La filière financière de Montréal

Montréal ne redeviendra jamais la capitale financière canadienne qu'elle a déjà été. Mais au-delà du lustre perdu tout au long du siècle dernier au profit de Toronto, l'industrie financière demeure une activité économique importante pour Montréal et pour l'ensemble du Québec puisqu'elle représente 5,8% de son PIB, soit plus que toute l'activité du secteur des ressources naturelles.

Si la prépondérance de Toronto comme principale place financière au pays ne fait plus aucun doute aujourd'hui, on en est venu à oublier que Montréal joue encore et toujours un rôle de premier plan dans ce secteur économique névralgique.

Un rôle que l'on reconnaît de plus en plus à l'échelle internationale comme en témoigne le dernier rapport du Global Financial Centres Index 2012, dont La Presse Affaires a fait état la semaine dernière.

Selon ce classement réalisé par les firmes londoniennes Z/Yen et Long Finance, Montréal se classe au 17e rang mondial des centres financiers internationaux.

«Si on avait seulement utilisé les facteurs objectifs, Montréal se serait classé au 10e rang mondial, tout juste derrière Toronto, qui arrive au 8e rang. Ce sont les facteurs perceptuels qui jouent contre nous et c'est là-dessus que l'on travaille», observe Jacques Girard, président du conseil du Centre financier international de Montréal.

En cinq ans, sur la base des seuls facteurs objectifs, Montréal est passé du 30e rang, au 26e, au 21e, au 17e et enfin, au 10e rang mondial. La métropole québécoise s'illustre principalement dans les activités de «back et middle office», soit les services professionnels de la finance.

Jean Houde préside depuis 18 mois maintenant Finance Montréal, la grappe financière du Québec. L'organisme réunissant à peu près toutes les grandes institutions québécoises du secteur financier a mis en marche quatre grands chantiers pour optimiser les forces qu'on a identifiées au sein de l'industrie québécoise.

On parle ici de gestion de retraite, de produits dérivés, de services technologiques liés à la finance et d'expertise financière en gestion d'infrastructures.

«Montréal abrite la Caisse de dépôt, qui a une expertise unique en gestion de retraite. Mais il y aussi quelque 200 caisses de retraite qui sont administrées à Montréal, dont celle d'Hydro-Québec», précise Jean Houde.

Leader en produits dérivés

Cette concentration professionnelle et technique doit donc servir Montréal dans son positionnement à l'international. Pour ce qui est des produits dérivés, on sait que la Bourse de Montréal a développé un savoir-faire qui lui est particulier et qui a même fait l'envie de la Bourse de Londres.

Pour capitaliser sur cette force, HEC Montréal a mis sur pied, de concert avec Finance Montréal et la Bourse de Montréal, l'Institut de la finance structurée et des Instruments dérivés, qui a pour mission de consolider la place de Montréal comme leader mondial des produits dérivés.

Jean Houde et la trentaine de gouverneurs de Finance Montréal rêvent également de développer un noyau de firmes de services technologiques en finance, qui pourrait être aussi porteur pour la région qu'est devenue l'industrie des jeux vidéos.

«On a des développeurs de logiciels, que ce soit CGI ou d'autres, pouvant mettre au point des instruments de gestion de caisse de retraite qui pourraient s'exporter et contribuer au rayonnement international de Montréal», estime le président du conseil de Finance Montréal.

Enfin, tous les grands pays industrialisés sont confrontés à réaliser de vastes programmes de modernisation de leurs infrastructures. Le Québec a développé depuis cinq ans plusieurs modèles de financement mixte et de partenariats public-privé qui pourraient s'exporter et même être gérés à partir d'ici.

La grappe financière du Québec et le Centre financier international de Montréal conviennent toutefois qu'ils doivent en faire davantage pour faire connaître les atouts de Montréal.

C'est dans cette optique, que Monique Leroux, présidente du Mouvement Desjardins, rencontrera la semaine prochaine à Paris quelque 200 acteurs du monde financier, et que Michael Sabia, PDG de la Caisse de dépôt, fera pareil à Londres le mois prochain.

«Il faut orchestrer le déploiement de Montréal à l'international. Depuis 25 ans, 118 centres financiers internationaux se sont établis à Montréal. Il en faut d'autres, et un gros projet d'implantation sera d'ailleurs dévoilé prochainement», prévient Jacques Girard, du CFI.

Le secteur financier emploie 150 000 personnes au Québec et représente 5,8% du PIB de la province. À Montréal, quelque 3000 entreprises financières mobilisent plus de 100 000 personnes au sein de la filière financière. On parle ici d'employés d'institutions financières, d'intermédiaires financiers, de gestionnaires de fonds ou de régimes de retraite. Une grappe riche en raisins de toutes sortes.

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