Rona part en guerre

(Montréal) Depuis le temps que la rumeur courait, personne n'a été surpris mardi d'apprendre que le groupe américain Lowe's s'intéressait à Rona au point de lui avoir proposé d'acquérir toutes ses actions en circulation, dans une transaction que Lowe's souhaitait amicale.

Une proposition qui a été déclinée par le conseil d'administration de Rona et un refus qui marque le début certain d'une guerre entre les deux groupes.

Cela fait plusieurs années que le géant américain de la quincaillerie cherche à s'implanter dans le marché canadien. Lowe's exploite aujourd'hui 31 magasins à grande surface au Canada alors qu'il en compte plus de 1700 aux États-Unis.

L'expansion de Lowes au Canada est considérablement limitée par le fait qu'il ne se construit plus de centres commerciaux de type power center au pays. Il s'agit d'un concept désuet.

Si Lowe's veut établir une opération conséquente en sol canadien, elle doit donc le faire par acquisition et Rona était la cible toute désignée: le prix de son action était bon marché, le groupe n'a pas d'actionnaire de contrôle et Lowe's se retrouverait avec 80 magasins entrepôts au Québec et en Ontario pour y concurrencer Home Depot.

La rumeur court donc depuis longtemps et même la haute direction de Lowe's a récemment fait savoir que Rona l'intéressait grandement.

Le problème, c'est que Rona a clairement fait savoir, à maintes occasions, qu'elle n'était pas à vendre. Malgré un contexte difficile, le groupe québécois veut poursuivre la stratégie mise en place l'an dernier pour retrouver sa profitabilité d'antant.

La dernière assemblée annuelle de Rona, en mai, avait d'ailleurs été le lieu où le groupe avait réaffirmé sa volonté de poursuivre son développement et son rayonnement au Québec et dans le reste du Canada.

Tour à tour, le président du conseil Jean Gaulin et le PDG Robert Dutton avaient prononcé de vibrants plaidoyers voulant que Rona ne serait jamais à vendre, ni en partie ni en totalité. Plusieurs marchands affiliés avaient uni leur voix pour faire le même discours.

En entrevue, le lendemain de l'assemblée annuelle, Robert Dutton était allé plus loin en me confiant que, selon lui, jamais le groupe Lowe's n'allait lancer d'OPA (offre publique d'achat) pour son groupe pour plusieurs raisons.

La première étant que Lowe's n'exploite que des magasins entrepôts et ne souhaiterait pas intégrer les 700 quincailleries de Rona qui ne sont pas des mégamagasins. Plusieurs des 350 marchands affiliés du groupe au Canada pourraient aussi décider de quitter Rona en cas de vente à Lowe's.

«Mais la vraie raison pour laquelle il n'y aura pas d'OPA, c'est que les activités de Rona sont syndiquées au Québec. Et ça, les Américains n'acceptent pas ça et je dis merci aux syndicats», avait relevé Robert Dutton.

Visiblement, les gestionnaires de Lowe's n'avaient pas la même lecture de la réalité que celle de Robert Dutton. Ils ont décidé de faire une offre sur l'ensemble des actifs du groupe et s'engagent à maintenir les emplois, le siège social et les fournisseurs québécois et canadiens chez qui Rona réalise 85% de ses approvisionnements.

«C'est 3,4 milliards d'achats canadiens [1,9 milliard au Québec] qu'on réalise chaque année alors que Lowe's et Home Depot font 80% de leurs achats aux États-Unis. Ils n'achètent pas leur peinture chez Sico ou leurs clous chez Deschênes et fils. Nous on le fait», m'avait dit sur un ton tranchant le PDG de Rona.

Malgré les beaux engagements contenus dans l'offre de Lowe's, tous savent qu'une fois la transaction conclue, plus rien ne tiendra. Lowe's affirme même que Rona a la chance de se joindre à un groupe qui bénéficie d'un réseau d'approvisionnement unique au monde. Adieu fournisseurs québécois.

Ce n'est qu'hier que le conseil d'administration de Rona a décidé d'informer ses actionnaires qu'il avait reçu en date du 8 juillet une proposition d'acquisition de toutes ses actions au prix unitaire de 14,50$ pour une considération totale de 1,8 milliard. Une proposition qui a été rejetée par le conseil.

Il faut maintenant attendre la version hostile de la nouvelle offre que présentera Lowe's directement aux actionnaires de Rona. La guerre ne fait que commencer, mais elle suscite déjà des montées au créneau surprenantes, dont celle de la Caisse de dépôt qui a acquis hier 2,4 millions d'actions à 14,16$ pièce pour hausser à 14% son poids déjà prépondérant dans l'actionnariat de l'entreprise.

Cet appui manifeste de la Caisse à Rona pourra se transformer en joli profit si jamais Lowe's arrive avec des arguments et le numéraire suffisants pour convaincre les actionnaires de Rona d'adhérer à leur offre. Le meilleur reste à venir...

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