Le branle-bas économique de Pauline Marois

Malgré son statut de chef d'un gouvernement minoritaire, Pauline Marois a décidé de jouer d'audace et de mettre en oeuvre le programme économique du PQ. Témérité et réalisme ne font pas toujours bon ménage et on verra bien vite si l'équipe économique du gouvernement péquiste pourra livrer ce que Mme Marois lui a demandé.

Révision du mandat de la Caisse de dépôt, création de la Banque de développement économique du Québec, hausse d'impôt pour les contribuables à revenu élevé, hausse des redevances pour les sociétés minières: tous ces engagements électoraux doivent maintenant se transformer en mesures concrètes.

Quand on sait que la durée de vie moyenne d'un gouvernement minoritaire est de 18 mois, on se demande bien où la nouvelle équipe économique du gouvernement de Pauline Marois va trouver le temps nécessaire pour réaliser ce plan de match pour le moins ambitieux.

Les ministres à vocation économique qu'a nommés hier Mme Marois en auront plein les bras, d'autant plus qu'ils devront aussi composer avec d'importants changements de structures au sein de leur propre ministère.

Car si le Québec s'est engagé depuis quatre ans dans de vastes travaux de modernisation de ses infrastructures, le PQ vient de se lancer dans un immense chantier de réfection des structures gouvernementales.

À peu près tous les ministères ont changé de nom et plusieurs nouveaux amalgames sont nés de cette restructuration.

Les ministères économiques ont donc été aussi passablement chambardés. Comme prévu, Nicolas Marceau devient ministre des Finances et de l'Économie, mais on lui a ajouté le titre et le rôle de président du Comité ministériel de la prospérité et du développement régional.

Avec la création de ce comité, on a voulu redonner au ministre des Finances le rôle de coordonnateur de toute l'activité économique québécoise, qui doit voir plus large que le simple cadre budgétaire.

On présume que ce sera donc Nicolas Marceau qui pilotera la création d'un fonds d'investissement stratégique de 10 milliards à la Caisse de dépôt en vue de soutenir les entreprises québécoises qui seraient menacées de se faire absorber par des concurrents étrangers.

Le développement économique et les agences gouvernementales qui s'y rattachent comme Investissement Québec vont aussi relever de Nicolas Marceau.

Élaine Zakaïb, ex-présidente des Fonds régionaux du Fonds de solidarité FTQ, une avocate d'affaires que l'on dit très compétente et dynamique, devient ainsi ministre déléguée à la Politique industrielle et à la Banque de développement économique du Québec.

Si Mme Zakaïb relève de Nicolas Marceau, elle n'aura pas beaucoup de temps pour fréquenter son collègue puisqu'elle aura la mission de mettre sur pied la Banque de développement économique du Québec, sorte de super Investissement Québec qui aura le rôle additionnel de donner aux PME québécoises davantage accès à du capital patient.

Le but ultime de la Banque de développement économique du Québec sera de rapatrier les enveloppes budgétaires de tous les programmes fédéraux de développement économique régional pour les gérer elle-même.

Petite incohérence, à l'heure où de plus en plus de nos entreprises de toutes tailles cherchent à percer les marchés étrangers, on a décidé de sortir le commerce extérieur du ministère du Développement économique.

C'est le ministre des Affaires internationales, Jean-François Lisée, qui sera aussi responsable du Commerce extérieur. On veut créer un guichet unique avec la Banque de développement économique du Québec, mais on va demander à nos entreprises de faire affaire avec des fonctionnaires de deux ministères différents dans leur quête de débouchés internationaux.

À titre de président du Comité sur la prospérité, Nicolas Marceau sera aussi responsable de la création du nouveau régime de redevances minières que promet depuis longtemps le Parti québécois.

Essentiellement, le PQ veut instaurer une redevance minimale de 5% sur l'ensemble de la production des mines québécoises et non pas seulement sur les profits que la société minière déclare. Le PQ veut aussi créer une taxe additionnelle de 30% sur les surprofits que réalisera une entreprise minière.

C'est Martine Ouellet, ex-chef des projets spéciaux chez Hydro-Québec Production et titulaire d'un MBA, qui aura à faire appliquer ce nouveau programme de redevances, à titre de ministre des Ressources naturelles.

Comme on le constate, le menu est chargé et plusieurs des réformes proposées ne font pas nécessairement l'unanimité. On pense notamment à la création du fonds stratégique de 10 milliards de la Caisse de dépôt qui va sûrement faire l'objet d'un débat animé sur le rôle de l'État dans l'économie et le commerce des valeurs mobilières.

---------------

TABLEAU DE BORD FINANCIER DU GOUVERNEMENT MAROIS

DÉFIS BUDGÉTAIRES

Déficit prévu pour l'exercice courant 2012-2013

1,5 milliard

Déficit accru au cours des deux premiers mois

320 millions

Dépenses accrues au cours des deux premiers mois

800 millions

Baisse des revenus d'impôt des entreprises

- 24%

Trou budgétaire anticipé après 2015

800 millions par an

Dette brute du gouvernement

183 milliards (55% du PIB)

PROGRAMME DU PARTI QUÉBÉCOIS

Estimation des coûts des propositions

2,38 milliards par an

Estimation des revenus accrus de ces propositions

1,39 milliard par an

Hausse des dépenses

2,4% par an (2,5% actuel)

Hausse d'impôt des revenus de plus de 130 000$

610 millions par an

Hausse du taux d'imposition des gains en capital

De 50% à 75%

Réduction de moitié du crédit d'impôt pour dividendes

Hausse des redevances minières

388 millions par an

Annulation de la hausse de tarif d'électricité

1 cent du kW/h d'ici cinq ans (bloc patrimonial)

Transfert du Fonds des générations à la réduction de la dette

5 milliards

Sources: ministère des Finances du Québec, Parti québécois, archives La Presse

Partager

La Presse Affaires vous suggère

publicité

publicité

publicité

publicité

publicité

image title
Fermer