L'homme qui a pris New York en otage

(Montréal) Il faut lui donner cela: Jean Paschini a fait preuve d'un courage certain en refusant de livrer l'antenne d'acier de 450 pieds que son entreprise a fabriquée pour parachever la Tour 1 du World Trade Center de New York.

Tant qu'on ne lui aurait pas payé son dû, il aurait conservé le nouveau symbole de l'Amérique dans la cour de son usine de Terrebonne. Point à la ligne.

Il a eu du front, diront certains, des couilles, affirmeront d'autres. Il a mis sa réputation et celle de son entreprise en jeu, prétendront toutefois quelques-uns.

Jean Paschini, le président de Groupe ADF, un fabricant de superstructures en acier complexes, est le premier à l'admettre, il a joué d'audace, certes, mais c'est parce qu'il n'en avait pas le choix.

«Ce n'est pas la bonne méthode à prendre, mais en fin de compte, tu veux être payé pour le travail que tu as accompli et eux, ils refusaient de me payer», m'explique cet entrepreneur déterminé, au lendemain de la conclusion d'une entente avec les promoteurs du nouveau World Trade Center.

La livraison des composantes d'acier de l'antenne débutera le mois prochain et le Groupe ADF va récupérer les 25 millions que les promoteurs américains lui devaient pour la réalisation de la structure d'acier de la tour de 105 étages de la Freedom Tower.

«Je savais que je jouais gros de garder en otage le nouveau symbole des États-Unis, mais c'est un geste qui ne s'est pas fait sur un coup de tête. Ça fait plus de huit mois qu'on demandait à se faire payer pour les sommes dues en arrérages et pour les changements aux plans de la tour de 105 étages.

«Je me suis rendu plusieurs fois à New York au printemps ou j'ai sauté les plombs sans résultats. Je me suis dit à l'époque, je me garde l'antenne comme monnaie d'échange de dernier recours», raconte Jean Paschini.

Il y a deux semaines, les promoteurs ont intenté une poursuite contre ADF et le jour même, ils amorçaient des négociations qui ont duré dix jours au terme desquels Groupe ADF a récupéré tout ce qu'on lui devait.

«Vingt-cinq millions, c'est une grosse somme d'argent. Si j'avais livré l'antenne comme convenu, ils m'auraient dit: si tu veux être payé, poursuis-nous. Ça aurait pris 10 ans et ça m'aurait coûté une fortune en frais d'avocats. Plus jamais je ne ferai ça», précise le PDG d'ADF.

Il faut dire que Jean Paschini avait été passablement échaudé. En 2002, la construction du stade de football recouvert de Detroit pour la célèbre et richissime famille Ford avait nécessité pas moins de 22 000 changements aux plans initiaux, impliquant des dépassements de coûts de 100 millions.

«J'ai eu une entente avec le PDG, on s'est serré la main. Mais quand j'ai voulu être payé, il m'a dit: poursuis-nous. On a perdu 100 millions, le Groupe ADF a failli mourir à cause de ce contrat-là. Plus jamais je ne me ferai reprendre dans une pareille arnaque.

«Le projet du World Trade Center accuse des dépassements de coûts de 1 milliard et ses promoteurs voulaient se reprendre sur ADF. Il n'en était pas question», martèle-t-il.

«Ils me faisaient des menaces en me disant que j'allais finir en prison. Mais on avait raison sur toute la ligne, comme en fait foi le règlement qu'on a obtenu», souligne Jean Paschini.

Les journaux de New York n'ont pas été tendres à l'endroit de Jean Paschini et du Groupe ADF, le Post et le Daily News n'ont pas hésité à le traiter de «bum».

Ce dernier ne croit toutefois pas qu'il a entaché la réputation du Groupe ADF sur le marché américain. Au contraire, ADF a reçu des milliers de courriel de soutien et d'approbation pour sa démarche radicale.

«Les gens du milieu nous connaissent. On est à peu près les seuls à pouvoir réaliser des pièces de structures d'acier complexes. Ils vont continuer de nous appeler», anticipe le PDG.

Jean Paschini ne se contente plus jamais d'une poignée de main pour sceller l'issue d'un contrat. Il n'accepte plus que les chèques dûment signés.

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