Tout sauf sexy

(Montréal) Il en va pour les entreprises comme pour bien des individus réputés compétents, intelligents et superproductifs mais qui passent pourtant totalement inaperçus au travail.

Des entreprises qui ont tout pour elles - la croissance, la créativité, la discipline, la rentabilité et la stabilité - mais qui passent sous le radar des médias parce qu'elles ont le malheur de ne pas être sexy ou d'oeuvrer dans un secteur d'activité qui ne l'est pas.

C'est notamment le cas de deux sociétés ouvertes québécoises qui rendaient publics leurs résultats financiers hier et qui ne font jamais la une des pages financières ou la manchette des bulletins de nouvelles économiques.

Deux entreprises de moyenne capitalisation, solides et profitables, qui sont devenues ouvertes au milieu des années 90 et qui affichent depuis une croissance soutenue dans leur marché respectif tout en dégageant une solide rentabilité.

Quincaillerie Richelieu a franchi le cap des 500 millions de dollars de revenus l'année dernière et le distributeur et importateur de produits de quincaillerie spécialisée vient de terminer son deuxième trimestre avec des ventes de 147 millions, en hausse de 5,7%, et un bénéfice net en progression de 20%, à 12 millions.

L'entreprise dessert 70 000 clients en Amérique du Nord, des fabricants d'armoires de cuisine, des fabricants de meubles, des ébénisteries commerciales et plus de 6000 quincailleries. Richelieu a des stocks de 90 000 produits et plus de 50% de cette offre sont des produits de sa propre marque.

L'entreprise dispose d'un réseau de 64 centres de distribution au Canada et aux États-Unis où elle vient de réaliser pas moins de six acquisitions au cours des deux dernières années.

Bref, Richelieu n'est pas une binerie, mais elle n'oeuvre pas non plus dans un secteur très glamour ni hautement médiatisé. À moins d'être un fana de la réno, peu de gens connaissent son existence.

Pour sa part, Velan est un leader de classe mondiale dans le monde de la robinetterie industrielle. L'entreprise, fondée en 1950 par Karel Velan, immigrant tchécoslovaque qui s'est installé à Montréal, vient de connaitre une année difficile durant laquelle elle a digéré l'acquisition de la firme italienne ABV dont la performance générale a été décevante.

Les résultats du premier trimestre de Velan ont été dévoilés hier et si on observe une légère augmentation des profits, le bénéfice net pour l'ensemble de l'exercice précédent n'a été que de 7,9 millions comparativement à 14,3 millions l'an dernier.

Si on exclut les résultats d'ABV, le bénéfice net de Velan aurait été de 12,5 millions. Ses revenus ont été de 437 millions, en hausse de 15%, pour son dernier exercice.

Velan est l'un des principaux fabricants de robinetterie industrielle au monde. L'entreprise emploie 1950 personnes et exploite des usines dans 10 pays. Près de 70% de sa main-d'oeuvre est toutefois localisée en Amérique du Nord.

Velan fabrique des robinets industriels extrêmement complexes pour des centrales thermiques, nucléaires et de cogénération. Elle dessert également les industries du pétrole et du gaz, des mines, des pâtes et papiers, de la construction maritime, des produits chimiques... Bref, Velan joue dans les grandes ligues, mais elle n'attire pas les foules pour autant. Qui dans le monde s'intéresse à la robinetterie industrielle?

Velan n'a jamais été non plus une grosse vedette à la Bourse de Toronto. Mises à part les deux années qui ont suivi son inscription en 1996, lorsque son titre a doublé de valeur, l'action de Velan a peu bougé depuis une dizaine d'années. L'entreprise verse toutefois un dividende trimestriel de 8 cents par action.

Quincaillerie Richelieu a fait son entrée en Bourse en 1993. En 20 ans, l'action est passée de 2$ à 34$ et l'entreprise verse un dividende trimestriel de 12 cents par action. Le manque de publicité ou son peu de reconnaissance publique ne nuit visiblement pas à l'entreprise sur les marchés financiers.

«C'est vrai qu'on passe vraiment sous le radar des médias», confesse Richard Lord, PDG de Richelieu. C'est un peu dommage parce que notre entreprise est un vrai bijou. Mais les gens ne connaissent pas notre histoire.

«On n'a aucune dette, on consolide le marché américain. Depuis 20 ans, on progresse chaque trimestre. Même pendant la récession de 2009, on a été en mesure de livrer des profits. Nos actionnaires le savent, mais le grand public ne le sait pas», déplore le PDG.

Mais Richard Lord doit certainement préférer gérer une entreprise qui n'est pas sexy mais qui a tout pour elle que d'avoir une entreprise sexy qui n'a rien pour elle.

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