert Dutton.

L'annonce du départ de Robert Dutton a créé un choc au sein du groupe Rona, où les 30 000 employés vouaient une grande estime à ce patron attentionné et motivateur. Des marchands Rona nous ont dit que le départ de Robert Dutton était le pire des scénarios.

Au siège social, le groupe des communications n'a pas envoyé de note aux employés. On voulait que l'annonce se fasse de vive voix, selon la méthode Dutton. Le PDG intérimaire Dominique Boies et le président du conseil Robert Paré ont rencontré les employés durant la journée.

Les investisseurs ont pour leur part très bien accueilli le départ de Robert Dutton. Le prix de l'action de Rona s'est apprécié de 8,2% alors que plusieurs observateurs sont d'avis que le groupe américain Lowe's pourrait revenir avec une nouvelle offre en vue d'acquérir Rona.

Selon une source, le conseil d'administration de Rona aurait même depuis mercredi une offre en bonne et due forme de Lowe's qui se chiffrerait à 15$ l'action.

Le conseil aurait été favorable à la présentation de cette  proposition aux actionnaires et Robert Dutton s'y serait fermement opposé, ce qui l'a forcé à démissionner. Nous n'avons pu faire confirmer cette information mais si elle s'avérait, on aura les détails la semaine prochaine.

Chose certaine, Rona aura de la difficulté à recruter un PDG aussi impliqué que l'a été Robert Dutton.

Rona était un peu le sacerdoce de Robert Dutton, et le gigantesque entrepôt qu'il a fait construire à Boucherville - le plus gros entrepôt au Canada - était en quelque sorte sa cathédrale où il a même établi le siège social du groupe de quincailleries.

Fils d'un quincailler Rona, Robert Dutton a joint l'entreprise à 22 ans. Il a occupé différents postes au siège social avant de devenir à 28 ans seulement, vice-président marketing et développement.

En 1992, il devient président et chef de la direction d'un groupe de 500 magasins associés qui réalise des ventes de 450 millions. Et 20 ans plus tard, le groupe compte 800 magasins et génère des ventes annuelles de 4,8 milliards de dollars.

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