Le très probable ministre des Finances du Québec

(Montréal) Durant la campagne électorale, il a été de tous les débats économiques et c'est lui qui a présenté le cadre financier tant attendu du parti de Pauline Marois. Bien qu'il soit le candidat incontournable au poste prestigieux de ministre des Finances, l'économiste et universitaire Nicolas Marceau reste quelqu'un de totalement méconnu du grand public.

«C'est peut-être parce que je suis quelqu'un de contenu plutôt que de contenant», avance en toute humilité celui que j'ai rencontré mardi - en plein jour de vote - dans sa circonscription de Rousseau où il faisait la tournée des bureaux de scrutin des 12 municipalités de cette circonscription la plus populeuse du Québec.

Souriant, détendu malgré le stress qui culmine en ce jour ultime d'une longue campagne électorale, Nicolas Marceau raconte d'où il vient, où il veut aller et comment il compte faire pour y arriver.

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Nicolas Marceau pourrait bien devenir le prochain ministre des Finances du Québec.

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Âgé de 48 ans, père de quatre filles, Nicolas Marceau est né à Montréal, mais a grandi à LeMoyne avec sa mère et sa soeur. Après avoir obtenu un baccalauréat et une maîtrise en économie à l'Université de Montréal, il s'exile en Ontario pour faire un doctorat en économie publique à l'Université Queen's.

Il a enseigné quatre ans à l'Université Laval avant de revenir à Montréal où il se joint en 1996 au département des sciences économiques de l'UQUAM à titre de professeur, mais surtout de chercheur.

De 2003 à 2009, il a dirigé les 40 chercheurs du Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l'emploi (CIRPÉE), jusqu'au moment où Pauline Marois lui a demandé de se joindre au Parti québécois et de se présenter à l'élection partielle de Rousseau pour y remplacer le député démissionnaire François Legault.

«J'étais très heureux à l'université où j'étais davantage chercheur que professeur. Plus de 80% de mon temps était consacré à des activités de recherche dans le domaine des finances publiques, à réévaluer le rôle des gouvernements dans l'économie», explique Nicolas Marceau.

La Commission de la fiscalité

Cette expertise lui a d'ailleurs valu de participer à la rédaction de l'un des fascicules de la Commission sur la fiscalité en 1996. En 2001, le gouvernement lui demande de tenir un rôle de premier plan dans les travaux de la Commission sur le déséquilibre fiscal, la commission Séguin.

«On a travaillé fort durant plus d'un an. Ça m'a permis de bien comprendre l'interface entre la fiscalité et la politique. Mme Marois était ministre des Finances à l'époque et c'est là qu'elle m'a connu», relate l'économiste.

Nicolas Marceau affirme n'être le disciple d'aucune école économique particulière et surtout ne pas avoir une vision dogmatique de l'économie ou de l'État. S'il dit n'entretenir aucun dogme, il avoue cependant être fermement opposé à l'idée des déficits budgétaires.

«Un déficit, ce n'est pas normal. Il faut que ce soit exceptionnel. Surtout au Québec où nos finances publiques se sont passablement détériorées au cours des trois dernières décennies.»

«Le dernier gouvernement nous a endettés de 28 milliards au cours de la seule dernière année. C'est beau les infrastructures, mais une entreprise qui dépenserait sans compter pour acheter de nouveaux équipements ou de nouvelles machines se ferait rappeler à l'ordre par son conseil d'administration.»

«Là, on a tout fait faire en même temps. Cela a créé une trop forte mobilisation qui a fait exploser les prix. Et c'est sans compter les surcoûts de 20% ou de 30% liés à la collusion et la corruption. Nous, on va réduire les coûts d'infrastructures en fonction de nos moyens de payer et en les gérant mieux», prévient-il.

Amateur de musique - il est guitariste et a été membre d'un groupe rock de garage de 2000 à 2009 - Nicolas Marceau est aussi un grand lecteur et s'est mis récemment à la relecture d'À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust.

Why Nations Fail

Il a été emballé cet été par le best-seller Why Nations Fail de James Robinson et Daron Acemoglu - à qui il prédit un prix Nobel d'économie.

Si Nicolas Marceau était si bien dans sa carrière universitaire, pourquoi a-t-il décidé de faire le saut en politique?

«Pour la souveraineté. Il y a une statistique, une seule, qui me fascine. Sur 235 pays dans le monde, un Québec souverain se classerait au 27e rang pour la valeur de son produit national brut par habitant.»

«On a une richesse incroyable au Québec et moi, mon rôle est de faire en sorte que l'on ait des finances saines et que les Québécois soient fiers de leur État», insiste le très probable prochain ministre des Finances du Québec.

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