Le professionnel des crises

(Montréal) Jean-Marc Eustache, le PDG du Groupe Transat, avait promis encore tout récemment un redressement rapide de son entreprise mais le retour à la profitabilité tarde à se matérialiser. Si ce n'est pas la première crise que Jean-Marc Eustache doit gérer depuis la fondation de Transat en 1987, le PDG montre des signes d'impatience devant la lenteur que prennent les mesures de redressement à produire des résultats.

Cela fait quelques mois que je cherche à rencontrer Jean-Marc Eustache pour faire le point avec lui sur l'état de l'industrie du voyage et de son entreprise qui est devenue l'un des acteurs les plus importants de l'industrie à l'échelle internationale.

Mais le PDG de Transat me demande d'être patient, il préfère attendre d'avoir des bonnes nouvelles à communiquer et que, surtout, soit achevé le plan de redressement qu'il a entrepris depuis près d'un an maintenant.

Les coûts élevés du carburant, la concurrence accrue des Sunwing, WestJet et Air Canada dans son marché traditionnel des destinations soleil - où on observe une surcapacité de sièges et une baisse des prix - et la crise économique européenne qui fragilise ce marché important du voyagiste montréalais, sont autant de facteurs qui rendent la vie difficile à Transat.

L'entreprise vient d'aligner des pertes pour le quatrième trimestre consécutif et va visiblement terminer son année avec un bilan déficitaire. Un constat confirmé par Jean-Marc Eustache, hier matin, au cours d'une conférence téléphonique avec les analystes.

Selon Denis Pétrin, vice-président Finances et chef de la direction financière de Transat, c'est la première fois depuis des lunes que le voyagiste accumule ainsi quatre trimestres consécutifs de pertes.

Le Groupe Transat et Jean-Marc Eustache ont pourtant connu leur lot de crises depuis que l'entreprise a fait son entrée en Bourse en 1987, année au cours de laquelle l'entreprise a d'ailleurs traversé une période trouble.

La société a aussi connu des problèmes financiers en 1990, mais la crise d'entre toutes a évidemment été celle de 2001 lorsque sont survenus les attentats terroristes du 11 septembre et que toute l'industrie du transport aérien a été violemment terrassée.

On se souviendra que Jean-Marc Eustache avait réagi à cette tragédie de façon extrêmement énergique. Dans les jours qui ont tout juste suivi les attentats, Transat a réduit de 25% son personnel, éliminant quelque 1300 postes, et de 30% sa capacité.

Au cours du dernier trimestre de 2001, Transat a enregistré une perte colossale de 120 millions mais dès le trimestre suivant la perte était ramenée à 17 millions et l'entreprise a vite retrouvé le chemin de la profitabilité en dégageant un bénéfice net de 14,2 millions.

Jean-Marc Eustache a vécu aussi très difficilement une autre crise, celle du papier commercial adossé à des actifs en 2007. Transat avait confié des liquidités de 154 millions à la Banque Nationale pour qu'ils soient investis à court terme dans un produit garanti par les grandes agences de notation de crédit.

On connaît la suite, le marché d'échange des PCAA s'est effondré et tous ces titres de produits structurés ont été gelés. Au plus fort de la crise, on pensait même que les PCAA allaient perdre toute leur valeur.

J'avais rencontré Jean-Marc Eustache à cette époque. Il était tellement furieux contre la Banque Nationale que ses propos étaient tout simplement impubliables.

«C'était notre trésor de guerre. L'argent avec lequel on allait construire l'avenir, explique Denis Pétrin. À un moment donné, on a pensé avoir tout perdu. À partir de 2009, un marché d'échange a été restauré et nos PCAA devaient arriver à échéance en 2016.»

Transat a vendu une partie de ses titres. Il lui en reste encore pour 35 millions qu'elle écoulera à une valeur d'un peu plus de 25 millions, estime le VP Finances.

«Une fois l'opération complétée, on estime qu'on aura perdu 40 millions de notre placement de 154 millions et on n'aura reçu aucun paiement d'intérêt pendant cinq ans sur ces sommes. Mais c'est l'absence de cet argent qui nous a causé le plus de problèmes. Il a fallu emprunter, obtenir des facilités de crédit, renoncer à réaliser des investissements ou des transactions», relève Denis Pétrin.

Mise en contexte, la crise conjoncturelle que traverse présentement Transat n'est peut-être pas aussi dramatique qu'elle paraît. Mais l'action du groupe, qui valait 40$ en 2008, ne vaut plus que 4$ ce matin.

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