Une trêve olympique précaire

(Montréal) Depuis le début des Jeux olympiques de Londres, les marchés boursiers européens évoluent dans la plus insouciante des allégresses et semblent totalement immunisés contre l'avalanche de mauvaises nouvelles économiques qui continuent pourtant de s'abattre sur l'Europe.

Assiste-t-on à une réactualisation de la trêve olympique qui pacifie maintenant les marchés belliqueux plutôt que les nations ennemies?

Si tel avait été le cas, on aurait pu dire que la trêve olympique fonctionne très bien et qu'elle a été à ce jour scrupuleusement observée par les opérateurs de marchés et autres traders européens.

Mais, on le sait tous, depuis jeudi dernier - soit depuis la veille de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Londres -, les marchés boursiers européens n'ont cessé de cumuler les gains à bonne cadence parce qu'ils ont profité au maximum de ce qu'on appelle l'effet Draghi.

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a prononcé un discours important jeudi à Londres, un discours qui se voulait un puissant plaidoyer en faveur de l'Europe et surtout de son intégrité économique et monétaire.

«En respectant son mandat, la BCE est prête à prendre toutes les mesures pour préserver l'euro, et croyez-moi, ce sera suffisant», a déclaré Mario Draghi, laissant implicitement entendre que la Banque centrale pourrait reprendre ses achats de dette de pays en difficulté, notamment auprès de l'Espagne et de l'Italie.

Jeudi dernier, tous les indices boursiers européens ont été fouettés par cette déclaration du président de la Banque centrale européenne et ont terminé en forte hausse, l'indice de la Bourse de Madrid s'appréciant de plus de 6%, celui de Milan de plus de 5%, tandis que le CAC de Paris a gagné 4%.

Sans être aussi volubiles que la veille, une majorité de Bourses européennes a poursuivi à cumuler des gains vendredi et hier, elles ont toutes terminé en hausse.

L'effet Draghi perdure donc en Europe, mais cette longévité a de quoi surprendre étant donné que les principales nouvelles économiques d'hier n'avaient rien pour rassurer les investisseurs et elles auraient normalement dû provoquer une forte chute des indices boursiers.

L'Espagne s'enfonce, la confiance s'érode

On a ainsi appris que la récession a frappé l'Espagne avec plus de virulence au second trimestre. Après s'être contracté de 0,3% durant les trois premiers mois de l'année, le produit intérieur brut (PIB) espagnol a reculé de 0,4% durant le second trimestre par rapport au trimestre précédent.

Le gouvernement espagnol prévoit maintenant un recul de 1,5% de l'activité économique pour l'année 2012 et de 0,5% pour 2013. Le retour à la croissance économique n'est donc pas prévu avant 2014. Le taux de chômage a atteint 24,63% (53% chez les jeunes de 15-24 ans), un taux jamais vu depuis la mort du dictateur Franco en 1976.

On a aussi appris hier que l'indice de confiance des chefs d'entreprise et des consommateurs européens avait reculé de deux points en juillet pour atteindre la marque des 87,9 points.

Cet indicateur économique calculé par la Commission européenne est à son plus bas niveau des trois dernières années, soit depuis la récession de 2009. Les industriels et les consommateurs sont les plus pessimistes et confirment ainsi ce que l'on observe en Espagne: une baisse marquée de la demande intérieure.

Mercredi dernier - avant la déclaration miraculeuse de Mario Draghi -, c'est la Grande-Bretagne qui avait ajouté à l'incertitude générale entourant l'avenir économique de l'Europe lorsque le pays hôte des Jeux olympiques a dévoilé que son PIB avait reculé de 0,7% au second trimestre par rapport au premier trimestre, qui avait été lui-même marqué par un repli de 0,3%.

Les économistes anticipaient un recul de 0,2% de l'activité économique au Royaume-Uni au second trimestre alors qu'on était toujours en pleins préparatifs des Jeux.

Même si les Jeux olympiques mobilisent depuis quatre jours la scène médiatique mondiale et que les touristes inondent les différents lieux de compétition de Londres, ce regain d'activité n'aura aucun impact sur la croissance économique, observe la majorité des économistes.

Il faudra plus que des déclarations de la part de Mario Draghi pour générer encore un peu d'optimisme en Europe. Tous attendent maintenant des actions concertées de la Banque centrale européenne dès jeudi dans la foulée de la réunion des gouverneurs de la BCE.

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