Un mariage de passion pour Genivar

(Montréal) «Lorsque tu tombes amoureux et que tu sais que c'est exactement la bonne personne qu'il te faut, tu n'attends pas des années avant de proposer le mariage. Tu te maries», me confiait hier Pierre Shoiry, PDG de Genivar, pour expliquer l'empressement avec lequel son groupe a décidé de lancer une offre publique d'achat (OPA) de la société de génie-conseil britannique WSF.

C'est que le PDG de Genivar m'avait rappelé en octobre dernier que son prochain gros objectif - après avoir réalisé pas moins de 76 acquisitions en 16 ans - était de réaliser d'ici 2015 une grosse transaction à l'international qui allait permettre à son groupe de réaliser 50% de ses revenus à l'extérieur du Canada.

Huit mois plus tard, cette mégatransaction attendue d'ici trois ans est donc non seulement annoncée, mais sa réalisation dépassera de beaucoup les attentes qu'avait formulées Genivar.

Avec ses 9000 professionnels de l'ingénierie répartis dans 200 bureaux dans une trentaine de pays, le groupe WSP de Londres ajoutera 1,1 milliard de dollars de revenus aux 700 millions que réalisait déjà Genivar.

La proportion des revenus que tirera Genivar de ses activités internationales représentera donc 61% de ses revenus totaux, surpassant ainsi les 50% espérés.

Le groupe montréalais de génie-conseil, qui a affiché la plus forte croissance du Canada au cours des cinq dernières années et qui comptait 5500 professionnels, va dorénavant profiter d'une équipe de 14 500 spécialistes et se hisser parmi les 20 plus importantes firmes d'ingénierie au monde.

Genivar aura maintenant des assises solides en Angleterre, en Suède et en Norvège, mais aussi des bureaux importants en Inde, en Chine, en Australie et aussi aux États-Unis où quelque 1000 ingénieurs sont à l'emploi du groupe WSP.

Pierre Shoiry compte bien utiliser cette base d'activité nouvelle aux États-Unis comme tête de pont pour prendre de l'expansion rapidement dans ce marché que Genivar convoitait également.

Voilà pourquoi on comprend mieux l'analogie du mariage de passion que nous a servi le PDG pour expliquer la vitesse avec laquelle il a scellé l'union avec WSP.

Non seulement cette transaction remplit totalement les critères de diversification qu'avait identifiés Pierre Shoiry, mais cette acquisition se réalise à bon prix pour le groupe montréalais.

Genivar va payer 442 millions pour acquérir la totalité des actions de WSP à un prix unitaire de 4,35 livres sterling par action, ce qui inclut une prime de 67% par rapport aux cours récents des actions du groupe britannique.

Malgré cette forte prime, Genivar paie un multiple de 6,8 fois le bénéfice d'exploitation de WSP à son dernier exercice financier.

À l'instar de CGI qui a profité d'une conjoncture extrêmement favorable pour lancer la semaine dernière son OPA de 3 milliards sur le groupe britannique Logica, Genivar profite de la faiblesse de la livre sterling et des cours boursiers britanniques pour réaliser une transaction à bon prix.

Comme des centaines d'entreprises européennes, le groupe WSP souffre encore de la crise financière de 2008 lorsque la valeur de son action était à plus 8 livres sterling. À cette hauteur, Genivar n'aurait jamais été en mesure de faire une offre, me confirmait hier Alexandre L'Heureux, chef de la direction financière de Genivar.

Genivar n'aura pas non plus à faire de contorsions financières pour payer au comptant cette acquisition de 442 millions. La Caisse de dépôt et l'Office d'investissement du régime de pensions du Canada ont chacun acheté pour 98,5 millions d'actions de Genivar et un placement public de 225 millions a été écoulé auprès de preneurs fermes.

C'est ce qui s'appelle une belle opération.

Mine de rien, en moins de 10 jours, deux entreprises québécoises viennent de faire un saut majeur en Europe avec une transaction qui les fera doubler de taille pour CGI et tripler pour Genivar.

Est-on en train d'assister à une revanche moderne et réactualisée en mode financier de la défaite des plaines d'Abraham de 1759, lorsque les Britanniques ont déclassé à jamais les Français en Amérique du Nord?

Peut-être pas, mais on assiste assurément à une belle offensive de nos entreprises dans leur «conquête tranquille» des marchés étrangers. La preuve que le monde leur est bien ouvert et qu'elles peuvent et doivent en conquérir une partie.

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