Le virage canadien obligé du Groupe ADF

(Montréal) Avec l'achèvement prochain des deux tours du nouveau World Trade Center de New York, dont toutes les structures d'acier ont été conçues dans son usine de Terrebonne, le Groupe ADF vient de signer un nouvel exploit d'ingénierie et de réalisation de charpentes métalliques complexes. Une carte de visite prestigieuse dont ne profitera même pas le groupe québécois pour obtenir de nouveaux contrats aux États-Unis.

Depuis la crise financière de 2008 et la terrible récession qui a suivi et qui a sérieusement paralysé les États-Unis, le Groupe ADF a vu son emprise américaine réduire année après année et son carnet de commandes suivre le même régime minceur.

Il faut dire que l'entreprise Au Dragon Forgé (ADF) de Terrebonne, spécialisée dans la conception, la fabrication et l'installation de superstructures en acier qui comportent un haut niveau de complexité architecturale, en a vu d'autres et des bien pires encore.

Au cours de ses 50 ans d'histoire, l'entreprise est passée du stade artisanal pour devenir un acteur majeur des charpentes d'acier en Amérique du Nord.

Au début des années 2000, le Groupe ADF comptait plus de 1200 employés et exploitait deux usines aux États-Unis. L'entreprise avait un chiffre d'affaires de plus de 400 millions et réalisait plus de la moitié de ses revenus dans la ville de New York où elle était devenue une véritable usine à gratte-ciel.

Comme bien des choses en Amérique, tout a basculé pour ADF le 11 septembre 2001 lorsque les attentats terroristes ont puissamment freiné la construction de nouvelles tours. En pleine croissance, endettée, l'entreprise a aussi vécu de coûteux litiges contractuels qui l'ont poussée très près de la faillite.

En 2005, l'immense usine d'ADF à Terrebonne ne comptait plus qu'une trentaine d'employés. À force de patience, de discipline et d'une rare ténacité, la famille Paschini, qui est l'actionnaire de contrôle du Groupe ADF, a relevé l'entreprise qui a retrouvé une belle rentabilité et une belle progression de revenus jusqu'au déclenchement de la récession de 2008.

Les revenus d'ADF qui étaient de 98 millions en 2009 ont chuté à 48 millions l'an dernier.

«Avant on réalisait 90% de notre chiffre d'affaires aux États-Unis. Mais depuis la crise de 2008, le marché américain s'est retrouvé en surcapacité et c'est encore le cas présentement.

«Les prix ont chuté de près de moitié. Ça nous a obligés à prendre un virage canadien où on réalise maintenant 50% de nos revenus et ce pourcentage va encore augmenter», m'a expliqué hier Jean Paschini, le PDG du Groupe ADF, en marge de l'assemblée des actionnaires.

Nullement inquiet par la forte contraction de son chiffre d'affaires, Jean Paschini souligne qu'en dépit d'une baisse constante de ses revenus, le Groupe ADF maintient une marge brute de près de 20%, ce qui est plus du double de tous ses concurrents en Amérique du Nord.

«On a appris de nos erreurs. Il n'est plus question de prendre de contrats à perte. Avoir pour 400 millions de contrats qui te coutent 420 millions à réaliser ça ne tient pas debout. On ne fera plus jamais ça», martèle-t-il.

Mine de rien, le marché va se redresser, selon lui. Déjà au Canada, le Groupe ADF prévoit réaliser beaucoup de contrats d'infrastructures au Québec, en Ontario et en Alberta dans les prochaines années. Il y a le pont Champlain, le Plan Nord, bref le travail ne manquera pas.

D'ici deux ans, le marché des États-Unis va lui aussi se replacer. ADF sera là pour la reprise et pourrait même relancer une opération de production en sol américain pour satisfaire le Buy America Act et pouvoir soumissionner sur les contrats de rénovation d'infrastructures.

Il y a des virages et des replis que l'on dit stratégiques, c'est un de ceux-là qu'a pris ADF.

(Trimestre terminé le30avril)

2012 / 2011

Revenus 12,5 millions / 13,2 millions

Profit net 91 000 $ / 1,1 million

Profit net par action 0$ / 0,03$

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